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Inquiétude à Varsovie : La Pologne rejette-t-elle les droits des femmes ?

27 juil. 2020 à 10:41Temps de lecture3 min
Par Esmeralda Labye

Elles sont descendues par milliers dans les rues de Varsovie et dans d’autres villes de Pologne ce week-end. Principalement des femmes, mais pas uniquement. Il y avait aussi des militants des droits humains et des groupements de gauche. Dans leurs mains, des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : " Le Pis = l’enfer des femmes ". Le Pis est le parti très conservateur au pouvoir, le parti Droit et Justice.

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"Nous ne serons pas des victimes"

Motif de la grogne, la promesse faite il y a peu par la ministre du Travail et de la Politique sociale, Marlena Malag, de se retirer de la convention d’Istambul. Une convention pour la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique que la Pologne a pourtant ratifiée en 2015.

Aujourd’hui, certaines voix conservatrices estiment que la Convention comprend une idéologie qui va à l’encontre des valeurs familiales traditionnelles.

Dans une longue interview télévisée, le ministre de la Justice a confirmé que la Pologne se préparait à se retirer de la convention et il a justifié la position de son pays. Zbigniew Ziobro a déclaré que les dispositions de la Convention sont "de nature idéologique" et incluent "la construction du soi-disant genre socioculturel en opposition au sexe biologique". À son avis, la Pologne ne l’accepte pas et la juge nuisible.

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"Dans ce domaine (de la lutte contre la violence à l’égard des femmes), il y a notre accord et notre pleine acceptation des dispositions de la convention. Mais il y a aussi des dispositions à caractère idéologique que nous n’acceptons pas et que nous considérons comme nuisible. L’une d’elles est la construction du soi-disant genre socioculturel par opposition au sexe biologique. Cela peut conduire à la conclusion que la biologie ne détermine pas si quelqu’un est une femme ou un homme, mais question d’un choix socioculturel que chacun peut faire. Cet élément idéologique est lié à l’impératif de changer l’enseignement dans les écoles […] Il ne s’agit donc pas de violence contre les femmes, mais de cet élément lié à la convention. Il y a aussi la question liée à la promotion du changement socioculturel, en termes de relations familiales, de relations dans la catégorie dite LGBT. Comme vous le savez, nous rejetons les demandes des cercles de gauche et des militants représentant une partie des groupes homosexuels de transférer leurs croyances dans une loi contraignante et de les imposer aux autres sur la base de la convention. "

Selon le ministre, les articles de la convention concernant l’éducation des enfants et des jeunes ainsi que les relations familiales dans le contexte LGBT ne sont pas acceptables. Rien de nouveau sous le soleil, en 2011 déjà, Zbigniew Ziobro, avait exprimé son opinion à l’égard de la convention en la considérant comme considérée à l’époque comme "une invention, une création féministe qui vise à justifier l’idéologie gay".

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Inquiétude européenne

Le Conseil de l’Europe s’est alarmé dimanche de l’intention du gouvernement conservateur nationaliste polonais de dénoncer la convention d’Istanbul, ce qui marquerait "un important recul" dans la protection des femmes contre les violences sexistes.

"Quitter la convention d’Istanbul serait fortement regrettable et serait un important recul dans la protection des femmes contre la violence en Europe", s’est inquiété, dans une déclaration écrite Marija Pejcinovic Buric, la secrétaire générale du Conseil de l’Europe, une organisation de défense des droits de l’Homme et de l’Etat de droit installée à Strasbourg.

Mme Pejcinovic Buric a jugé "alarmantes" les récentes déclarations de membres du gouvernement polonais sur l’intention de Varsovie de quitter ce traité adopté en 2011 par le Conseil de l’Europe et qui rassemble 47 pays.

"S’il existe des idées fausses ou des malentendus à propos de la convention, nous sommes prêts à les clarifier dans le cadre d’un dialogue constructif", a proposé la secrétaire générale du Conseil de l’Europe.

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Un outil supranational

La Convention d’Istanbul, est un traité international du Conseil de l’Europe, l’organisation de défense des droits de l’Homme au niveau européen, amenant les États signataires à s’entendre pour l’élimination de toutes les formes de violences envers les femmes, y compris la violence conjugale et familiale.

Il s’agit du premier instrument juridiquement contraignant au niveau européen, offrant un cadre juridique complet pour la prévention de la violence, la protection des victimes et la fin de l’impunité des auteurs de violences.

La convention a été adoptée par le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe, le 7 avril 2011. Elle a été conclue et signée à l’occasion de la 121e session du Comité des Ministres, à Istanbul, en Turquie. Tous les États membres du Conseil de l’Europe l’ont signée, sauf l’Azerbaïdjan et la Russie. La convention est entrée en vigueur le 1er août 2014.

La Turquie est le premier pays à ratifier la convention le 14 mars 2012. L’Irlande est le dernier à l’avoir fait, le 8 mars 2019.

La Belgique a signé ce texte en mars 2016, et il est entré en vigueur le 1er juillet 2016.

 

Varsovie

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