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Interdiction de la gifle et la fessée : "Une façon d'occulter le déficit de moyens dans la lutte contre la maltraitance"

06 mai 2021 à 06:33 - mise à jour 06 mai 2021 à 06:33Temps de lecture3 min
Par M.F. avec S.B.

Avez-vous déjà donné une fessée à votre enfant ? Car si la pratique est encore d’ordre privé, elle fait débat. "Je trouve que c’est retirer l’intégrité de l’enfant. Ça l’humilie", témoigne une mère. "C’est sûr qu’il y a des familles où il faut l’interdire parce qu’il y a peut-être des excès", réagit une autre, plus tempérée. Enfin, une troisième maman est obligée de l’avouer : "Ça peut arriver que je mette une fessée à mes enfants sans que ça ne soit douloureux, mais pour bien montrer qu’à un moment, il faut arrêter et mettre des limites." Ces réactions témoignent d’un débat épineux.

Et pour l’épicer encore un peu plus, trois députés CD&V et une députée Vooruit déposent aujourd’hui à la Chambre deux propositions de loi pour modifier le Code civil : interdire les châtiments corporels dits éducatifs tels que la gifle ou la fessée. Selon un sondage de mars 2020, trois Belges sur quatre seraient favorables à une telle dispositionLa section belge de l’organisation Défense des Enfants International, à l’origine de l’enquête, estimait alors que "les punitions physiques et psychologiques font partie des habitudes éducatives d’un nombre important de parents qui pourtant ne les considèrent majoritairement pas comme bénéfiques."

C’est en ce sens que le psychopédagogue de l’UMons, Bruno Humbeeck, estime que "le vrai problème, c’est comment soutenir les familles en difficulté". "Si le débat politique tourne uniquement autour de la fessée, c’est réduire les difficultés et c’est sans doute aussi une façon d’occulter le déficit de moyens qui est actuellement octroyé dans la lutte contre la maltraitance."

Aucun bienfait éducatif

Exit, donc, l’idée qui voudrait qu’un coup, puisque la fessée ou la gifle en sont, ait des vertus "éducatives". "Ça me fait toujours un peu frémir d’entendre ça parce que l’humiliation et la douleur n’ont aucune vertu pédagogique." Et le chercheur est formel, toutes les recherches le montrent. Selon lui, "la maltraitance se niche dans cette forme de punition physique par le sens qu’elle prend auprès de l’enfant et par le sens que le parent lui donne". "Il y a véritablement un vrai danger lorsque, par exemple, la gifle devient une façon d’interagir dans la famille", précise-t-il.


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Car la problématique de la maltraitance envers les enfants est loin d’être un problème marginal, et d’autant plus depuis le début de la crise sanitaire. La situation que nous vivons actuellement a vu exploser le nombre de signalements. Ils seraient en hausse de 50% chez SOS Enfants Charleroi et de 45% dans le pôle liégeois de l’association. "On voit d’ailleurs sur ce plan-là une très forte corrélation entre la tendance à donner des gifles à un enfant et la violence faite aux femmes, par exemple, prévient Bruno Humbeeck. Ça veut dire qu’il y a des familles dans lesquelles les transactions sont trop violentes."

Un cadre, oui mais pas que

Il estime que dans ce contexte, une forme d’interdiction, via une loi comme le plaideront les quatre élus à la chambre ce jeudi, trouve son sens. "Mais pénaliser la gifle de manière générale, sans discernement, c’est tout à fait idiot", s’insurge le chercheur de l’UMons. D’autant que la maltraitance ne se niche pas uniquement dans les coups. "Dire à son enfant, les yeux dans les yeux, sans le frapper, 'je ne t’aime pas' ou 'je préfère ton frère', c’est beaucoup plus maltraitant qu’une gifle qui est partie simplement parce que c’est l’état d’exaspération du parent."

Bruno Humbeeck explique que les lois ont une fonction de "cadre", qui permet l’affirmation de valeurs. Par exemple, la société belge prône l’évitement de toute forme de violence, l’interdiction de la fessée est donc plutôt cohérente mais une loi, seule, n’agit pas à la racine du problème. "Le problème passe par un soutien des familles et on l’a vu particulièrement pendant cette période, parce que les familles n’ont pas été impactées de la même façon par ce qu’elles vivaient, et dans certains cas, effectivement, on a eu un besoin de soutien."


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Selon lui, une "gifle qui part trop vite" est quelque chose qui peut arriver, parfois même sans raison. Il plaide alors pour pouvoir, en tant que parent, assumer ses torts face à son enfant. Il faut donc être en mesure d’expliquer cette gifle, lui donner un sens. "Et si elle n’a pas de sens, il faut pouvoir affirmer qu’elle n’a pas de sens, indique-t-il. La maltraitance trouve son creuset beaucoup plus dans la revendication de l’excellence de certaines familles qui voudraient être des parents parfaits et qui, évidemment, n’y arrivent pas, parce que le parent parfait, par nature, n’existe pas."

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