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Investigation : ADN, la fin du crime ?

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Ce mercredi, #Investigation s’intéresse aux nouvelles techniques d’identification de l’ADN utilisées par la police. La principale : la généalogie génétique. Une technique qui profite des énormes bases de données offertes par les tests ADN grand public. Et qui permet désormais à la police américaine de résoudre un cold case par semaine.

Le Golden State Killer, le cas emblématique

24 avril 2018. Le plus grand tueur américain du 20e siècle est arrêté dans la banlieue de Sacramento, en Californie.

Surnommé le " Golden State Killer ", Joseph DeAngelo était recherché pour 51 viols et 13 meurtres violents.

La police l’a traqué sans succès pendant près de 40 ans.

Un homme va permettre de l’identifier et de l’arrêter. Il s’appelle Paul Holes, un enquêteur du FBI en fin de carrière. Spécialisé en analyses génétiques, il va mettre au point une technique qui va mélanger mégadonnées et généalogie traditionnelle. En 4 mois et demi, Holes et 5 autres enquêteurs vont mettre un nom et un visage sur le dangereux prédateur. On vous explique.

Depuis la fin des années 80, tout un chacun peut faire tester son ADN pour connaître ses origines ethniques. Il suffit d’envoyer un échantillon de salive ou par exemple un cheveu et de le faire tester par une des sociétés qui commercialise ce procédé.

En 2018, 30 millions de personnes avaient déjà fait les démarches pour obtenir, contre une centaine d’euros ou de dollars, des informations sur leur profil génétique et leur origine géographique. Ces curieux ont également reçu, avec le résultat de leur analyse, le nom et souvent l’adresse e-mail de cousins, parfois éloignés, avec lesquels ils partagent un peu d’ADN commun et qui faisaient déjà partie de la base de données.

Informé de l’existence et du succès de ces tests ADN grand public, l’enquêteur Paul Holes a l’idée de tenter sa chance. Il récupère dans le dossier du Golden State Killer un échantillon ADN qui n’avait encore jamais été exploité. Il l’envoie à une des sociétés spécialisées.

L’empreinte génétique du tueur est alors analysée, puis les programmes informatiques font leur travail. Ils comparent l’ADN aux millions d’échantillons figurant déjà dans les bases de données.

Après deux semaines, Paul Holes reçoit une liste de noms, de cousins éloignés dont l’empreinte génétique présente des similitudes avec celle du tueur en série. Sur base de cette liste, Holes et son équipe de cinq enquêteurs recomposent des arbres généalogiques classiques et dressent une liste d’hommes qui vivaient en Californie au moment des attaques et qui ont un âge qui pourrait correspondre. Ils vont ensuite enquêter sur chacun d’eux. Cela prendra quatre mois d’un travail acharné.

Joseph DeAngelo est le dernier de la liste. Le jour où l’âge de la pension a sonné, juste avant de rendre son badge du FBI, Paul Holes monte en voiture et se rend au domicile du suspect. Il a le sentiment que DeAngelo est l’homme qu’il traque depuis 24 ans. Étant seul, il décide de ne prendre aucun risque inutile. Il n’entreprend rien et prend sa retraite.

Puisqu’il est le dernier suspect sur la liste, le FBI met le tueur présumé sous surveillance. Un enquêteur fait un relevé ADN sur la portière de sa voiture et l’envoie au laboratoire de la police scientifique de Sacramento, qui se chargera des analyses.

Quelques jours plus tard, le téléphone de Paul Holes sonne. Il est le premier informé que les empreintes génétiques correspondent. Il a trouvé le Golden State Killer.

Depuis ce coup de génie, en trois ans, cette technique révolutionnaire a permis l’arrestation de près de 300 tueurs qui n’avaient jusque-là jamais été identifiés.

Aujourd’hui, les banques de données privées possèdent le profil ADN de 45 millions d’Américains, soit plus de 13% de la population des Etats-Unis. Selon les experts, 3% suffisent pour retrouver n’importe qui. En Europe, ce seuil n’est pas encore atteint mais ce n’est qu’une question de mois. Quoi qu’il en soit, en France comme en Belgique, les autorités judiciaires ne sont pas autorisées à utiliser cette technique révolutionnaire, en vertu de la loi sur le respect de la vie privée.


Retrouvez l’émission #Investigation ce mercredi soir sur La Une ou sur Auvio

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