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Investigation

#Investigation enquête sur les violences obstétricales : "Je n’ai jamais eu aussi mal de toute ma vie"

04 mai 2022 à 04:00Temps de lecture3 min
Par Marie Bourguignon

La naissance d’un enfant, c’est à chaque fois un évènement unique. Un moment que l’on rêverait toujours rempli de tendresse, doux et heureux mais qui est bien souvent éprouvant pour les mères. Au-delà de la fatigue et des douleurs propres à l’accouchement, certaines femmes vivent un véritable cauchemar lorsqu’elles mettent leur enfant au monde. Pour #Investigation, Marie Bourguignon et Charlotte Collin ont enquêté sur les maltraitances vécues par certaines femmes lors de leur accouchement. On les appelle les violences obstétricales.

Le point du mari, cette pratique dont on nie l’existence

La pratique est vue comme ancestrale, considérée comme complètement dépassée. C’est en tout cas le discours que tiennent la plupart des gynécologues contactés par l’équipe d'#Investigation. Le point du mari, c’est quand un médecin décide de rajouter plus de points que nécessaire lorsqu’il recoud le périnée déchiré d’une femme qui vient d’accoucher, en vue de resserrer son vagin.

Pourtant les victimes sont bien là. Une sage-femme souhaitant rester anonyme et exerçant en province de Liège explique en avoir retirés deux l’an dernier. "Je me souviens d’une patiente qui venait d’accoucher qui m’a ouvert la porte pliée en deux. Elle avait de fortes douleurs. Quand je l’ai examinée, je me suis rendu compte qu’on lui avait resserré le vagin de bien un centimètre et demi en plus. J’ai directement pris un scalpel et j’ai coupé. Ce n’est pas normal !"

Florence, 39 ans, en a elle aussi été victime lors de l’accouchement de son fils, il y a 11 ans : "On m’a proposé gentiment le point du père. Je ne connaissais rien à tout ça. On remet votre vagin comme il était avant, plus serré, m’a dit le médecin. J’avais très peur de ne plus plaire à mon mari, alors j’ai accepté, sans savoir toutes les conséquences que ça pouvait entraîner."

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Des violences qui toucheraient près de la moitié des femmes

Les maltraitances rencontrées en salle d’accouchement ne sont pas des exceptions. Elles sont même très fréquentes. C’est en tout cas ce qu’il ressort d’une enquête sur les accouchements en Belgique francophone réalisée l’an dernier par le collectif plateforme citoyenne pour une naissance respectée. 4200 femmes se sont exprimées sur le sujet. Au total, 4 femmes sur 10 disent avoir été victimes de violences physiques ou psychologiques.

L’équipe d'#Investigation a souhaité discuter de ces chiffres avec les membres du Collège royal des gynécologues obstétriciens de langue française de Belgique. Son président, le Professeur Pierre Bernard ne leur donne pas de valeur :"Ce n’est pas une étude, c’est quand-même extrêmement biaisé. Ça a été fait dans un réseau de gens qui voulaient participer et donc qui voulaient témoigner" Le Collège des gynécologues réfute d’ailleurs l’emploi du terme "violences obstétricales" préférant celui de "traumatisme".

Je m’étouffais dans mes sanglots mais personne autour de moi ne m’a dit quoi que ce soit.

Lydie fait partie des femmes qui garde un terrible vécu de leur accouchement. Pour la naissance de sa deuxième fille, Pia, elle a dû être césarisée d’urgence. Elle ne conteste pas les raisons médicales qui ont poussé l’équipe à faire ce choix, ce qu’elle regrette amèrement, c’est la négligence dont le personnel soignant a fait preuve à son égard. "On me laissait dans mon truc toute seule. J’avais l’impression que mon bébé était mort, que j’étais en train de mourir. Je n’arrivais plus à respirer, je m’étouffais dans mes sanglots mais personne autour de moi ne me touchait ou m’a dit quoi que ce soit en fait. Je ne demandais pas qu’on me parle pendant des heures mais en une phrase, on m’aurait peut-être évité un an de séances chez la psy."

Tu enfanteras dans la douleur

La péridurale est utilisée en Belgique depuis plusieurs dizaines d’années. Paradoxalement, les femmes souffrent toujours beaucoup. Les actes dits "à vif", c’est-à-dire réalisés sans anesthésie, sont fréquents. "Cette non-prise en compte de la douleur est très archaïque," souligne Marie-Hélène Lahaye, juriste et blogueuse militante, "L’idée que la femme doit accoucher dans la douleur est toujours très au centre dans la prise en charge de l’accouchement aujourd’hui. On met des péridurales aux femmes en leur faisant croire qu’elles auront un accouchement sans douleur mais, par ailleurs, on n'a aucun problème à pratiquer toutes sortes d’actes à vif, beaucoup plus douloureux que l’accouchement en tant que tel." Selon l’enquête citée plus haut, en Belgique francophone, une femme sur dix dit avoir subi des actes à vif.

@aishadevroede

Lors de la naissance de sa fille Sonna, Aïssatou en a fait les frais. "La gynécologue est arrivée dans ma chambre, elle ne m’a même pas prévenue et d’un coup, je sens ses deux doigts en moi. Et là, je sens que j’ai mal, je me dis que ce n'est pas normal parce que je suis sous péridurale." raconte Aïssatou. "Plus tard, lors de la poussée, la gynécologue soupire et me regarde l’air de dire -qu’est-ce qu’elle me fait celle là- tout d’un coup, je sens un truc qui me pénètre, c’est une ventouse. La gynécologue tire de toutes ses forces. Je n’ai jamais eu aussi mal de toute ma vie, même les contractions que j’ai vécues pendant 24 heures, n’ont pas fait aussi mal."

 

"Accoucher, le mal des mères", une enquête de Marie Bourguignon et Charlotte Collin. A voir dans #Investigation ce mercredi 04/05 sur la Une.

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