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Investigation

#Investigation sur la fraude alimentaire : de l’huile d’olive… 100% colza

02 févr. 2022 à 05:00Temps de lecture3 min
Par François LIzen

Aujourd’hui, le contenu de notre assiette peut être entièrement falsifié. On se souvient du scandale des lasagnes à la viande de cheval, des steaks polonais frelatés, du thon piqué aux nitrites ou du poulet gonflé à l’eau. On connaissait peut-être un peu moins les arnaques autour de l’huile d’olive…

Fière de son patrimoine culinaire, l’Italie est le premier pays d’Europe à avoir mis en place des mesures de détection des fraudes alimentaires. Il est vrai que le pays est submergé par les escroqueries. Parmesan, jambon de parme, vinaigre balsamique… Autant de joyaux, autant de cibles pour les tricheurs et autres trafiquants.

Mais le produit qui demande le plus d’attention de la part des autorités, c’est l’huile d’olive vierge extra. Un trésor national qui rapporte chaque année 1,2 milliard d’euros à l’Etat italien. Un montant colossal qui nous permet de comprendre pourquoi l’huile d’olive italienne, numéro un sur le marché mondial, attire les convoitises, notamment celles de la mafia.

Des moyens de contrôle limités

Le port de Livourne est le principal lieu de débarquement des marchandises pour la Toscane. C’est là qu’arrivent chaque jour des huiles en provenance du bassin méditerranéen, notamment d’Espagne. Ces importations seront mélangées à la production nationale et vendues comme huile d’olive extra-vierge italienne. Un mélange tout à fait légal si tous les critères de l’extra vierge sont remplis.

Les contrôleurs italiens traquent l’huile étrangère importée de mauvaise qualité, celle qui est trop acide, pas assez fruitée. On retrouve souvent de la fausse huile extra-vierge, utilisée pour réduire les coûts. Mais les contrôles au port étant aléatoires, ils ont une efficacité très limitée.

Heureusement, les agents de la répression des fraudes disposent d’une autre arme contre la fraude : un logiciel qui permet de suivre en temps réel les livraisons qui arrivent chez chaque producteur. Cela permet d’orienter les contrôles mais, selon les spécialistes, les autorités auraient souvent tendance à épargner les principaux acteurs du marché. Des gros producteurs dont l’huile est pourtant souvent critiquée par des organismes de contrôle indépendants.

L’huile d’olive… 100% sans olives

C’est dans les Pouilles que se situe la plus grande zone de production intensive d’huile d’olive et c’est ici, dans le sud du pays, que des trafiquants ont mis au point l’une des fraudes les plus audacieuses de ces dernières années.

Organisée par une trentaine de personnes, de manière clandestine dans des pressoirs fantômes, cette fraude consistait à importer de l’huile de colza périmée, en provenance le plus souvent de Turquie. Les faussaires injectaient dans cette huile quelques gouttes de chlorophylle pour en changer l‘aspect puis un peu de bêtacarotènes pour s’approcher du parfum de l’huile d’olive.

Les revendeurs prenaient ensuite en charge les cargaisons et revendaient leur produit à des restaurants italiens mais aussi suisses et allemands, parmi lesquels quelques prestigieuses enseignes.

Les fraudeurs ont ainsi empoché 7 millions d’euros en deux ans. Parmi eux, on retrouve un homme qui avait déjà été jugé une dizaine de fois pour fraude alimentaire. Un multirécidiviste, ou comment démontrer que les sanctions pénales ne sont pas suffisamment dissuasives. En théorie, les peines encourues pour ce type d’escroquerie vont jusqu’à deux ou trois ans de prison. Dans la pratique, elles peuvent être beaucoup plus réduites.

Un business lucratif et sans trop de risques judiciaires, cela attire forcément les fraudeurs. Depuis quelques années, la mafia, a également commencé à s’intéresser à ces nouveaux trafics qui rapportent gros. 
En 2017, lors de l’interpellation d’un des clans les plus puissants de Calabre, les policiers italiens ont par exemple découvert une fausse huile d’olive qui était fabriquée, elle, à partir de lubrifiants industriels. Elle était destinée à l’export vers les États-Unis.

Le secteur agroalimentaire et les milliards d’euros qu’il brasse exercent un attrait irrésistible sur les trafiquants de toute espèce. Et on ne connaît sans doute que la partie émergée de ce monde opaque.

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