Tendances Première

IPA, la bière tendance du moment ?

Tendances Première : Les Tendanceurs

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04 juil. 2022 à 09:22 - mise à jour 05 août 2022 à 08:41Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

En cette saison de barbecues, de festivals et de soirées où l’on refait le monde entre amis, le zythologue Laurent Munster nous parle d’un style de bière qui a le vent en poupe depuis quelques années. C’est la bière que les gens qui découvrent les bières artisanales commencent souvent par déguster : l’IPA. Revenons sur cet article dans le cadre de la Journée internationale de la bière !

IPA (prononcer les initiales à l’anglaise aïe-pi-é) veut dire Indian Pale Ale. On fait ici référence à l’Inde, lorsque, au milieu du 18e siècle, les Anglais brassaient de la pale ale, de la bière avec du malt clair, pâle, à destination des colonies en Inde. Le temps de trajet par bateau étant extrêmement long, ils ont eu l’idée de sur-houblonner leurs bières. Le houblon, outre ses propriétés aromatiques ou amérisantes, est un antiseptique bien utile pour empêcher la prolifération des bactéries. C’est ainsi qu’ils ont pu livrer de la bière de qualité dans leurs comptoirs en Inde.

Le retour des IPA

Le style avait totalement disparu avec l’avènement du progrès, de l’électricité… Il est réapparu fin des années 70, début des années 80, aux Etats-Unis, avec l’émergence des nouveaux houblons. Ce sont des houblons aromatiques qui tirent davantage vers les agrumes, les fruits tropicaux, la coco, là où les houblons européens étaient plus terreux, plus résineux.

Les premières bières labellisées IPA sortent en 1983 sur la Côte Ouest des Etats-Unis, en Californie. Elles sont sur-houblonnées. On houblonne à froid, ce qu’on appelle du dry hopping. On met du houblon en particulier dans la cuve de fermentation, à une température de 20-25°, ce qui permet d’en retirer les propriétés aromatiques, plus que les propriétés amérisantes. Les bières seront ainsi aromatisées sur différents types de saveur.

Getty Images

Le boom des IPA

Les premières IPA sont nommées West Coast IPA ou Old School IPA. Elles sont beaucoup plus amères, plus maltées, plus sèches, moins modernes que celles que l’on consomme aujourd’hui. Elles rappellent celles qui étaient brassées au 18e siècle.

Le style va toutefois vite évoluer, avec d’abord des DIPA (ou Double IPA, plus forte, au-dessus de 7.5%), puis des TIPA (Triple IPA) voire des QIPA (Quadruple IPA). Elles sont plus maltées, plus fortes en alcool.

A l’opposé, on voit apparaître la Session IPA, beaucoup plus légère en alcool (4.5%), beaucoup moins maltée, mais toujours aussi aromatique. Elle est beaucoup plus facile à boire.

Une bière plus facile d’accès

Depuis le début des années 2000, on constate une vraie dichotomie dans le monde des IPA. Si la Côte Ouest brasse des IPA amères, assez sèches, la Côte Est va inventer les NEIPA, New England IPA, du nom de ces Etats du nord-est des Etats-Unis. La NEIPA trouve son origine dans le Vermont.

La spécificité consiste à travailler avec des houblons beaucoup plus fruités, agrumes-mangues, moins amers. La bière est laiteuse, un peu translucide, par l’ajout de flocons d’avoine au moment du brassage, qui apportent des protéines qui troublent la bière et la rendent plus dense.

Avec les Easy IPA, troubles elles aussi, c’est ce qu’on appelle les IPA modernes.

Cette bière est déjà plus douce, plus facile à tester par un public plus large, mais les brasseurs sont allés plus loin en créant les Milkshake IPA, des IPA où l’on ajoute du lactose, un sucre non fermentescible, qui sucre la bière et la rend encore plus facile à boire.

"Et là, je trouve qu’on part un peu du côté obscur de la chose, parce qu’on fait un peu le jeu de l’industrie en sur-sucrant des produits, alors que le sucre dans la bière sert à faire de l’alcool, normalement", souligne Laurent Munster.

Enfin, pour la Smoked IPA, on va utiliser du malt fumé, un peu comme on fait du whisky tourbé. Le résultat, un nez qui rappelle la saucisse… Une tendance qui vient d’Allemagne.

Un produit relativement cher

Une bonne IPA est chère, parce qu’elle demande de 10 à 20 fois plus de houblon qu’une bière normale.

C’est pourquoi il y a pour le moment une forte pression sur le marché mondial du houblon, qui a vu son prix exploser. Il faut compter 20 à 30 grammes de houblon par litre d’IPA, à 40€ le kilo…

On est donc sur des produits relativement chers. Si vous regardez l’étiquette d’une IPA industrielle vendue 1.5€ dans le grand commerce, vous verrez qu’elle mentionne 'extrait de houblon', plutôt que houblon, d’où la différence de prix mais surtout de qualité, avertit Laurent Munster.

Pixabay

L’IPA en Belgique

Chez nous, on ne brasse pas beaucoup de bières IPA, qui restent un style américain. Et en Belgique, on reste sur nos traditions de bières classiques, blondes ou brunes.

Cela reste un style qui est encore assez absent de nos brasseries artisanales, observe Laurent Munster. Il tient toutefois à mentionner les excellentes IPA de la brasserie Misery Beer Co. à Aywaille, de la brasserie de la Source ou de la brasserie Surréaliste, à Bruxelles.

>> Retrouvez les conseils de Laurent Munster, zythologue installé près d’Arlon, sur son site Mi-orge, mi-houblon.

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