Athlétisme

Ismael Debjani, 1500 ou 5000 mètres : telle est la question

Interrogé au micro de David Bertrand dans les couloirs du stade Hayward Field de l’Université d’Oregon à Eugene, à la veille du début des Championnats du monde d’athlétisme, Ismael Debjani apparaît tout sourire.

Pourtant, les interrogations sont nombreuses quant à la suite de sa carrière. Lui-même ne semble pas certain de ce qu’il préfère courir en termes de distance, entre 1500 et 5000 mètres. L’optimisme reste tout de même de mise quant aux Mondiaux de cet été, et Debjani semble arriver aux États-Unis avec une expérience nouvelle.

"Depuis 2019, 2017, j’ai pris de l’expérience, maintenant j’espère que ça va aboutir parce qu’on a jamais été très très bons aux Mondiaux. Donc ici j’espère passer un tour, je pense que j’ai les capacités pour".

On aura cette saison davantage vu Debjani sur la distance du 5000 mètres, qu’il connaît moins bien que le 1500 mètres, sa véritable distance de prédilection. Pourtant, le carolo semble penser qu'il a fait le tour du "quinze-cent". Il ne l’a que peu couru récemment, mais s’est montré sous son meilleur jour. Il tente d’expliquer les raisons de sa transition du 1500 vers le 5000 mètres : "C’est vraiment une année de transit, j’aimerais bien courir le 5000 mètres à Paris, donc c’était l’année pour tester de nouvelles choses. J’ai essayé, j’ai cafouillé, j’ai réussi, j’ai fait des très bonnes courses sur 1500, sur des "one shot". En indoor j’ai fait le record de Belgique, à Rabat j’ai bien couru, maintenant j’ai essayé du 5000, on a fait un mix de tout, un melting-pot. Ce n’était pas une année compliquée mais une année de test".

Debjani est dans un état d’esprit d’expérimentation, de remise en question, de découverte. Et la distance du 5000 mètres, plus exigeante physiquement que le 1500 mètres, lui donne des sources de satisfaction mais ne semble pas encore l’avoir complètement conquis. "J’ai essayé deux fois le 5000, les chronos étaient bons j’ai été champion de Belgique, mais à l’heure d’aujourd’hui je n’aime pas encore le 5000, peut-être qu’il me faudra encore quelques courses, donc je vais encore voir ce que ça va donner sur 1500. Même si, du coup, j’étais moins préparé, parce que j’ai dû préparer plus de volume, plus de longueur, moins de sorties. On va voir ce que ça va donner, je ferai le point dans quelques mois pour voir si j’abandonne vraiment le 1500".

Rien n’est donc moins sûr dans la tête de l’athlète, pourtant à l’aube d’une compétition de l’envergure d’un Championnat du monde. "Je pensais que j’avais fait le tour du 1500. Je ne me suis pas pris la tête, j’ai couru deux très bons 1500, à Rabat j’ai fait 3’34 entre guillemets en me baladant, je n’ai pas forcé, j’ai couru tactiquement et j’ai juste fait un dernier 400, je me dis que j’ai les capacités d’aller très très vite. Maintenant, est-ce que j’exploite mes qualités et j’essaye d’aller battre mes records, ou alors je passe sur une autre distance, ça c’est la question phare de ma fin de saison".

Qu’est-ce qui peut donc bien freiner le recordman belge du 1500 mètres à transitionner vers une distance plus longue comme le 5000 ? "C’est trop long. On court, on met le bouton start, on fait 12 tours et demi, et c’est tout. C’est pas tactique, c’est pas "vite – moins vite", j’aime bien jouer avec ça. Sur 5000, j’accuse le coup en fait. Mon finish ne me sert à rien, et je prends la course dans le rouge dès 3500."

Debjani n’a pas encore assez confiance en lui sur une distance longue pour orienter tous ses efforts sur le 5000 mètres, avec les Jeux Olympiques de Paris 2024 en ligne de mire. "J’ai plus de potentiel pour faire une finale à Paris en 2024 sur 1500, et de faire quelque chose, que sur 5000. Et même si je vais en finale à Paris sur 5000, je serai dernier. Je vais subir, parce que courir deux fois 5000 mètres en 48 heures, c’est impossible pour moi, enfin en étant performant".

Le choix de la distance, pour les quelques années de carrière restant à l'athlète, représente un dilemme d’envergure. "C’est un dilemme, parce que soit je reste dans mon confort sur le 1500, où j’ai des facilités, où je peux dominer un peu la course, au niveau national ou même européen, ou alors je change et je me mets un nouveau challenge pour deux ans, et de me faire mal pour ma fin de carrière. Donc je ne sais pas".

Debjani a pour l’instant réussi le pari risqué de courir sur les deux distances, puisqu’il est qualifié aux Championnats du monde. Mais à s’entraîner sur 1500 et 5000 mètres, deux distances qui demandent des performances physiques et tactiques différentes, Debjani aurait pu perdre gros. Il concourra à Eugene sur la distance du 1500 mètres, ce qui ne représente pas un choix définitif pour la suite de sa carrière. Peu importe, après les Mondiaux, "l'objectif ça restera les Europe […]. Mais je ferai mon maximum ici, mon objectif c’est d’aller le plus loin possible, et après à Munich on fera le maximum aussi".

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