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Israël : à la veille du Ramadan, la frustration des Palestiniens et la radicalisation islamiste dans les prisons derrière la vague de violences

Les forces de sécurité israéliennes et le personnel d’urgence sur les lieux d’une fusillade le 29 mars 2022 à Bnei Brak, : cinq personnes ont été tuées dans des attaques à l’arme à feu mardi près de la ville côtière israélienne de Tel-Aviv, lors de la tro
30 mars 2022 à 10:38Temps de lecture4 min
Par Jean-François Herbecq

Israël confronté à une vague de violences : une nouvelle attaque fait au moins 5 morts à Tel Aviv, la troisième en une semaine. A l’approche du Ramadan mais aussi de Pessah, la Pâque juive, et de la fête chrétienne de Pâques, des fusillades, attaques au couteau, à la voiture-bélier se succèdent. Bilan : 11 morts dans trois villes différentes. Derrière ces actes, des revendications islamistes, du groupe terroriste Etat Islamique, et puis le Hamas qui ne condamne pas mais qui se retrouve entre deux chaises, vu ses rapports difficiles avec l’Etat islamique.

Alors quelles sont les motivations des auteurs, issus de différentes régions, mais qui souvent ont fait un passage en prison, pourquoi cette poussée de violence maintenant, et faut-il craindre un retour des jours sombres de la seconde Intifada, soulèvement palestinien de 2001-2005 ?

Trois attaques meurtrières en une semaine

L’attaque de mardi soir a fait cinq morts, quatre civils dont deux ressortissants ukrainiens de 23 et 32 ans et un policier arabe israélien qui a participé à l’opération pour "neutraliser", dans ce cas-ci abattre, l’assaillant. Les faits se sont déroulés à Bnei Brak, banlieue ultraorthodoxe de Tel-Aviv : un homme en noir circulant en voiture a ouvert le feu sur des passants. Des médias locaux l’ont identifié comme Dia Hamarshah, un Palestinien ayant passé quatre ans dans les prisons israéliennes et originaire de Yaabad près de Jenine en Cisjordanie occupée, où peu après l’attaque, des témoins ont indiqué à l’AFP que des hommes distribuaient en soirée des friandises en guise de "célébration" après les attaques.

Des condamnations de ces actes de violences ont suivi, de la part du gouvernement israélien qui parle de terrorisme, de l’ONU, des Etats-Unis, du président palestinien Mahmoud Abbas. Mais le mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir à Gaza et rival du Fatah laïc de Mahmoud Abbas, affirme dans un communiqué que "cette opération était une réponse naturelle aux crimes de l’occupation contre les droits de notre peuple et de notre terre et de nos lieux saints".

Cette attaque suit de peu celle de Hadera dans le nord d’Israël, où deux policiers de 19 ans dont une Franco-Israélienne, ont été tués dans une fusillade revendiquée par l’organisation Etat islamique (EI). La police israélienne a identifié les assaillants qui ont été abattus comme des agents arabes israéliens de l’EI venant d’Umm al-Fahm, ville arabe du nord d’Israël.

Là aussi, le Hamas avait jugé que l’attaque avait été "menée en réponse au sommet de normalisation sur notre terre", en référence à une rencontre inédite organisée dimanche et lundi sur le sol israélien entre des chefs de la diplomatie américaine, israélienne et de quatre pays arabes.

Et le 22 mars, à Beersheva, dans le sud du pays, quatre Israéliens — deux hommes et deux femmes — ont été tués dans une attaque au couteau et à la voiture-bélier contre un cycliste, perpétrée par un enseignant condamné en 2016 à quatre ans de prison pour avoir planifié de se rendre en Syrie afin de combattre au sein de l’EI.

Passage par la case prison

On le voit : il n’y a pas de profil type, les attaques ont eu lieu dans différentes régions du pays, les origines des auteurs sont différentes, mais ils sont radicalisés en prison. "Cela reste une constante", souligne Didier Leroy, chercheur à l’Institut royal supérieur de défense, "le passage par la case prison reste un point important dans ces trajectoires de radicalisation, qui dans le cas présent se manifestent par les revendications de Daesh (Etat Islamique)."

Les prisons restent donc "des incubateurs très importants", d’autant que la population palestinienne se retrouve "frustrée face à un gouvernement israélien issu d’une alliance hétéroclite nouvelle mais qui ne produit pour les populations palestiniennes rien de nouveau", face à la normalisation entre Israël et les pays arabes incarnée par le Sommet du Neguev, et enfin l’approche du Land Day du 30 mars qui commémore la confiscation des terres palestinienne en 1976, et du début du mois de Ramadan.

Ramadan et Pâques

Ce mois du calendrier islamique, au rythme lunaire, coïncide cette année avec Pessah, la Pâque juive, et de la fête chrétienne de Pâques, occasion de rassemblements religieux et de frictions comme on l’a vu l’an dernier.

Des heurts avaient éclaté entre forces israéliennes et manifestants palestiniens à Jérusalem, notamment sur l’esplanade des Mosquées, lieu saint musulman sous administration de la Jordanie, qui ont conduit à une guerre meurtrière de onze jours entre le Hamas, au pouvoir à Gaza, et l’armée israélienne.

Selon le chercheur de l’Institut royal supérieur de défense, on peut s’attendre à des frictions plus importantes que ces dernières années.

Un Hamas mastodonte face à un Etat Islamique minuscule

"Historiquement, la présence de l’Etat Islamique est très faible dans les territoires israélo-palestiniens", poursuit Didier Leroy. "Cela s’explique par l’éloignement géographique de la matrice syro-irakienne. Mais aussi par le fait que l’Etat Islamique a fustigé les différentes factions palestiniennes, qu’elles soient islamistes, jihadistes ou pas, le Hamas, qui n’a pas condamné les attaques et au contraire continue à montrer ses muscles […], qui s’est fait insulté par Daesh, tout comme le Jihad islamique aussi."

Ces attaques sont donc le fait d’individus radicalisés, inspirés par "le modus operandi du terrorisme low cost" de l’Etat Islamique mais déconnectés du Hamas "qui se retrouve entre deux chaises, entre l’Autorité palestinienne et des politiques arabes israéliens qui ont tous condamné ces attentats". "Mais il ne peut pas non plus applaudir des deux mains la cause de Daesh car c’est un acteur qui l’a humilié dans sa littérature", observe encore Didier Leroy.

Mais selon lui, dans les territoires palestiniens, le Hamas reste "le mastodonte politique et militaire mais clairement islamo-jihadiste qui jouit d’un soutien très important chez les Palestiniens surtout dans la Bande de Gaza, mais pas exclusivement. Et on a ensuite le Jihad islamique, qui est également un phénomène milicien mais de moindre amplitude, ancré à Jenine en Cisjordanie". Deux acteurs plus importants que "le phénomène Daesh, l’Etat Islamique reste extrêmement relatif voire minuscule".

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