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Italie : le gouvernement Draghi suspendu à un fil

© PIERRE TEYSSOT / AFP

14 juil. 2022 à 14:48Temps de lecture2 min
Par Valentina Jaimes

En Italie, des sénateurs du Mouvement 5 étoiles refusent la confiance au gouvernement. Une décision qui pourrait faire démissionner le Premier ministre Mario Draghi.

Le décret " Aiuti " alloue 23 milliards d’euros aux familles et aux entreprises face à l’inflation. Il prévoit aussi des pouvoirs spéciaux pour le maire de Rome, nécessaires afin de construire un incinérateur dans la capitale. Or, le M5S s’oppose à cet incinérateur coûteux et polluant selon lui. Malgré l’opposition du parti, le gouvernement a quand même atteint le nombre des voix nécessaires pour approuver le décret (172 oui, 39 non).

Un prétexte pour faire tomber Draghi

L’enjeu de la crise est politique plutôt que parlementaire. Le vote au décret serait juste une excuse pour mettre fin au gouvernement Draghi, selon l’ancien chef des 5 étoiles, Luigi Di Maio. Mario Draghi a déclaré que son gouvernement n’existe pas sans le Mouvement 5 étoiles. Il fait alors de leur non-participation un casus belli entraînant sa démission. Pourquoi ? Parce qu’il pourrait être exposé à de nouvelles embuscades à quelques mois de la fin de son mandat.

Si Draghi démissionne, Mattarella pourrait renvoyer le gouvernement aux Chambres pour forcer les partis à assumer leurs responsabilités. Deux scénarios s’ouvrent alors :

  • Le premier : le Mouvement change d’avis et vote la confiance au gouvernement.
  • Le deuxième : le vote de confiance reste impossible, en raison de la sortie des 5 étoiles. Le président de la République pourrait alors entamer des consultations et mettre un terme au gouvernement actuel.
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Pressé, le parti Fratelli d’Italia guidé par Giorgia Meloni n’a même pas attendu la position des 5 étoiles. La coalition de droite a déjà affirmé qu’en cas de retrait du Mouvement, il fallait passer au vote. La tactique de la droite : pousser le M5S à rompre avec le gouvernement, lui faire croire qu’il n’en paierait pas le prix dans les urnes, puis le faire dévier vers les élections anticipées. "Une crise gouvernementale en pleine guerre est un acte d’irresponsabilité, qui condamne le pays à l’abîme", selon le ministre des Affaires étrangères, Luigi Di Maio.

Washington et Bruxelles s’inquiètent

La crise gouvernementale pourrait avoir un effet négatif sur l’économie du pays. La Bourse de Milan a chuté de 3% ce jeudi. L’UE a revu à la baisse les prévisions de croissance pour l’Italie. Selon Bruxelles, la tendance de l’économie sera une " montagne russe ". En 2022, les estimations pour l’Italie sont ajustées à la hausse (de 2,4 à 2,9), mais le PIB freinerait brusquement en 2023, s’arrêtant à 0,9 contre 1,9 précédemment estimé.

Une crise gouvernementale en pleine guerre est un acte d’irresponsabilité, qui condamne le pays à l’abîme.

Le sort du gouvernement pourrait aussi jour un rôle dans les équilibres géopolitiques : Poutine verrait tomber deux chefs en si peu de temps. Bien sûr, Johnson et Draghi sont des personnalités très différentes. Mais, un point commun les unit : ils sont les plus importants défenseurs de l’Ukraine contre l’agression russe. Washington et Bruxelles pourraient appeler Draghi pour le convaincre à rester. Possibilité qui semble compliquée. Surtout quand les partis commencent déjà à faire d’autres calculs, sur les candidats et la date des élections. Le Palazzo Chigi danse sur ses propres décombres.

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