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Italie : un référendum constitutionnel pour réduire le nombre de parlementaires

Italie: référendum sur la réduction du nombre de parlementaires

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19 sept. 2020 à 18:23 - mise à jour 19 sept. 2020 à 18:23Temps de lecture3 min
Par Valérie Dupont, correspondante en Italie

Les Italiens sont appelés aux urnes ce dimanche et lundi pour dire oui ou non à une diminution drastique du nombre de parlementaires. Nécessaire pour les uns, démagogique pour d’autres, si la réduction n’est pas approuvée par le peuple, le gouvernement de Giuseppe Conte pourrait être en difficulté.

Les Italiens les surnomment les "palais du pouvoir", la Chambre des députés et le Sénat de la République. Des palais, symboles de la caste politique italienne, l’éternelle histoire romaine entre les plébéiens et les patriciens.

"Le pouvoir devrait être bien plus dans les mains du peuple qu’à l’intérieur des palais", estime cette vendeuse de fleurs sur le Campo de' Fiori. "Ce serait mieux de réduire les salaires plutôt que de réduire le nombre des représentants du peuple", ajoute un autre vendeur.

Et pourtant ces dimanche et lundi, en concomitance avec des élections régionales prévues dans sept régions du pays, les Italiens devront bel et bien décider s’ils confirment ou non la loi votée en octobre dernier qui réduit le nombre de parlementaires. Des six cent trente députés élus à la Chambre, il n’en resterait que quatre cents après les prochaines élections, le Sénat de la République serait réduit de trois cent quinze à deux cents élus. Une réduction drastique de 36,5% du nombre de parlementaires.

Pour Gianluca Perilli, chef de groupe au Sénat du Mouvement 5 Etoiles – le mouvement qui a construit son succès électoral sur la lutte contre les privilèges des élus – l’affirme : "Nous considérons que les parlementaires sont trop nombreux, et qu’ils doivent être réduits. Vous savez, c’est depuis la neuvième législature, donc depuis les années 80, que l’Italie essaie de faire cette réforme et personne n’a jamais réussi."

"Tous ceux qui pensent que cela diminue le poids du parlement dans le processus démocratique se trompent", poursuit le sénateur. Le mouvement a fait de cette réforme une condition non négociable avec son actuel allié de gouvernement, le Parti Démocrate. Nicolas Zingaretti, le secrétaire du PD, a promis une réforme rapide de la loi électorale pour équilibrer cette coupe radicale dans la représentation parlementaire.

Une réforme populiste ?

"C’est une réforme démagogique", taille court Emma Bonino. Entrée au parlement en 1976, plusieurs fois ministre, commissaire européenne, "la pasionaria" des droits et des libertés fondamentales appelle à voter contre la réforme. "C’est une réforme populiste car elle ne prévoit pas de modifier la constitution sur les compétences de la chambre et du sénat, qui fait quoi, et une telle réforme serait pourtant nécessaire, et puis, l’Italie n’a pas besoin de cela maintenant, alors que nous sommes en train de laisser une dette publique gigantesque aux générations futures, il y a des réformes plus urgentes", ajoute-t-elle.

La représentation démocratique, une des plus élevées d’Europe actuellement, avec un élu pour soixante-trois mille habitants passera en queue de peloton, avec un élu pour plus de cent mille habitants. De plus la réduction en termes de dépenses publiques est dérisoire. Le coût actuel du fonctionnement du parlement italien s’élève à un milliard et demi d’euros par an, contre cent septante-quatre millions en Belgique. La réduction devrait permettre d’économiser soixante millions d’euros par an, soit 0,007% des dépenses publiques, le coût d’un café par an et par habitant.

"Même un euro de gagné vaut la peine", estime Sergio Rizzo, journaliste coauteur du livre "La Casta" qui, en 2007, a dénoncé les exagérations des dépenses du pouvoir en Italie. "Mais réduire les élus ne résout pas le problème des dépenses publiques, les élus régionaux coûtent bien plus cher, les employés du parlement sont payés quatre fois plus que dans les autres pays d’Europe, sans oublier le vrai problème, c’est que nous avons encore en Italie, un système de remboursement, qui permet aux parlementaires de se mettre en poche de l’argent noir, en plus de leur salaire, et c’est la vérité."

Un député italien empoche autour de 14.500 euros nets par mois, salaire et indemnités forfaitaires, contre 6000 pour son homologue belge.

En tête dans les sondages, les défenseurs du oui estiment que cette réforme est un premier pas, alors que les défenseurs du non rappellent que ce n’est pas le nombre mais la qualité de la classe politique qui devrait être remise en question en Italie.

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