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Jacob Blake : à Kenosha, hommage des militants antiracistes aux victimes des violences meurtrières

"Nous n’en pouvons plus", disent des manifestants.

© AFP

27 août 2020 à 10:10Temps de lecture2 min
Par AFP

L’un était "doux", l’autre est "mort pour rien". Après trois nuits d’émeutes, quelques centaines de militants antiracistes ont rendu hommage dans le calme ce mercredi soir aux deux manifestants tués la veille à Kenosha, dans le Wisconsin.

Pour cette nouvelle nuit de manifestation malgré le couvre-feu, les organisateurs avaient multiplié dans la journée les appels au calme.

On proteste dans le calme

"Tout le monde s’attend à ce qu’on ait la rage, qu’on devienne fous pour cette quatrième nuit, mais on proteste dans le calme", explique à l’AFP un musicien qui se présente sous son nom de scène, Big Homie Trail.

"On va continuer à manifester dans le calme, ils veulent nous faire taire, mais ils n’y arriveront pas", dit-il.

Les violences ont débuté dimanche dans cette ville de 100.000 habitants dans le nord des Etats-Unis, après qu’un Afro-Américain a été grièvement blessé lors de son interpellation.

Bavure policière filmée

Jacob Blake, un père de famille de 29 ans, a été touché de sept balles dans le dos à bout portant par un policier blanc, Rusten Sheskey.

Cette apparente bavure policière, qui a été filmée et dont les images sont devenues virales, a suscité une vague d’émotion dans le pays et produit à Kenosha un cocktail dangereux mêlant émeutiers, policiers et groupes d’autodéfense.


►►► Lire aussi : Etats-Unis : pourquoi la police a-t-elle tiré sept fois dans le dos d’un homme noir, devant ses enfants, à Kenosha ?

Aux cris de "Les vies noires comptent" et "Pas de justice, pas de paix", des slogans scandés dans tout le pays, les manifestants ont sillonné les rues du centre-ville pendant plusieurs heures, s’arrêtant à l’endroit où les militants ont été tués.

Des cibles

L’un d’eux, Anthony Huber, est tombé au milieu de la rue, en voulant arrêter le tireur qui s’enfuyait.

"Il était doux et maintenant il est mort", dit à la foule une jeune fille, présentée comme une de ses amies. "Il n’avait que de l’amour pour cette ville et c’est pour ça qu’il était là hier soir", ajoute-t-elle avant d’éclater en sanglots.

La foule observe alors un rare moment de silence pour se recueillir.

Il est mort pour nous, il est mort pour rien

Un peu plus loin, devant une station-service, une fleur et une bouteille d’alcool marquent l’endroit où l’autre manifestant est mort, touché par une balle dans la tête.

Sur les panneaux de bois qui recouvrent la station-service, des inconnus ont tagué "Rusten Sheskey a fait ça" et "Sheskey, c’est ta faute".

"Il est mort pour nous, il est mort pour rien", lance un des meneurs de la marche en dénonçant les brutalités policières contre la minorité noire, qui se succèdent depuis le début de l’année et qui ont entraîné un mouvement de colère historique aux Etats-Unis.

"Nous n’en pouvons plus, nous ne pouvons plus le supporter. Nous demandons pacifiquement la justice et nous n’avons rien en retour. Et vous vous demandez pourquoi on brûle ?", dit-il, en montrant de l’autre côté de la rue une concession automobile entièrement incendiée.

Les émeutiers s’en sont pris à des commerces et des bâtiments, dont certains n’ont pas résisté aux flammes.

Pour Big Homie Trail, le musicien, les Afro-Américains ne sont que "des cibles" pour les policiers. "Je suis grand et Noir, ils me considèrent comme un ennemi tout le temps, où que j’aille", affirme-t-il.

Les forces de l’ordre, dont des renforts sont attendus prochainement, étaient mercredi soir invisibles autour de la manifestation, contrairement aux nuits précédentes.
 

Deuxième nuit d'émeutes à Kenosha - Wisconsin

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