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Jan Fabre condamné : faut-il retirer ses œuvres de l’espace public ?

"Le mesureur de nuages", statue de Jan Fabre

L’artiste Jan Fabre, poursuivi pour "violence, harcèlement ou harcèlement sexuel au travail", a été condamné par le tribunal correctionnel d’Anvers à 18 mois de prison avec sursis. Mais ses œuvres ne seront a priori pas évincées de l’espace public.

Alors que le Musée des Beaux-arts de Bruxelles a décidé de ne plus éclairer son œuvre exposée chez lui, le groupe Vooruit au Parlement flamand souhaite le retrait d’une sculpture de Jan Fabre actuellement exposée dans une salle de commission de l’assemblée flamande.

"Maintenant qu’un juge a estimé que les faits reprochés à Jan Fabre sont établis et qu’il est condamné, cet artiste ne peut plus bénéficier d’un piédestal au Parlement flamand", expliquent Katia Segers et Hannelore Goeman (Vooruit). "Laisser pendre cette œuvre serait un drôle de signal envers les nombreux Flamands et nombreux écoliers qui viennent visiter le parlement".

Mais les œuvres d’art de Jan Fabre installées dans la Zuilenzaal du Parlement flamand, des sculptures suspendues recouvertes de carapaces de scarabées, ne devraient pas disparaître de sitôt. Les trois partis de la majorité flamande ne sont en effet pas favorables à leur déplacement.

 

Pour Willem-Frederik Schiltz, chef de groupe Open Vld, "il faut que cela reste clair qu’une œuvre est davantage qu’un artiste". "Comme ces œuvres d’art ne glorifient pas l’homme, il me semble qu’elles peuvent rester".

Une opinion partagée par Wilfried Vandaele (N-VA) : "Si on retire les travaux de Fabre, on devrait aussi commencer à vérifier les autres œuvres dans le parlement. Quand est-ce qu’on retire quelque chose ? Seulement quand l’artiste est condamné ?"

Le chef de groupe CD&V, Peter Van Rompuy, suggère à la place de "soumettre cette question à la commission 'art' du parlement", un comité d’experts du secteur, qui conseille le parlement dans l’achat des œuvres exposées dans ses bâtiments.

Nous condamnons toute forme de violence sexuelle. […] Mais l’œuvre qui se trouve au parlement peut rester si on y ajoute une indication bien visible, qui mentionne la différence entre l’œuvre et l’artiste.

Une solution approuvée par le Bureau élargi du Parlement flamand, qui se penchait lundi sur la question. La sculpture ne sera donc pas retirée, mais la commission responsable des acquisitions d'œuvres d'art devra fournir une note explicative sur la création et l'artiste.

"Distinguer l’œuvre de l’artiste"

Cette formule "il faut différencier l’artiste de son œuvre", fréquemment utilisée dans ce genre de cas, divise énormément. Si certains défendent l’autonomie de l’art et estiment qu’on ne doit pas juger un ouvrage en fonction du comportement de son auteur, d’autres considèrent qu’un artiste ayant fauté ne mérite en aucun cas d’être célébré ou commémoré, quelle que soit la valeur de ses créations, par respect pour les victimes.

C’est la première option que privilégient les hébergeurs de la sculpture en deux exemplaires "Searching for Utopia", une tortue dorée chevauchée par un homme, installée sur la citadelle de Namur et sur la plage de Nieuport.

"Nous prenons nos distances avec Jan Fabre, mais la statue reste. Je considère l’artiste et l’œuvre comme deux entités différentes", a expliqué le bourgmestre de Nieuport Geert Vanden Broucke (CD&V). "Il y a un grand nombre d’artistes qui ont franchi une ligne. Si nous devions supprimer toutes leurs œuvres, nous en aurions encore pour longtemps."

Même avis pour son collègue namurois Maxime Prévot (Les Engagés), qui considère comme essentiel de "distinguer l’artiste de son œuvre", et qu’elle ne soit pas retirée de l’espace public.

A titre comparatif, est-ce que les nombreux récents scandales autour de célèbres réalisateurs du cinéma ont amené au retrait catégorique de l’ensemble de leurs œuvres cinématographiques dans la filmographie mondiale ?

Le Bourgmestre précise que "M. Fabre doit évidemment assumer ses actes en tant qu’homme" mais précise que sa tortue trônant sur la citadelle "est et restera une de ses œuvres réalisées en tant qu’artiste, qui compte parmi les éléments artistiques urbains les plus photographiés par les touristes et les Namurois".

Enfin, l’édile insiste sur l’importance de combattre "plus pertinemment" le fond du problème, à savoir le harcèlement, le sexisme, les violences de toutes natures à l’égard des femmes.

Organiser un débat approfondi

Du côté de la cathédrale Notre-Dame d’Anvers et du Musée municipal d’art contemporain (SMAK) de Gand, la même question se pose. Mais "L’homme qui mesure les nuages" continuera ses mesures, et "L’homme portant la croix" la portera encore.

Après avoir ouvert un dialogue avec divers groupes de visiteurs, la cathédrale conservera l’œuvre qu’elle héberge, comme elle l’explique dans un communiqué de presse.

Les conversations ont révélé qu’il n’y avait pas d’unanimité sur la meilleure façon d’agir. Il a donc été décidé de poursuivre le dialogue. Si la cathédrale avait décidé de retirer la sculpture à titre préventif, on pourrait penser qu’elle tente d’éviter ce débat.

Selon Philippe Van Cauteren, directeur du SMAK, "Retirer des sculptures revient à museler le débat". Il souhaite que soit organisé en septembre ou octobre un débat "approfondi" sur des questions telles que l’abus de pouvoir et les comportements indésirables. Si un tel débat a effectivement lieu, la statue sera alors temporairement retirée de son piédestal.

Selon M. Van Cauteren, l’intention n’est pas de débattre uniquement sur le cas de Jan Fabre, ou sur les problèmes du secteur artistique, le secteur du sport doit également être abordé. Le directeur du SMAK veut également impliquer d’autres institutions dans l’exercice, comme le musée Gezelle de Bruges qui abrite également une sculpture de Fabre.

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