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Jan Fabre condamné : sa Tortue à Namur est-elle menacée ?

"Searching for utopia", une œuvre en bronze qui représente son auteur sur le dos d’une Tortue.
29 avr. 2022 à 12:552 min
Par Louis Matagne

C’est une mise en lumière dont elle n’avait pas spécialement besoin. Idéalement placée depuis 2015 sur le site de la Citadelle, la Tortue de Jan Fabre (baptisée "searching for utopia") est en effet visible depuis de nombreux endroits, lorsqu’on se promène dans la capitale Wallonne. Cependant, la toute récente condamnation de l’artiste pour des faits de mœurs relance pour certains la question sur la présence de cette œuvre dans l’espace public.

« On l’attendait »

Au premier rang des détracteurs, le collectif Badass, formé dans la foulée des accusations portées à l’encontre de l’artiste. "Ce jugement, on l’attendait", explique Hélène Jane-Aluja, membre du collectif, qui a déjà manifesté sa désapprobation à travers différentes actions au cours des derniers mois. "La parole des victimes a été entendue et prise en compte par la justice, ce qui est une très bonne chose." Pour le collectif, la question ne se pose dès lors même plus : la statue doit être retirée de la Citadelle. "On la voit de partout, pour les victimes d’agressions sexuelles, ce n’est pas juste. L’œuvre pourrait être déplacée ailleurs, par exemple dans un musée, cela se discute. Mais à cet endroit, non. Rappelons aussi que Jan Fabre s’est représenté sur la tortue, ce qui complique la dissociation."

Dissocier l’œuvre de l’artiste

On le comprend, pour le collectif, impossible donc de dissocier l’œuvre de l’artiste. Un point de vue que ne partage pas le bourgmestre de Namur, Maxime Prévot (les Engagés, ex-cdh), qui a toujours prôné le maintien de "Searching for utopia" dans l’espace public namurois, et que le jugement n’a pas fait changer d’avis. "Si Jan Fabre a fauté et a eu des comportements inappropriés, c’est normal qu’il soit condamné, et qu’il l’assume. Mais son œuvre, c’est autre chose. La tortue compte parmi les éléments artistiques urbains les plus photographiés par les touristes et les Namurois, je ne pense pas que cela soit pertinent de la retirer de son socle." Et de pousser la réflexion dans ce sens : "Je ne pense pas qu’on va arrêter d’écouter les tubes de Claude François alors qu’on sait qu’il avait des problèmes avec des mineurs. Ni bannir Verlaine et Rimbaud de la littérature alors qu’ils ont eu des ennuis judiciaires." Pour le bourgmestre, ce sont les états d’esprits qu’il faut déboulonner, via l’éducation et la sensibilisation, pas les œuvres.

« Débat il y aura »

Le Tortue n’est donc pas menacée à ce stade, même si des discussions auront certainement lieu au sein du collège communal dans les jours à venir. "Débat, il y aura, explique Philippe Noël (Ecolo), président du CPAS, en charge de l’Egalité des chances. Certains font la différence entre l’œuvre et la personne, d’autres pas. Je n’ai personnellement pas d’idée arrêtée, mais nous sommes ici confrontés à une personnalité contemporaine qui vient d’être jugée, ce qui doit amener de la nuance."

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