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Dans " Le temps d’une histoire ", Patrick Weber propose de découvrir ce que fut 1945 pour l’Histoire : le 1er janvier de cette année-là, la contre-offensive d’Hitler est en cours dans les Ardennes. À la fin de l’année, se tient l’historique procès de Nuremberg. Entretemps, les camps d’extermination ont été libérés, l’ONU, Organisation des Nations Unies a vu le jour et deux bombes nucléaires ont fait des milliers de morts… 1945, c’est aussi le début de la fin d’un statut exceptionnel pour un homme : Hirohito.

Le dernier monarque de droit divin…

Début 1945, Hirohito est le 124e empereur du Japon. Il est le descendant direct d’Amatérasu, déesse du soleil. Hirohito, homme-dieu, empereur de droit divin ne sait pas encore qu’il sera le dernier de ce genre sur terre.

Hirohito enfant.
Le prince héritier Hirohito en 1915

Hirohito est l’empereur qui a eu le plus long règne de l’histoire du Japon, ce fut aussi le règne le plus difficile et probablement le plus tourmenté. Michinomiya Hirohito est né avec le XXe siècle, le 29 avril 1901. Malgré la défaite de son pays en 1945, il mourra souverain, le 7 janvier 1989.

Petit-fils de l’empereur Meiji (1852-1912) qui a ouvert le Japon au monde, fils de l’empereur Taishō (1879-1926), le jeune homme partira découvrir l’Occident, une première ! Un voyage qui le mènera à Paris, Londres et Rome. Une véritable révélation pour ce prince héritier.

L’empereur Meiji, en 1912.
L’empereur Taisho.
Le prince Hirohito à Londres, en 1921, en compagnie du prince de Galles, futur Edward VIII.

À son retour, son père étant victime de troubles mentaux, Hirohito est nommé Régent et décide immédiatement de quitter les tenues traditionnelles de la cour nippone pour le costume européen. Son voyage par le monde lui a ouvert l’esprit, il souhaite voir son pays progresser, tant au point de vue moral que matériel. Quand il monte sur le trône, le 25 décembre 1926, son règne recevra le nom de " Showa ", paix rayonnante…

Hirohito a la ferme intention " de cultiver l’amitié de toutes les nations et le maintien de la paix mondiale ". En sa qualité d’Empereur, il quitte le monde des vivants car son pouvoir est d’essence divine, sa personne est " sacrée et inviolable ", nul ne peut le toucher, nul ne peut le regarder, nul ne peut l’entendre.

Le monarque serait-il réellement pacifiste comme laissent l’entendre ses dires et le nom de son règne ? Le Japon va pourtant mener bien des guerres sous son règne. En 1931, c’est l’offensive sur la Chine dont le résultat est l’occupation de la Mandchourie, devenant le Mandchoukouo dont l’ex-empereur de Chine, Pu-Yi, deviendra… l’Empereur. Deux ans plus tard, le Japon quitte la SDN, la Société des Nations où le pays était non seulement présent depuis 1919, mais surtout extrêmement influent dans la quête de la paix mondiale.

Pu-Yi, chef de l’Etat et empereur du Mandchoukouo (1934-1945).
Pu-Yi, chef de l’Etat et empereur du Mandchoukouo (1934-1945). GettyImages.

En 1937, nouvelle attaque du Japon contre la Chine, y commettant d’atroces crimes tels que viols et pillages… Puis, le 13 avril 1941, ce sera la signature du pacte de non-agression avec l’URSS… et le 7 décembre, Pearl Harbor. Mais quel est le rôle de l’Empereur du Japon au cours de la seconde guerre mondiale ?

Pour certains spécialistes, il ne se serait pas opposé à l’escalade fatale, pour d’autres, il aurait été manipulé… Il paraît qu’il était assez opposé à la guerre contre les États-Unis, qu’il ne souhaitait pas s’allier avec les puissances de l’axe… Hirohito, un homme faible ? Il se dit qu’il préférait s’occuper de ses recherches en biologie marine que de la guerre…

L’Asie du Sud-Est – Singapour, Java, Philippines – tombe dans l’escarcelle japonaise. Jusqu’à ce que Tokyo soit presque rasée de la surface par les bombes américaines, jusqu’à ce que le 6 août 1945, une bombe d’un nouveau genre raye Hiroshima de la carte, jusqu’à ce que le 9 août, une seconde bombe nucléaire détruise Nagasaki. Des milliers de morts.

6 août 2020, 75e commémoration du bombardement atomique d’Hiroshima.
Nagasaki, après le 9 août 1945…

Malgré l’estimation de 103.000 à 220.000 victimes dans ces deux villes, malgré l’offensive soviétique sur la Mandchourie dès le 9 août, la caste militaire japonaise se refuse à capituler. C’est l’entourage impérial qui poussera le souverain à passer outre cette décision. Le 15 août, prenant pour la première fois la parole dans un discours radiodiffusé, le " Gyokuon-hōsō ", Hirohito annonce la reddition de son pays. L’acte sera officialisé le 2 septembre, sur le cuirassé USS Missouri.

Le pays sera alors occupé par les Américains. Certains pays victorieux souhaitent des sanctions envers l’Empereur, pourquoi pas sa destitution ? Les États-Unis jugent la chose trop dangereuse, le risque serait trop grand d’une déstabilisation du pays, d’une guerre civile même, tant la figure impériale, intouchable, demeure révérée au Japon. Mais les Américains vont forcer Hirohito à rejeter son statut…

2 septembre 1945, pont du cuirassé Missouri, signature de la reddition du Japon.
Hirohito en famille, vers 1940, alors qu’il était encore un empereur dieu…
Le Président des États-Unis, Harry Truman, montre l’acte de capitulation du Japon à Maison Blanche, le 7 septembre 1945.

C’est le 1er janvier 1946 que dans son discours diffusé à la radio, le " Ningen-sengen ", Hirohito renonce officiellement à son " Arahitogami ", sa nature de " divinité à forme humaine ". Dans la nouvelle constitution japonaise promulguée le 3 mai 1947, l’Empereur a perdu tout pouvoir politique, il n’est plus le " Chef de l’État ", mais le " Symbole de l’État " d’une monarchie constitutionnelle. Hirohito sera le premier souverain japonais à se rendre à l’étranger, en Europe et aux États-Unis. Il considérera aussi, jusqu’à la fin de ses jours, que pour certains faits de la guerre, il se sentait " personnellement désolé ".

Les travaux réalisés dans les années 1990 sont venus prouver la réelle implication d’Hirohito dans la gestion de l’État et surtout, dans la conduite de la guerre. Selon certains historiens influents, tels Herbert Bix, Akira Fujiwara, Peter Wetzler et Akira Yamada, le souverain fut un opportuniste qui dirigea son empire en collégialité : chaque décision importante se devait d’être analysée par le conseil des ministres et l’état-major pour être présentée à l’approbation du souverain qui, s’il ne fut pas un belliciste, n’en fut pas pour autant le pacifiste qu’il avait déclaré être dans ses intentions de début de règne.

L’Empereur Hirohito en famille, en 1969…
L’Empereur Hirohito en famille, en 1969… GettyImages – Hulton Archive

À voir, dans " Le temps d’une histoire ", vendredi 6 mai à 22h40 sur La Une, " 1945, l’année qui a changé l’histoire ", un documentaire de Guilain Depardieu.

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