Cinéma

"Jazz on a Summer's Day" : un documentaire mythique et magique

Bienvenue au Newport Jazz Festival de 1958. Asseyez-vous! Ou restez debout. Dansez si c'est que vos jambes réclament. La météo est charmante, le cadre extrêmement plaisant et serein, l'eau d'un bleu azur. Et sur scène  ? Quelques-uns des plus grands noms du jazz se succèdent : Dinah Washington, Thelonious Monk, Gerry Mulligan ou Louis Armstrong pour n'en citer que quelques-uns. L'affiche a de quoi faire pamer n'importe quel aficionado de jazz. Les plus puristes râleront peut-être à l'idée que le rock et le soul se joignent également à cette sublime fête, mais quand Chuck Berry ou Mahalia Jackson entrent en jeu, mieux vaut se taire et profiter.

On le sait, on le sent, c'est un moment précieux dans l'histoire de la musique qui se joue dans le documentaire "Jazz on a Summer's Day", à la confluence de plusieurs mouvements et tendances. C'est le bon endroit, le bon moment, mais aussi la bonne personne pour capturer l'instant : photographe de mode, Bert Stern (à qui l'on doit les célèbres portraits de Marilyn Monroe pris peu de temps avant sa disparition) ne s'est pas contenté de filmer une série de concerts, mais a entrepris pour son premier documentaire de saisir l'ambiance de décontractée et pétillante de Newport en cette journée estivale de 1958. Entre deux performances, il nous plonge ainsi dans l'effervescence de ce port de plaisance qui accueille à quelques lieues de là les essais de la Coupe de l’America, une compétition nautique entre voiliers. Son film est truffé d'instantanés, de moments cocasses et savoureux : un groupe d'amis dansant sur une terrasse, un enfant assistant à son premier concert, une bouteille de champagne qui explose. Devant ces images enchantées, expertement montées par Aram Avakian, le plaisir se mêle à l'exaltation.

© Carlotta

Portrait de son époque, "Jazz on a Summer's Day" reflète aussi les injustices de son temps. D'une part, on peut constater que la mixité sociale et ethnique du festival est plutôt exceptionnelle pour cette période de l’histoire. D'autre part, il y a une vraie disparité dans cette mixité : alors qu'une bonne partie des interprètes sont noirs, la grande majorité des festivaliers qui profitent de ce port de plaisance hautement bourgeois sont blancs. Ce déséquilibre était-il à l'esprit du cinéaste ? Difficile à dire. Ce n'est en tout cas pas le propos de ce film enivré par le jazz, qui privilégie avant tout la volupté et l'exaltation de la musique.

Lorsque les caméras délaissent le public et se tournent vers la scène, c'est surtout pour filmer les visages, parfois longuement. Avec les moyens techniques de l'époque, le cinéaste crée une vraie intimité entre nous et les interprètes, nous laissant observer au plus près l'intensité de Thelonious Monk ou les tics espiègles d'Anita O'Day. Le plaisir puissant de leurs performances se mêle ainsi à la joie du public. Si bien qu'une fois le film terminé, la question se pose : que pourrait-il y avoir de mieux que du jazz un jour d'été  ?

 

"Jazz on on a Summer's Day" est à découvrir au cinéma Flagey, dans le cadre Musiq'3 Festival Madness. 

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