Belgique

"Je ne peux pas y retourner, ils vont me tuer" : Aisha, jeune femme iranienne expulsée de Belgique, malgré le contexte de répression dans son pays

30 sept. 2022 à 16:31 - mise à jour 30 sept. 2022 à 21:45Temps de lecture2 min
Par Théa Jacquet

"Je ne peux pas y retourner, ils vont me tuer", criait Aisha (prénom d’emprunt) à bord d’un avion qui s’apprêtait à décoller de l’aéroport de Zaventem le 20 septembre dernier. La jeune Iranienne de 20 ans avait fui son pays deux mois plus tôt pour éviter un mariage forcé. "La famille de mon père a essayé de me tuer. Et elle essaye encore. Je l’ai raconté à tout le monde en Belgique. J’ai demandé de l’aide, mais personne ne m’a aidée. Personne ne m’a entendue", nous raconte la jeune femme, détenue durant les deux mois dans le centre de détention administratif Cariacole de Steenokkerzeel.

La jeune femme avait en effet fait une demande d’asile, qui s’est vu refusée par les services du Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) faute d’éléments prouvant la véracité de son récit.

Trois tentatives d’expulsion se sont déroulées en une semaine, mais n’ont pas abouti grâce à la mobilisation des passagers. Certains ont d’ailleurs filmé la scène, diffusée sur les réseaux sociaux, notamment par le collectif Mur-mures, qui entend mettre en lumière le récit de personnes sans-papiers en Belgique.

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Alors qu’elle préparait un recours et devait être entendue au tribunal le 23 septembre, elle a finalement été expulsée de la Belgique le même jour, à bord d’un avion en partance pour la Turquie. Malgré les menottes, Aisha tente de résister, mais cette fois, les passagers ne protestent pas.

Sur place, elle tient à voir un médecin pour attester les coups et blessures dont elle se dit avoir été victime. "Ils m’ont poussée, mis les menottes et attrapé les jambes. Je criais : 'Relâchez-moi'. À ce stade, tous mes vêtements étaient défaits, j’étais nue", nous confie-t-elle depuis la Turquie. Et de poursuivre : "Je ne sais plus dormir la nuit, je fais plein de cauchemars".

Du côté de la police, c’est une tout autre version qui est rapportée. La jeune femme aurait "fait usage de violences verbales et physiques pour s’opposer à son éloignement". Et l’Office des Étrangers assure avoir respecté toutes les procédures.

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Entre révolte et répression en Iran

"Tout le monde exprime aujourd’hui sa solidarité, et à juste titre, face au courage des femmes iraniennes. C’est insensé d’expulser une femme en Iran quand on sait le danger qu’elle court", déplore Pierre-Arnaud Perrouty, directeur de la Ligue des droits humains.

Une expulsion qui pose en effet question dans ce contexte de révolte et de répression en Iran, où de nombreuses manifestations ont lieu à la suite de la mort de Mahsa Amini arrêtée le 13 septembre dernier par la police des mœurs pour avoir porté le voile de manière "inappropriée". Dans la République islamique, les femmes doivent se couvrir les cheveux et n’ont pas le droit de porter des manteaux courts ou serrés ou des jeans troués.

Depuis lors, au moins 76 personnes ont été tuées en Iran et plus de 1200 interpellées. Vendredi soir, le ministre de l’Intérieur, Ahmad Vahidi, a de nouveau affirmé que Mahsa Amini n’avait pas été battue par les forces de l’ordre. Par ailleurs, les autorités iraniennes ont imposé des restrictions drastiques sur Internet, bloquant notamment l’accès à Instagram et WhatsApp, en raison des troubles.

En septembre toujours, deux lesbiennes et militantes LGBTQIA +, Zahra Sedighi Hamedani et Elham Chubdar, accusées de promouvoir l’homosexualité, ont été condamnées à mort en Iran, alertait une ONG.

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