Justice

"Je souffre comme les victimes" lance Salah Abdeslam lors de son interrogatoire au procès des attentats (revivez le live)

Dessin représentant Salah Abdeslam lors de l’audience de ce 09/02/2022

© Palix

09 févr. 2022 à 11:14 - mise à jour 09 févr. 2022 à 21:54Temps de lecture3 min
Par Melanie Joris du service judiciaire

Le procès des attentats du 13 novembre entre dans sa vingt et unième semaine. Les deux prochaines journées d’audience sont consacrées à l’interrogatoire de Salah Abdeslam. C’est l’aspect religieux et la radicalisation qui vont être abordés.

Salah Abdeslam, chemise blanche, cheveux courts, barbe taillée, répond aux questions. Il parle sur un ton posé, en ajoutant parfois un peu d’ironie ou d’insolence dans ses réponses.

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"Je souffre comme les victimes"

Lors de cette audience, Salah Abdeslam a déclaré souffrir comme les victimes et leurs familles. Un avocat des parties civiles est revenu sur cette petite phrase. Me Seban : "Pensez-vous que la souffrance des victimes est comparable à la vôtre ?".

Salah Abdeslam a d’abord souligné des témoignages de victimes qui l’ont beaucoup touché. Il a ensuite répondu : "Oui, je souffre. Les témoignages m’ont permis de me reconnaître dans les victimes. On a des points communs dans la souffrance, la douleur. Je suis très pudique, je n’aime pas trop parler de ma détention ou de ces six dernières années, mais je me suis reconnu. Alors oui, je souffre et je continue à souffrir".

"Je n’ai tué ou blessé personne"

"Je n’ai pas de sang sur les mains", "Je n’ai tué ou blessé personne", "Je ne suis pas quelqu'un de dangereux", "Je ne représente pas un danger pour la société, mes quatre mois de cavale l'ont bien montrés". Autant de phrases répétées à plusieurs reprises par Salah Abdeslam au cours de cette audience. Il affirme même au détours des questions des avocats des parties civiles qu'il a renoncé à faire exploser sa ceinture explosive. 

Une ligne de défense que l’on a également entendue dans les lettres rédigées par la sœur et la mère de Salah Abdeslam pour expliquer leur absence à l’audience alors qu’elles avaient été invitées à venir témoigner.

La mère de Salah Abdeslam écrit : "Je constate que mon fils n’a tiré sur personne et ne s’est pas fait exploser. J’implore votre tribunal d’être le plus juste possible".

La sœur de Salah Abdeslam, très proche de son frère avant et après les attentats, écrit, quant à elle, ces phrases : "Je vous prie de ne pas oublier qu’il n’a ôté aucune vie, qu’il n’a blessé personne. Pourquoi devrait-il être déclaré coupable d’actes qu’il n’a pas commis ?".

Allégeance à l’EI

Salah Abdeslam a maintenu son soutien à l’Etat Islamique. Il explique avoir été touché par ce qui se passait en Syrie. Et avoir voulu aider sur place. "Une idée passagère", précise-t-il. Ce n’est que bien plus tard qu’il aurait prêté allégeance à l’EI, "48 heures avant les attentats".

Le président a longuement essayé de savoir si Salah Abdeslam était biberonné aux vidéos de propagande de l’EI. La réponse n’a pas varié. "J’ai vu les vidéos des bébés morts dans les rues, mais je n'ai jamais regardé les vidéos des exactions".

Salah Abdeslam a évoqué la participation de la France à la coalition internationale. Pour lui, ces bombardements justifiaient les attentats, "œil pour œil, dent pour dent" a traduit le président devant un hochement de tête de Salah Abdeslam.

Le principal accusé de ce procès est également revenu sur l’audition de François Hollande. "Quand François Hollande est venu ici, il a dit qu’il referait les mêmes choix s’il pouvait revenir en arrière. Je trouve ça très grave. C’est à cause de lui que nous sommes ici !".

La Syrie

De nombreuses questions ont ensuite été posées sur les séjours en Syrie de nombreux amis de Salah Abdeslam qui sont également sur le banc des accusés. Le président s’est attardé sur le retour de Brahim Abdeslam de Syrie. Salah Abdeslam maintient qu’il ne savait pas que son frère était parti en Syrie.

Ce n’est que plus tard que Brahim Abdeslam aurait révélé la véritable destination de son voyage. "On lui a dit de rentrer, que c’était trop dangereux en Syrie et qu’il serait plus utile en Belgique. Qu’il recevrait des ordres plus tard".

Salah Abdeslam précise plus tard : "Mon frère m’a demandé de faire certaines choses et je les ai faites", sans entrer dans plus de détails.

La religion

À travers les PV d’auditions de sa mère, sa sœur et son ex-fiancée, on se rend compte que Salah Abdeslam n’avait pas du tout une pratique rigoureuse de sa religion.

Sa mère explique : "Il était musulman comme nous. Il faisait parfois ses cinq prières. Il n’y a pas de radicalisme chez nous". Son ex-fiancée abonde dans le même sens : "Salah n’a jamais été pratiquant. Je l’ai fréquenté pendant près de huit ans et il n’a jamais parlé de religion, sauf peut-être sur la fin. Il en parlait un petit peu, mais, pour moi, c’était des paroles en l’air".

Lui-même explique son engagement auprès de l’EI comme la conséquence de sa sensibilité, de ses émotions. "C’est mon humanité qui m’a fait regarder vers la Syrie. Je savais que des personnes étaient en train de souffrir alors que moi, je profitais de ma vie dans le confort".  

Il ajoute qu'il vivait un véritable dilemme. Écartelé entre l'envie de s'engager e, Syrie et d'aider ses frères musulmans. Et l'impossibilité de quitter sa fiancée et sa famille. 

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