Tendances Première

Je suis épuisé⸱e !

Anxiété, surmenage, burn-out… ce n’est pas que dans la tête ! L’épuisement est une réalité physiologique. Le livre Je suis épuisé⸱e ! nous donne les clés pour comprendre le phénomène et surtout pour en sortir.

Cathy Assenheim est psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Elle nous aide à comprendre les causes nerveuses et hormonales des symptômes typiques, à interpréter les signaux d’alerte physiologiques avant qu’il ne soit trop tard et à faire le point sur notre état de résistance grâce à différents questionnaires.

Elle nous donne aussi un guide pratique pour réagir concrètement lorsque la fatigue s’est installée ou qu’un diagnostic d’épuisement a été posé.

Je suis épuisé⸱e ! est publié aux Editions De Boeck Supérieur.
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Même si on a l’impression que la crise survient d’un coup, l’épuisement se met en place sur la durée. L’épuisement est une maladie de notre capacité d’adaptation, au niveau physiologique. C’est une maladie des ressources. C’est une succession d’adaptations qui met à mal, à un moment donné, notre capacité de réagir.

Le Covid nous oblige depuis deux ans à être en permanence dans l’adaptation, et cela crée une anxiété de fond qui concerne tout le monde, y compris les enfants.

Envisager les causes physiologiques d’abord

Beaucoup d’idées reçues circulent à propos de l’épuisement et nous restons souvent démunis, parce que nous avons encore une vision psychologique de l’épuisement. Cathy Assenheim insiste au contraire sur sa cause physiologique.

Souvent, explique-t-elle, les gens sont en arrêt depuis un an, on leur a dit de se reposer, on leur a prescrit un anxiolytique ou un antidépresseur et rien de plus. Un an après, ils sont au même stade, à peine moins fatigués, mais la cause physiologique est toujours là. Et dès qu’ils reprendront leurs activités, les dérèglements se reproduiront.

"La prise en charge commence à évoluer mais on est toujours très fort dans la recherche des causes ou des conséquences. Or quand la personne est en crise, c’est une 'loque', elle ne sait plus rien faire, elle n’a plus d’énergie pour creuser le pourquoi du comment. Et il faut d’abord la soigner au niveau physiologique."

Quand tout se dérègle

Physiologiquement, l’épuisement produit un dérèglement nerveux puis hormonal. "On a une espèce de béquille nerveuse pour tenir debout, puis elle va lâcher et on va ressentir de plus en plus de fatigue."

Des dérèglements hormonaux vont alors survenir, qui vont créer toute une série de symptômes : au niveau immunitaire, au niveau ORL, au niveau de l’addiction au sucre, de la vision, de la dentition, etc… "

"Finalement, on en arrive au burn out, on s’écroule, on n’a plus de béquille nerveuse, on n’a plus de fonctionnement hormonal adéquat. C’est une progression dans la durée et l’écroulement, c’est la crise, qui fait généralement qu’on consulte. Mais il est souvent déjà trop tard."

On n’a pas suffisamment l’habitude de considérer ces symptômes comme un tout, on ne globalise pas. C’est au fur et à mesure du temps, quand le corps commence à lâcher, qu’on peut faire des liens et mieux comprendre le phénomène.

Par quoi commencer si on soupçonne un épuisement ?

Il n’est pas normal d’être épuisé. Il faut observer les signes de cette atteinte physiologique, pour se faire aider au plus vite, avant qu’il ne soit trop tard.

Cathy Assenheim recommande de consulter en priorité un médecin généraliste qui connaisse l’analyse des indicateurs clés de l’épuisement : les neurotransmetteurs, les hormones de l’adaptation, la fonction surrénale.

Dans un premier temps, le but est de chercher un soutien concret dans l’immédiat, pour sortir la tête de l’eau, il ne s’agit pas d’être dans la recherche des causes et des conséquences. On peut aussi travailler à se reconnecter à son corps par divers procédés, parce que si on en est arrivé si loin, c’est que l’on a nié ses symptômes.

La priorité est donc le médecin, pour pouvoir identifier les dérèglements et, du coup, pouvoir les réguler.

La médecine fonctionnelle

Les médecins fonctionnels, qui travaillent sur l’analyse des surrénales, sont peu nombreux. Pendant tout un temps, le sujet n’était plus au programme des études de médecine, mais aujourd’hui, il intéresse de plus en plus de médecins, en particulier les nutritionnistes.

"La façon la plus simple de trouver ce type de médecin, recommande Cathy Assenheim, c’est d’aller dans les grands labos et de leur demander la liste des médecins qui demandent souvent des BIP Neuro ou des analyses des neurotransmetteurs, et qui ont donc l’habitude de tester ces indicateurs clés des dérèglements d’épuisement."

Le médecin fonctionnel va d’abord réaliser une prise de sang, pour établir un bilan classique et éliminer les causes graves, puis une analyse des neurotransmetteurs et de l’état émotionnel, qui se pratique au niveau urinaire, et une analyse du cortisol, via la salive. Il aura ainsi une idée globale de ce qui est déréglé. Il va ensuite creuser pour avoir une vision globale de la personne : thyroïde, vision, système immunitaire…

L’épuisement n’est pas à confondre avec la dépression

Certains symptômes de l’épuisement font effectivement penser à la dépression, en particulier certains dérèglements hormonaux, comme une faiblesse de la sérotonine, qui va donner des montées d’irritabilité, d’agacement, des vagues de tristesse, des compulsions sucrées, des problèmes de sommeil,… 

Ces effets font penser que c’est une dépression, mais cela n’a rien de psychiatrique, c’est juste hormonal. Et quand on régule, les symptômes disparaissent.

L’antidépresseur sera comme un pansement sur une jambe de bois. Il va limiter la casse en recaptant la sérotonine, mais ne va rien faire au niveau de sa production, au contraire d’autres traitements qui peuvent la relancer.

Toutefois, aujourd’hui, avec la multiplication des déclencheurs, liée au Covid, de plus en plus de gens ont besoin de cette petite protection en attendant de traiter le fond, y compris parfois chez des ados, de façon très légère, observe Cathy Assenheim.

Il ne faut pas être contre les antidépresseurs, mais bien comprendre à quoi ça sert, le faire à dose pédiatrique et sur une courte période, en attendant de régler le fond.


Je suis épuisé⸱e ! sert de guide pour nous permettre d’agir de façon préventive. Il propose aussi des questionnaires pour nous permettre d’évaluer notre état et un programme d’action pour les cas modérés d’anxiété ou de surmenage, qui permet déjà de sortir la tête de l’eau. Si après 4 semaines, cela ne va pas mieux, il faut aller consulter son médecin. Le livre donne aussi de nombreuses pistes et conseils sur l’alimentation, sur les compléments alimentaires, les plantes adaptogènes, sur le sommeil, sur la luminothérapie…

C’est ce qu’explique Cathy Assenheim ici, dans la suite de l’entretien…

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