Bientôt à table

Je vous sers un verre de vin virtuel ?

A vos papilles, prêts, savourez !

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Un monde résolument à deux vitesses. Dans le réel : une inflation galopante sur nos produits alimentaires et des consommateurs devant compter au sous près. De l’autre, des certificats de propriété numériques, les fameux NFT, qui investissent désormais la sphère viticole ! Décryptage avec le spécialiste Fabrizio Bucella, auteur et fondateur de l’Inter Wine and Dine au micro de "Bientôt à Table!".

Le NFT kezako? Nous parlons d’un certificat numérique infalsifiable, grâce à son codage par une blockchain. NFT signifie Non Fongible Token, soit "jeton non fongible". Le NFT est un terme de droit, relatif à une chose que l’usage laisse entière et qui se restitue en nature. Le certificat peut être totalement virtuel – par exemple un appartement ou une maison que vous achetez dans le métavers. Il peut être aussi lié à un actif matériel, une bouteille de vin par exemple. On pourrait également avoir une bouteille de vin virtuelle liée à une bouteille de vin réelle ou même une bouteille virtuelle liée à rien du tout. 

La cloche d'Angelus en NFT!

"Prenons l'exemple le plus simple, explique Fabrizio Bucella: vous achetez une bouteille et souhaitez avoir la certitude de sa provenance, de son origine, voire de l’endroit où elle a été stockée. Le NFT associé à cette bouteille sera votre garantie numérique." Un process dans ce cas qui s’applique aux grands crus. 

Autre exemple: le Château Angélus tout récemment qui a joué sur le double tableau. Il a mis sur le marché un NFT garantissant la propriété d’un tonneau bordelais du millésime 2020 (l’équivalent de 300 bouteilles), ainsi qu'un certificat virtuel donnant la propriété d’une image de la cloche d’Angélus! "Le NFT est donc virtuel mais quelque part lié à la cloche qui est réelle, mais il est vraiment virtuel car cela ne vous donne aucun droit sur ladite cloche." NDLR: Notez que la cloche pèse quand même 700 kilogrammes, difficile donc de la poser dans votre salon. 

Et le vin devint virtuel... 

"Il s’agit du énième avatar, sans jeu de mots, du fameux changement de statut du vin. D’aliment, il est passé à produit hédonique, on boit pour son plaisir. Puis, depuis une petite vingtaine d’années, certains vins sont entrés dans l’univers de l’ultra-luxe." Un premier glissement auquel nous avons pu assister lorsque certains châteaux bordelais ont fait appel à des architectes ultra-célèbres et ultra-chers pour refaire leurs chais. "Ces châteaux voulaient développer les actifs immatériels liés à leur vin. L’enveloppe construite du chai qui se visite comme un musée, dont parlent les revues d’architecture et de design en faisait partie." Les NFT poursuivent donc la logique. "Quand on est passé du vin au chai, on restait dans le matériel, mais immatériel comme actif par rapport au produit vin qui est du jus de raisin fermenté. Avec les NFT, on est dans le virtuel à cent pour cent, quand bien même le NFT reste souvent lié à un sous-jacent matériel. Cela ne s’applique qu’aux vins de l’ultra-luxe." 

Les NFT dans le vin, ça intéresse qui? 

"Ceux qui n'ont résolument pas de problèmes avec leur facture énergétique. Parlant du vin, indéniablement les acheteurs sont les amateurs de grands-crus, ironise Fabrizio Bucella." Du côté des start-up l'attrait semble lui aussi indéniable "Certaines d’entre tentent par exemple de créer des NFT pour des bouteilles de vin prestigieuses. Cela permettrait de conserver la bouteille de vin au domaine par exemple, et de ne la déplacer qu’à la demande du client, une seule fois. Le NFT joue le rôle de certificat numérique."

Pour ce qui est de la revente, cela nécessite un codage supplémentaire et l’acheteur initial peut éventuellement prévoir de percevoir une rémunération lors de la vente. Certains artistes le font. "On dit, mais tout ça est à vérifier, que les domaines pourraient prévoir des commissions de revente tellement dissuasives (jusqu’à 90%) que l’acheteur n’aurait aucun intérêt à revendre le NFT."

Et du côté de l'impact écologique de ces NFT? "Soyons clairs, il s’agit d’une catastrophe écologique. Les fermes de minage de blockchain consomment du carburant à hue et à dia. Les calculs mathématiques sont énigmatiques et super complexes. On a besoin d’entrepôts entiers d’ordinateurs. Toutes ces opérations consomment des quantités colossales d’énergie, souvent produites par des centrales au charbon."

Retrouvez tous les mois Fabrizio Bucella au micro de Bientôt à table - RTBF.be

© GettyImages

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