Belgique

Jean-Luc Crucke, ex-ministre MR, "personnalité d’envergure", rejoint Les Engagés (ex-cdH)

© RTBF - L. Henrard

"Une nouvelle personnalité d’envergure va rejoindre le nouveau mouvement centriste Les Engagés". C’est pour cette annonce mystérieuse que le Président des Engagés (ex-cdH), Maxime Prévot, a convié la presse au siège de son parti ce jeudi en fin de matinée.

Depuis, les supputations allaient bon train. Un nom revenait cependant en tête des pronostics, celui de Jean-Luc Crucke. Ce dernier, membre du MR, avait quitté ses fonctions de ministre wallon des Finances et du Budget en janvier 2022. "Mes convictions ne sont plus en pleine adéquation avec la ligne de mon parti", avait-il expliqué à l’époque.

Peu après 11 heures, la confirmation est tombée. Jean-Luc Crucke rejoint les Engagés, en tant que "nouveau démocrate" et comme nouveau vice-président en charge des matières climat et énergie, plus particulièrement. 

"Un libéral vert et social"

Pour le Président des Engagés, il s’agit aujourd’hui d'"accueillir dans la maison des Engagés quelqu’un qui l’est sur le terrain, de longue date". "C’est un renfort de poids", estime Maxime Prévot, "quelqu’un dont la notoriété est grande et donc la popularité est forte". En témoignent "ses résultats électoraux dans son fief, la Wallonie picarde".

Maxime Prévot souligne la sensibilité verte et sociale de Jean-Luc Crucke, "un libéral vert et social", et son "focus plus spécifique sur le combat pour l’énergie et le climat" qui a sa place au sein des Engagés dont le nouveau manifeste prévoit, notamment, de "rassembler ceux qui ont des convictions différentes". Un parti, estime Maxime Prévot, "bien éloigné du conservatisme que la direction est en train de prendre du côté du MR".

Maxime Prévot a, par ailleurs, lancé un appel du pied à tous ceux qui voudraient rejoindre le mouvement. 

En parlant de pieds, le grand marcheur Jean-Luc Crucke a reçu de son nouveau président de parti une paire de chaussures de marche aux lacets "turquoise", la couleur des Engagés. 

Jean-Luc Crucke ne se retrouvait plus "au sein d’un mouvement (le MR, ndlr) qui se droitise"

Jean-Luc Crucke évoque un "rapprochement humain" "qui ne date pas d’hier" avec les Engagés et ses personnalités politiques, mais qui s’est accéléré ces dernières semaines. "Là où j’étais habitué à une certaine violence dans les relations, j’ai trouvé de l’empathie", souligne Jean-Luc Crucke pour qui "on peut respecter l’autre, même s’il y a des différences".

Jean-Luc Crucke, qui devient l’un des vice-présidents des Engagés, particulièrement en charge des matières Energie et Climat, rappelle le climat et la lutte contre le changement climatique sont, pour lui, "un sujet primordial". "Si aujourd’hui, on passe à côté de ça, on passe à côté de tout", estime-t-il, expliquant se retrouver dans les réflexions des Engagés sur le sujet.

Par rapport à son départ du MR, Jean-Luc Crucke explique que, "libéral social et vert", il "ne se retrouvait plus au sein d’un mouvement qui se droitise" et où il y a "des élans trumpiens".

"Le déclic", explique Jean-Luc Crucke, "ça a été la boucle du Hainaut"  où "on se fout du Hainaut et de 20.000 personnes", "Ce n'est pas tenir compte des citoyens", ajoute-t-il. La boucle du Hainaut, c'est ce projet de ligne à haute tension, porté par Elia, qui doit relier Avelgem à Courcelles, en traversant de nombreuses communes du Hainaut. Le gouvernement wallon vient de lui accorder un premier feu vert, malgré les nombreuses oppositions locales et les propositions alternatives défendues par les communes concernées. 

Il siègera comme député wallon pour les Engagés

Dans l'immédiat, Jean-Luc Crucke, député wallon, siègera à Namur dans le groupe des Engagés. 

En 2024, il devrait se présenter sur les listes électorales pour la Chambre.  Aucune place sur la liste n'a encore été décidée. "J'épaulerai Catherine (Fonck, ndlr)", assure Jean-Luc Crucke.  Catherine Fonck était, aux dernières élections fédérales, la seule élue cdH/les Engagés dans le Hainaut. "Il y en a plein qui se voient déjà Premier ministre. Nous on se voit encore au boulot", répond Jean-Luc Crucke quand on lui demande qui, de lui ou Catherine Fonck sera premier sur la liste. 

Chronique d’un éloignement (du MR) annoncé

Avocat, longtemps bourgmestre de Frasnes-Lez-Anvaing dans le Hainaut, Jean-Luc Crucke a toujours milité chez les Libéraux. En 2017, lorsque le cdH éjecte le PS de la majorité au gouvernement wallon au profit du MR, Jean-Luc Crucke devient ministre wallon du Budget et des Finances, dans un gouvernement présidé par le MR Willy Borsus.

En 2019, après les élections régionales, fort de plus de 18.000 voix de préférence dans sa circonscription, Jean-Luc Crucke rempile comme ministre du Budget et des Finances dans le nouveau gouvernement wallon PS-MR-Ecolo.

Pour Jean-Luc Crucke, proche de Didier Reynders, l’élection de Georges-Louis Bouchez à la présidence du MR fin 2019 préfigure une période plus compliquée. Entre les deux hommes, la paix sera de courte durée. Il y aura cet épisode, à l’automne 2020, où Georges-Louis Bouchez tentera de débarquer la ministre wallonne Valérie Debue au profit de Denis Ducarme. S’ensuivra une fronde pour tenter d’écarter Georges-Louis Bouchez de la présidence du parti. Après cela, l’apaisement sera de façade.

Les tensions referont surface à la fin de l’année 2021 lorsqu’un projet de réforme fiscale défendu par Jean-Luc Crucke sera contesté, notamment par son président de parti. C’est cet épisode qui conduira Jean-Luc Crucke à démissionner de ses fonctions ministérielles au début janvier 2022.

Crucke-Bouchez : Chronique d une rupture annoncée

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Une préoccupation pour le "centrisme" et le climat

Après sa démission de son poste de ministre wallon, Jean-Luc Crucke, redevenu député avait laissé entendre qu’il s’éloignerait de la politique.

Dans un premier temps, son président de parti lui avait proposé d’être le candidat que le MR proposerait à l’un des postes de juge à la Cour constitutionnelle. Jean-Luc Crucke avait dans un premier temps accepté le poste, mais s’était ravisé en juin 2022, en annonçant la création d’un mouvement progressiste "C.l.é.s." (pour Cercles libéraux, économiques et sociaux) autour du climat, tout en restant député MR.

Au passage, on n’avait pu constater que les tensions entre Jean-Luc Crucke et son président de parti Georges-Louis Bouchez étaient loin d’être apaisées. En juin 2022, dans une interview à la VRT, Jean-Luc Crucke expliquait voir parfois "un peu de politique à la Trump" chez son président de parti.

Jean-Luc Crucke au sujet de Georges-Louis Bouchez

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Depuis, certains prêtaient à Jean-Luc Crucke le rêve de voir aboutir en Belgique francophone un grand parti centriste en s’inspirant de ce que fait Emmanuel Macron en France.

En décembre dernier, l’ancien président de Défi, Olivier Maingain, et le président des Engagés, Maxime Prévot, relançaient l’idée d’un mouvement centriste auquel adhérerait aussi l’ancien vice-président du MR, Jean-Luc Crucke. Toutefois, au début janvier, l’actuel président de Défi, François De Smet, avait fermé la porte à cette alliance avec les Engagés

Ce jeudi, en conférence de presse, Maxime Prévot a commenté cette prise de position du président de Défi. Pour lui, François De Smet "a retiré la prise, plus par panique que ça puisse réussir" que pour d'autres raisons de fond.  Il a rappelé que chez les Engagés, "les portes sont plurielles et restent ouvertes". 

 

Sur le même sujet : Extrait JT (09/02/2023)

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Articles recommandés pour vous