Belgique

Jean-Marc Nollet à Jeudi en prime : prolonger deux réacteurs, pas plus et pour 10 ans

22 sept. 2022 à 20:10 - mise à jour 22 sept. 2022 à 20:11Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet

Jean-Marc Nollet, le co-président d’Ecolo était l’invité de l’émission Jeudi en Prime, sur la Une. Alors que la phase de démantèlement du réacteur de Doel 3 débute, chercher à prolonger ce réacteur serait "de l’amateurisme", pour Jean-Marc Nollet qui s’en tient à l’accord de gouvernement de ne prolonger que deux réacteurs, ceux de Doel 4 et Tihange 3, les plus récents.

La taxation des surprofits des producteurs et fournisseurs d’énergie est aussi dans la ligne de mire. Pour le co-président d’Ecolo, cela doit, idéalement, passer par une décision européenne car cela serait "plus fort et plus rapide" que si l’on faisait au niveau belge. Sans accord européen, la Belgique devrait toutefois appliquer son propre système de taxation des surprofits, estime Jean-Marc Nollet.

Pour aider les citoyens à retrouver du pouvoir d’achat, Ecolo plaide pour un "bouclier structurel". Il reposerait sur un blocage des prix de l’énergie. Il y aurait aussi une réforme fiscale en faveur des bas et moyens salaires, financée via le patrimoine des plus aisés et en faisant payer la pollution. Un blocage des loyers lorsque les logements ne sont pas énergétiquement performants est aussi une piste privilégiée par le co-président d’Ecolo.

Autre piste d'Ecolo, un plafonnement des loyers pour les bâtiments moins performants énergétiquement. "Les Libéraux y sont opposés, mais je pense qu'ils devront revoir leur position", explique Jean-Marc Nollet. "Nous voulons bloquer les loyers pour les bâtiments, les logements qui sont mal isolés", précise le co-président d'Ecolo, pour "redonner aux locataire le pouvoir de revivre dignement". 

Prolonger Doel 3 ? "De l’amateurisme"

Le réacteur nucléaire de Doel 3 entre dans sa phase de démantèlement. Ces derniers jours, certains ont émis le souhait de faire marche arrière et de prolonger l’activité de ce réacteur en raison du contexte de crise énergétique.

Pour Jean-Marc Nollet, il faut s’en tenir à la décision de fermeture prise en 2003 et "qui n’a jamais été remise en cause pendant 19 ans". "Ici, à huit jours de l’échéance, après 7000 jours d’attente, tout à coup, la ministre de l’Intérieur pense qu’elle pourrait être reportée. Non, il faut être sérieux. C’est de l’amateurisme", estime Jean-Marc Nollet.

Pour le co-président d’Ecolo, c’est une question de sécurité. Il rappelle l’existence de "fissures", "13.000 à Doel 3" et "3000 à Tihange 2". "On ne peut prendre aucun risque avec la sécurité nucléaire", ajoute Jean-Marc Nollet. Il s’agit pour lui de réacteurs "problématiques" qui "ne peuvent pas aller au-delà de 40 ans de vie, ce qu’ils ont atteint".

Le co-président d’Ecolo s’en tient au scénario approuvé par le gouvernement, celui d’une prolongation de deux réacteurs, Doel 4 et Tihange 3, deux réacteurs plus récents, "ceux qui ont des normes de sécurité bien plus fortes", explique Jean-Marc Nollet.

Solution de crise dans le contexte actuel, le nucléaire n’est pas, pour Ecolo, une solution sur laquelle il faut miser pour l’avenir pour assurer l’indépendance énergétique. "Il n’y a pas d’uranium en Europe, pas d’approvisionnement de source de base pour le nucléaire", explique Jean-Marc Nollet. "En Belgique, nous avons du vent, du soleil et si on regarde au niveau européen, on a de quoi d’ici 2050 aller vers un objectif de 100% renouvelable", ajoute le co-président d’Ecolo. Donc, pour Ecolo, on est d’accord pour, "dans la phase de transition négocier la prolongation de deux réacteurs les plus récents et les plus sécurisés", mais, "penser que le nucléaire est une solution, cela n’en est pas une à l’échelle européenne". Et de rappeler au passage les problèmes rencontrés par les centrales nucléaires françaises, dont "plus de la moitié est à l’arrêt".

Taxer les surprofits des producteurs et fournisseurs d’énergie

Récemment, la ministre de l’Energie a estimé à 2 milliards d’euros les surprofits qui pourraient être captés auprès d’Engie en raison du niveau actuellement élevé des prix de l’électricité. Cela dit, il n’y a toujours pas de décision concrète pour récupérer cet argent. "La décision doit être prise au niveau européen", explique Jean-Marc Nollet qui compte sur une prochaine réunion des ministres européens de l’Energie le 30 septembre et sur une réunion des chefs d’Etats le 5 et 6 octobre.

Ecolo privilégie une solution européenne parce que "c’est à la source et que c’est plus efficace. Ce sera plus fort et plus rapide", estime Jean-Marc Nollet.

Cela dit, "si jamais l’Europe ne devait pas enclencher la dynamique, la Belgique devra le faire seule", explique le co-président d’Ecolo. "Ce sera moins efficace, ça nous rapportera moins", ajoute Jean-Marc Nollet.

Pour le pouvoir d’achat : un "bouclier structurel"

Jean-Marc Nollet est aussi revenu sur la question du pouvoir d’achat. Les écologistes veulent établir "un bouclier structurel" pour aller au-delà des mesures ponctuelles prises par le gouvernement actuellement.

Pour les écolos, ce bouclier prendrait d’abord la forme d’un blocage des prix au niveau européen, "ou si pas au niveau belge", "en jouant le jeu de l’acheteur unique". Bref, profiter du poids de l’Europe pour peser sur les prix. L’Europe, "c’est quand même 450 millions d’habitants. Cela permet d’arriver sur le marché et d’imposer un prix qui soit un prix plafonné", explique Jean-Marc Nollet.

Ecolo veut aussi travailler sur les salaires. Il faut des solutions pour "vivre dignement, savoir se loger, se nourrir, se chauffer, se déplacer", explique Jean-Marc Nollet. "Ce n’est pas du pouvoir d’achat", estime le co-président d’Ecolo.

Pour les bas et moyens salaires, les écologistes veulent une réforme fiscale, "un crédit d’impôt solidaire qui permet aux citoyens de voir leur salaire poche augmenter". Comment cela sera-t-il financé ? "Deux sources de financement : le patrimoine et la pollution", explique Jean-Marc Nollet pour qui "il n’est pas logique, aujourd’hui en Belgique, qu’un pourcent des personnes les plus riches détient autant de patrimoine que 74% des personnes les plus pauvres". "Nous voulons plus de solidarité", a ajouté Jean-Marc Nollet.

 

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