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Politique

Jeudi en prime : revivez le débat entre Raoul Hedebouw (PTB) et Georges-Louis Bouchez (MR)

Jeudi en Prime

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06 oct. 2022 à 18:02 - mise à jour 06 oct. 2022 à 20:44Temps de lecture21 min
Par RTBF Info

Une fois par mois, "Jeudi en prime" proposera un " face à face " entre deux personnalités politiques dans une véritable confrontation d’idées. Le But ? Éclairer la vie politique de notre pays et mieux comprendre, dans le contexte actuel tendu, pourquoi les décisions sont prises et avec quels arguments.

Ce jeudi 6 octobre à 20h05 sur La Une, Thomas Gadisseux recevait deux francophones en plateau : Raoul Hedebouw (PTB) et Georges-Louis Bouchez (MR).

Quelles positions le MR et le PTB ont-ils sur de sujets tels que l’énergie et le budget ?

MR et PTB pas d’accords sur la hauteur de la taxation des surprofits du secteur énergétique

Premier thème abordé, celui de l’énergie. Que faire dans ce contexte de crise et de flambée des prix ?

Interrogé en premier sur ce sujet, Raoul Hedebouw demande d’abord "qu’on bloque les prix". Ensuite, pour le leader du PTB, il faut viser "Engie/Electrabel et ses 25 à 30 euros/MWh de prix de production", alors qu'"Engie nous vend ça 200 euros du MWh", estime Raoul Hedebouw. "C’est inacceptable. Le politique doit intervenir en bloquant les prix de l’énergie", plaide l’homme fort du PTB.

Il faut ensuite, pour le PTB, "aller chercher les surprofits. "Il y a 9 milliards de surprofits jusqu’en 2024 chez Engie", assure Raoul Hedebouw qui s’est dit "content avec le chiffre de 4,7 milliards d’euros" de surprofits à aller capter dans les entreprises du secteur énergétique, selon les estimations de la ministre e l’Energie, Tine Van der Straeten (Groen).

Au passage, Raoul Hedebouw rappelle le point de vue de son parti sur la libéralisation du marché de l’électricité. "Le marché de l’électricité est problématique en Belgique", estime-t-il. "Les partis, comme celui de Georges-Louis Bouchez, mais aussi le PS et Ecolo nous ont tous vendu la même fable dans les années 2000, on va libéraliser le secteur et les prix vont baisser. Pas du tout, la libéralisation du secteur, ça a fait que les grandes sociétés ont mangé les petites. En Europe, il reste sept multinationales qui dominent tout notre marché énergétique", explique Raoul Hedebouw, qui plaide pour "reprendre le contrôle public du marché".

Du côté du MR, Georges-Louis Bouchez ne partage pas le même avis. Sur la question des surprofits, il précise que tous les acteurs du secteur en Belgique ne sont pas à loger à la même enseigne. "Il y a des revendeurs d’électricité qui sont dans de graves difficultés financières", explique Georges-Louis Bouchez. Et de donner l’exemple d’un fournisseur ayant des clients sous contrat fixe. "Ce distributeur va acheter l’électricité à 300, 400€/MWh et la revend dans le cadre de contrats fixes à 80, 90€""Ceux qui gagnent de l’argent, c’est essentiellement Engie, parce qu’ils produisent de l’électricité nucléaire", explique le Président du MR.

Quand il s’agit de taxer les surprofits, et donc ceux d’Engie, le Président du MR veut s’en tenir à l’accord européen. "La hauteur du montant a été fixée dans le cadre européen", explique-t-il. "Aujourd’hui, chaque euro gagné au-delà de 180 euros/MWh fera l’objet d’une fiscalité. C’est le cadre européen", précise George-Louis Bouchez.

Dans sa proposition de taxation des surprofits, la ministre de l’Energie, Tine Van der Straeten (Groen) souhaite abaisser le seuil à 130 euros/MWh. Ce montant n’est pas celui qui a les faveurs du Président du MR qui rappelle qu’il y a aussi des négociations en cours avec Engie pour prolonger des réacteurs nucléaires. "Je veux bien qu’on aille plus loin, mais à un moment donné, il faudra négocier l’ensemble des enjeux", estime Georges-Louis Bouchez. "Notre sécurité d’approvisionnement est fondamentale. On a besoin d’argent pour également prolonger le nucléaire". Alors, par rapport à une taxation des surprofits qui serait plus élevée que ce que l’Europe a prévu, "ça ne sert à rien de se faire plaisir pendant deux mois et après de se retrouver sans centrales, sans électricité ou de l’électricité plus chère", estime Georges-Louis Bouchez.

Pour le Président du MR, la taxation des surprofits et les négociations avec Engie sur la prolongation des réacteurs sont deux dossiers liés. "Dire qu’ils ne sont pas liés, c’est n’importe quoi. Donc, la ministre de l’Energie essaie de faire croire des choses aux gens qui sont fausses", estime George-Louis Bouchez. C’est donc pour lui "dans le cadre européen qui a été fixé qu’Engie doit être taxée". "Vouloir tenter des choses en dehors de ce cadre, c’est mettre en échec la prolongation du nucléaire", estime le Président du MR. Pour le Président du MR, la prolongation du nucléaire belge est essentielle pour assurer l’approvisionnement en électricité du pays et réduire la dépendance aux énergies fossiles, notamment le gaz et le pétrole russes, une dépendance à l’origine, selon Georges-Louis Bouchez, de l’augmentation des prix de l’énergie.

Enfin, pour le Président du MR, "Engie prolongera le nucléaire, certainement plus de deux réacteurs, et en plus, nous aurons une taxation des surprofits". "Je peux vous le garantir", a-t-il affirmé.
 

Impôt sur la fortune VS réforme fiscale

Autre thème abordé, les questions budgétaires. Les différents gouvernements du pays sont actuellement occupés à boucler les budgets pour 2023.
Au niveau fédéral, le Premier ministre a souhaité réduire de 8% le traitement des membres du gouvernement fédéral. Cela permettrait de récupérer 450.000 euros en 2023.
"J’espère que ce n’est pas discussion qui est au cœur du débat budgétaire. Ce n’est pas une fausse bonne idée, mais c’est un gadget", estime Georges-Louis Bouchez. "En réalité, cela va faire économiser 450.000 euros. On va le faire, mais on cherche 3 milliards. Donc, j’espère qu’on a d’autres niveaux de discussion", répond le Président du MR. Et d’épingler au passage le trop grand nombre de ministres en Belgique, "Si on en avait 15 ou 20, ça irait très bien", estime George-Louis Bouchez qui critique aussi le "trop de structures publiques". "En Wallonie, 70% de la production du PIB wallon, c’est de la dépense publique, contre 52% au niveau belge", explique le Président du MR.

Pour le PTB, la réduction du 8% des traitements des ministres fédéraux n’est pas un gadget, mais "le PTB propose de diminuer de moitié tous ces salaires", plaide Raoul Hedebouw qui souhaite aussi réduire de moitié la dotation des partis politiques "qui sont bien engraissés en Belgique". Pour le PTB ? Le niveau de salaires des dirigeants du pays est un problème. "Il y a un lien entre le fait que ces ministres vivent dans une bulle à 11.000 euros et le fait qu’ils ne sont pas pressés de résoudre les problèmes des gens", estime Raoul Hedebouw.

Lorsqu’on demande où trouver des recettes pour le budget de l’Etat, le Président du MR propose de "baisser la fiscalité pour mieux récompenser les gens qui travaillent". Il compare alors le pourcentage de gens au travail, 72% en Belgique, 64% en Wallonie et 62% à Bruxelles (chiffres cités par Georges-Louis Bouchez) au 80% des Pays-Bas. "Si on avait 80% en Belgique, ça serait 40 milliards de recettes en plus dans les caisses de l’Etat", estime Georges-Louis Bouchez. Et pour lui, si moins de gens travaillent en Belgique, c’est en raison du niveau de revenus. Le Président du MR prend l’exemple des chauffeurs de bus qu’on peine à recruter. "Le chauffeur de bus, quand il fait ses comptes de ce qu’il gagne et qu’il compare à un allocataire social et qu’on ajoute tous les avantages qui vont avec, la crèche, le tarif social, les questions en matière de logement, etc, celui qui travaille se retrouve à gagner moins", explique George-Louis Bouchez.

A la gauche et au PTB qui demande une contribution du capital, le Président du MR répond : "si la gauche aime vraiment les travailleurs, qu’elle récompense celles et ceux qui travaillent. Baissez l’impôt".

Au PTB, Raoul Hedebouw appelle à débloquer les salaires, en référence à la marge salariale limitée à 0,4%, stigmatise les sauts d’index et demande "d’aller chercher l’argent chez le capital". "Il faut introduire un impôt sur la fortune en Belgique", estime Raoul Hedebouw. "La petite entreprise va payer des impôts, mais les grandes entreprises qui vont payer du 4 ou 5% d’impôts, comment on explique ça ?" demande Raoul Hedebouw.

Au MR, Georges-Louis Bouchez plaide pour une réforme fiscale. "Cela sera d’ici mardi ou dans les prochaines semaines", répond-il, alors que mardi le Premier ministre fera sa déclaration de politique générale à la Chambre. Le Président du MR veut une réforme fiscale accompagnée d’une réforme du marché du travail.

 

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