RTBFPasser au contenu

Jupiler Pro League

Jos Donvil, CEO d'Anderlecht : "Continuer avec Vincent Kompany... mais il n'est pas intouchable"

Jos Donvil se livre au petit jeu du selfie
20 mars 2021 à 04:005 min
Par Erik Libois

Il a vendu du Whiskas et des téléphones, mais aussi du chocolat et des parquets flottants : le voici chargé de renflouer les finances mauves. Successeur de Karel Van Eetvelt comme patron d’Anderlecht, il s’exprime sur les résultats actuels, Vincent Kompany, l’obligatoire austérité, son passage au Standard et la suprématie brugeoise. Mais aussi les transferts à venir, le modèle Ajax, la Beneleague… et les joueurs qui le font rêver. Voici la première interview de Jos Donvil, le CEO anderlechtois. 

C’est une interview collective, organisée par le club, avant l'entrée officielle en fonction de l'intéressé, le 1er avril prochain. Jos Donvil reste peu connu du grand public, mais à son engagement à Anderlecht en octobre, certains supporters avaient déterré son passage… au Standard. 

En tant que CEO de BASE, j’ai en effet été sponsor du Standard, de même qu’ensuite avec VOO " commence le CEO mauve. " Mon fils est fan du Standard : il ne m’a pas félicité quand j’ai signé ici et il m’a dit qu’il ne viendrait pas voir les matches ! (Il sourit) Mais moi, je suis supporter d’Anderlecht depuis tout petit : je me souviens que j’allais voir les matches dans ces tribunes, en bord terrain, qu’on appelait les Promenoirs. C’était l’époque de Robby Rensenbrink… mais mon joueur préféré, plus tard, c’était René Vandereycken. J’ai le même profil : je suis un organisateur, je recherche le réalisme… et je peux être dur quand il le faut, notamment lors des grandes décisions. Venez voir mon bureau : tout est impeccablement rangé et je n’y ai que ce dont j’ai besoin. Et s’il faut restructurer en coupant dans le personnel ou dans certains budgets, cela me fera quelque chose… mais je le ferai. Je suis ce qu’on appelle un manager ‘result driven’ : on me donne une mission, seul compte le résultat. Dans l’équipe actuelle, je me reconnais dans un joueur comme Josh Cullen : un homme d’équipe, rigoureux et qui mouille son maillot pour le collectif. " 

"Je connaissais le sac à dos…"

En compagnie de Marc Coucke
En compagnie de Marc Coucke VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Avec un trou évalué à 100 millions d’euros, la situation financière du Sporting est connue. Renflouer est inscrit en lettres grasses sur sa feuille de route. 

Je savais en signant ici qu’il y avait un gros sac sur le dos (sic). J’ai signé ici en connaissance de cause et depuis octobre, j’ai pris le temps d’observer et d’analyser en interne. Il faut gérer ce club comme une entreprise moderne et professionnelle… et ce n’était pas le cas. Je ne veux pas tirer sur les anciens dirigeants : ils ont fait avec leurs armes, mais il fallait changer les processus en place. J’ai appris d’un dirigeant de foot (NDLA : il ne le cite pas mais il fait allusion à Roland Duchâtelet, qu’il a côtoyé à Sclessin) qu’un club était d’abord une entreprise : une société événementielle vendant le produit football. Attention : je vis le match à fond, avec mes émotions. Mais une fois le match terminé, je tourne la page et je retrouve mon sang-froid et mon regard de gestionnaire. Et on ne va pas se mentir : une gestion rigoureuse va de pair avec une vision sportive. Je peux travailler jour et nuit… mais si la vitrine qu’est l’équipe ne performe pas sur le terrain, ça ne va pas marcher. Et il faut réinvestir intelligemment : placer tous nos bénéfices à la banque… et se retrouver en D1B n’est pas le but ! " (sic) 

"On va réussir, je n’ai aucun doute"

À quatre matches de la fin de la phase classique, le Sporting est toujours en posture d’intégrer les Play-Offs 1 mais il devra lutter jusqu’au bout. Tout cela à… 24 points du rival brugeois. 

Il est évident qu’on n’est pas à la place que l’on souhaite, mais vu le budget global qu’on a investi pour les transferts (NDLA : 4 millions d’euros), j’estime qu’on a bien travaillé " avance Donvil. " Je ne me mêle pas des décisions sportives, c’est le domaine de Vincent Kompany, du Directeur Sportif Peter Verbeke et du Président Wouter Vandenhaute. Mais je donne le cadre financier. Il est possible, oui, qu’on doive vendre un joueur en fin de saison. Et si vous me demandez si on donnera encore, à l’avenir, un salaire de 3 millions d’euros à un joueur, je vous répondrai qu’en effet, cela ne sera plus possible… Avec les actionnaires, le calme est revenu : nous travaillons main dans la main et l’objectif est commun. Nous avons d’ailleurs atteint les conditions du Financial Fair-Play. Et si nous nous qualifions pour l’Europe, cela remplira plus rapidement les caisses. Si tous les paramètres sont réunis, oui, dans 3 ans Anderlecht peut être à nouveau sain financièrement. Bruges a mis 10 ans pour arriver là où il est aujourd’hui, nous voulons aller plus vite que cela

On lui demande si le Sporting sera capable de jouer le titre à court terme. " A Anderlecht, on doit toujours viser le plus haut possible. Mais tout peut aller très vite en football : un penalty réussi ou raté, et vos perspectives changent… En tout cas, nous avons choisi le bon chemin : je n’ai aucun doute sur le fait que nous allons réussir et retrouver notre statut. 

"Kompany apprend très vite"

Jos Donvil avec Pierre François lors de son passage comme sponsor au Standard
Jos Donvil avec Pierre François lors de son passage comme sponsor au Standard - BELGA

La question de la durée implique aussi celle du coach : jeune coach en début de parcours, Vincent Kompany aura-t-il la patience d’attendre les nouvelles perspectives financières ? D’autant que la frange francophone des supporters mauves l’a récemment, et solidement, secoué dans une lettre ouverte… ensuite remise en question par le reste des fans. 

Prétendre que Vincent Kompany est intouchable est incorrect... " reprend Donvil. " Mais à nouveau, nous n’en sommes pas au stade de douter de lui ou de ses compétences. Je ne connaissais pas Vincent mais j’ai découvert un homme intelligent, très ouvert à l’imput des autres et qui, surtout, comprend et assimile très vite. Notre intention, plus que jamais, est de continuer avec lui. N’oubliez pas non plus la situation sanitaire, qui bouleverse toutes les données cette saison. Et financièrement, l’impact sera encore plus grand la saison prochaine puisque nous n’aurons plus le cash des abonnés, que nous avons prolongés gratuitement cette année… " 

"La Beneligue ? A fond !" 

Le Sporting vient de perdre sa place au Conseil d’Administration de la Pro-League : perdrait-il son pouvoir d’influence ? Le Club Brugeois vient aussi chasser sur ses terres en termes de scouting : les Blauw en Zwart recrutent en zone bruxelloise. 

Je ne vois pas les choses comme cela : nous restons n°1 de la formation et notre Académie demeure très performante. Avec le projet Kompany, notre équipe Première propose pour nos jeunes des débouchés et des temps de jeu supérieurs aux autres clubs. Notre modèle-référence reste l’Ajax : j’ai d’ailleurs déjà eu l’occasion d’en parler avec Edwin van der Sar, mon homologue à Amsterdam. Pour ce qui est de la Pro-League, le vote de cette semaine n’était pas un vote contre Jos Donvil… mais au profit de la D1B (NDLA : Anderlecht a perdu son siège au profit des petits clubs). En revanche, nous soutenons le projet d’une D1B avec plus d’équipes Espoirs… et surtout le projet de Beneligue : à fond pour la Bénéligue ! Une entrée en Bourse comme Bruges ? (Il sourit) On n’est pas du tout occupé avec cela pour l’instant. Mais alors, pas du tout ! Pareil pour le stade : ce n’est pas d’actualité. "

Articles recommandés pour vous