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Jos Verschueren (économiste du sport - VUB) sur le rachat du Standard : "Tous les clubs belges sont à vendre…"

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C’était dans l’air depuis plusieurs mois, mais cela reste un fait majeur : finie l’ère Bruno Venanzi, le Standard va donc changer de propriétaire et passer sous bannière américaine. Mais si la plupart des clubs professionnels belges avaient déjà une coupole étrangère, cette vente ouvre une brèche : le Standard est le tout premier membre du G6, le cercle traditionnel des grands clubs noir-jaune-rouge, à perdre son management belge !

Sur les 26 clubs que compte la Pro-League (D1A et D1B), 16 avaient déjà un capitanat étranger : le processus a débuté avec la D1B (7 clubs sur 8 ont un actionnaire majoritaire étranger, le Lierse étant la seule exception) et se poursuit aujourd’hui avec la D1A. Les investisseurs prennent toutes les couleurs de l’arc-en-ciel : Etats-Unis (RWDM, Waasland-Beveren), France (Mouscron, Virton), Abou Dabi (Lommel), Turquie (Westerlo) et Singapour (Deinze) en D1B, Grande-Bretagne (Union St-Gilloise), Russie (Cercle Bruges), Qatar (Eupen), Malaisie (Courtrai), Thaïlande (OH Louvain), Etats-Unis (Ostende), Japon (Saint-Trond) et Arabie Saoudite (Beerschot) en D1A.

Bruno Venanzi
Bruno Venanzi BELGA

"Le football belge est devenu une compétition Mickey Mouse : un championnat de format moyen, attirant également des investisseurs moyens… mais aux réseaux mondialisés" explique Jos Verschueren, Directeur en Management du Sport à la VUB (Bruxelles). "La Belgique a ainsi vu apparaître des investisseurs thaïlandais, malaisien ou mexicain… plutôt que de grands groupes russes ou qataris. Le football belge offre comme avantage que les clubs ne sont pas chers à racheter et que son statut de championnat de transition permet de mettre en vitrine de jeunes joueurs… avec l’espoir de révéler le merle blanc et de capitaliser sur sa revente."

"La faillite du Standard était programmée…"

Phénomène remarquable : jusqu’ici, tous les grands clubs du G6 (Anderlecht, Club Bruges, Standard, Gand, Genk et Antwerp) avait jusqu’ici conservé leur actionnariat 100% belge (exception faite de la période de Reto Stiffler (Suisse) au Standard, même si Luciano D'Onofrio, l'homme fort de l'époque était Belge). Outre ces grands clubs, seuls Charleroi, Malines et Zulte Waregem étaient encore dans ce cas en D1A.

Roland Duchâtelet
Roland Duchâtelet BELGA

"La vente du Standard marque une rupture… mais cette vente était inévitable" reprend Verschueren. "La gestion de Bruno Venanzi est peut-être en cause… mais d’autres dossiers (NDLA : telle la revente du stade de Sclessin sous forme de nouvelle immobilière) ont démontré que les ressources régionales de la Cité Ardente étaient trop limitées pour assurer la survie du club. A terme, la faillite du Standard était irréversible… Mais cela vaut aussi pour les autres grands clubs belges. Il y a eu des rumeurs sur des investisseurs mexicains à Anderlecht et sur un repreneur russe à La Gantoise… Même au Club Bruges, en pleine santé financière, un actionnaire américain a récemment injecté des fonds à hauteur de 20% du capital. Genk a une bonne trésorerie, mais s’il veut grandir et gérer le cadre fiscal lié à son statut d’ASBL, il devra trouver des financements ailleurs…"

"Chaque club belge est en mode survie…"

Un management 100% belge n’est pas garantie de réussite : les dérives du Footgate l’illustrent bien… Un investisseur étranger peut amener ses méthodes de gestion et les ressources de son réseau. Les divers propriétaires d’Ostende, OHL ou à présent du Standard disposent de plusieurs clubs permettant des vases communicants de joueurs et des économies d’échelle. A l’époque, en rachetant le Standard… et dans la foulée des clubs espagnol, (ex-) est-allemand et hongrois, Roland Duchâtelet n’avait rien imaginé d’autre… Plus fondamentalement, le football belge est à la croisée des chemins…

Etienne Davignon avec Marc Coucke
Etienne Davignon avec Marc Coucke BELGA

"En fait, plus aucun club ne possède les relais institutionnels politico-financiers pour assurer sa pérennité, comme Anderlecht à l’époque avec Etienne Davignon" conclut Jos Verschueren. "En cas de souci avec la Société Générale, le Vicomte appelait Paris ou Amsterdam… et le problème était vite réglé. A l’époque, il y avait encore quelques grands capitaines d’industrie pour protéger les bijoux de famille. Aujourd’hui, même les grands clubs sont aux abois. A Gand par exemple, le duo Ivan De Witte – Michel Louwagie devra bientôt lâcher ses billes. En fait, chaque club belge est en mode survie : un investisseur qui débarque avec 4 ou 5 grands sacs de cash, et l’affaire est réglée ! (sic) Aujourd’hui, tous les clubs belges sont à vendre ! Et pour le supporter, la pilule est sans doute difficile à avaler… au début, car il comprend vite que sans cela, c’est la fin pour lui du football le dimanche. Sans Leicester ou Brighton, c’en était fini du foot à Louvain et à Saint-Gilles : c’est aussi simple que cela…"

Standard : La fin de l'ère Venanzi

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