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Belgique

Journal de bord de la Commission fédérale COVID-19 : "L’Europe de la santé" n’existe pas

21 sept. 2020 à 15:30 - mise à jour 11 oct. 2020 à 12:56Temps de lecture3 min
Par Himad Messoudi

Ce 21 septembre, la Commission spéciale COVID-19 recevait deux personnalités désormais connues du grand public : les docteurs Steven Van Gucht et Yves Van Laethem, les deux porte-paroles de Sciensano. La Commission spéciale continue son analyse de la communication et des mesures prises au niveau international. De quoi permettre de mieux comprendre comment la Belgique (et singulièrement l’Etat fédéral) a agi entre janvier et aujourd’hui.

Une semaine après le rendez-vous manqué avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Le dr Van Gucht revient sur le calendrier des informations reçues de l’étranger : du premier courriel, un "premier signal" le 30 décembre 2019 où il est question d’un virus à Wuhan, "ce qui nous paraissait intéressant en tant que virologues", à "l’urgence internationale" émise par l’OMS le 30 janvier 2020, puis l’aggravation de la situation en Italie, en février et enfin, le terme "pandémie" officiellement utilisé par l’OMS le 11 mars. Pour Steven Van Gucht, cette date du 11 mars "est fort tardive. Pour nous, il y avait déjà une situation de pandémie. Ce n’est pas fondamental, il n’y a pas de conséquence majeure. Si ça avait été annoncé quelques jours plus tôt, l’impact aurait été plus important pour les responsables politiques, les choses soient abordées avec plus de sérieux. Mais concrètement, ça ne change pas grand-chose [pour nous]."

Deux jours plus tard, la Belgique se confine. Aurait-on pu aller plus vite ? Le virologue Van Gucht est sceptique : "Les choses se suivent assez rapidement, des mesures radicales, le confinement. Plus vite vous prenez des mesures, plus l’impact est important. En Belgique, nous avons été lourdement touchés après le retour de vacances de Carnaval, avec une introduction massive du virus. Il est possible que ce phénomène ne se soit pas manifesté de façon aussi intense dans les autres pays." Le docteur note également qu’en début de crise, les chiffres émanant de Chine ne montraient qu’un taux de décès assez faible, entre 3 et 4%, là où en Italie, le taux atteindra 10%.

Steven Van Gucht précise également que dès le 16 janvier, un test a été mis au point en Belgique, à la KUL, l’unique hôpital de référence. "Après coup, il aurait été mieux de faire un testing à grande échelle. Mais je dois dire qu’on n’avait pas la capacité de test. Rappelons qu’on était également dans une période de grippe saisonnière." Et le scientifique de rappeler que les critères de test, qui ont été fort critiqués, étaient basés sur les recommandations de l’OMS et de l’ECDC, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies. Pour Van Gucht, on peut se poser des questions sur l’OMS, sa position sur le port du masque (seulement recommandé en juin) ou sur les critères (trop limités) du testing, mais au moins, les positions de l’OMS étaient "claires", la communication correcte. Ce qui n’était pas le cas avec l’ECDC.

"L’Europe a laissé échapper une opportunité importante"

Le clinicien Yves Van Laethem est sur la même longueur d’onde : l’Europe a loupé le coche. Selon le porte-parole désormais bien connu de Sciensano : "L’ECDC a joué un rôle hésitant, un peu en retard. Les recommandations ont toujours été entre deux chaises. L’Europe actuelle n’est pas encore une Europe de la Santé. En gros, c’était 'on vous dit ça, mais prenez ce que vous voulez'." Comme sur les masques, par exemple, avec un document de l’ECDC qui comportait les points positifs et négatifs du port du masque, rien d’autre.

L’expert note tout de même que pour la question des vaccins, "la prise en main a été un peu plus dynamique". Mais reste que l’ECDC et (l’Europe en général) s’est trompée à la sortie des confinements, quand les frontières se sont ouvertes le 15 juin dernier. Pour Steven Van Gucht, "On n’a pas bien réfléchi à un système, qui pouvait gérer des risques potentiels. L’ECDC estimait que les chiffres au niveau européen étaient similaires. Et que donc, conséquence, chacun pouvait faire comme il voulait. Ainsi, chaque Etats-membres a travaillé de façon isolée. Ici, l’Europe a laissé échapper une opportunité importante. Ouvrir les frontières n’était pas suffisant. Maintenant, on travaille sur l’harmonisation des voyages au niveau européen."

On l’aura compris, les deux hommes ont défendu l’OMS et se sont plaints de l’échelon européen. On notera, enfin, une première dans cette commission spéciale : un petit clash entre une commissaire et un intervenant. Lors du tour des questions des députés, la vice-présidente Ecolo Laurence Hennuy a demandé au docteur Van Gucht pourquoi il avait estimé, l’hiver dernier, que le COVID-19 n’était qu’une "simple grippe". La députée n’a pas pu finir sa question qu’elle a été interrompue de manière décidée par Steven Van Gucht : "Je n’ai jamais dit ça. Il faut arrêter ça. Une virologue ne dit jamais que c’est seulement une grippe. Une grippe, c’est grave, des milliers de Belges en meurent chaque année." Dont acte.

 

 

 

 

 

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