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Journaliste écarté du débat, 6e République, seuil de 5% : cinq questions sur l’élection présidentielle en France

13 avr. 2022 à 14:43 - mise à jour 14 avr. 2022 à 06:22Temps de lecture4 min
Par Alice Dulczewski

Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont arrivés en tête du premier tour de l’élection présidentielle française. En attendant le second tour le 24 avril, les électeurs français pourront assister au traditionnel débat télévisé opposant les deux candidats mercredi prochain. Ce débat, on le sait d’ores et déjà, ne sera pas aimé par la journaliste Anne-Sophie Lapix. Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont en effet tous les deux souhaité l’écarter du débat. Mais pourquoi les candidats ont-ils leur mot à dire à ce sujet ? D’ailleurs, pourquoi cette élection a-t-elle un deuxième tour ? Serait-ce possible de changer l’organisation de ce scrutin ? Pour y voir plus clair, nous avons posé cinq questions Pierre Mathiot, directeur de l’Institut d’études politiques de Lille.

Pourquoi les candidats peuvent-ils écarter certains journalistes du débat télévisé ?

"Ce débat est une tradition qui remonte à 1974, mais il n’y a pas d’obligation dans la loi. Ca signifie que ce débat ne peut avoir lieu qu’avec l’accord des candidats. Ceux-ci doivent être d’accord sur les détails de l’organisation du débat. Il y a bien sûr le fait de se mettre d’accord sur les personnes qui font l’interview. Mais ils se mettent aussi d’accord sur des questions aussi précises que : 'La caméra doit-elle rester centrée sur le candidat qui parle ou peut-elle aussi filmer le candidat qui ne parle pas ?' Parce que celui qui ne parle pas peut être tenté à ce moment-là de lire ses notes ou se recoiffer. Bref, tout repose sur l’accord des candidats et de leurs équipes. Et si jamais un candidat dit qu’il ne veut pas tel journaliste, la chaîne est obligée de dire oui."

Quelle est la marge de manœuvre du journaliste lors de ce débat ?

"Ce soir-là, les journalistes sont plus des animateurs que des journalistes. Ils 'passent les plats' dans un débat où ce sont les candidats qui fixent les thèmes et les règles du jeu. Vu que le temps de parole est hyperlimité, les journalistes vont très peu reprendre les candidats. Si par exemple Marine Le Pen dit quelque chose de faux, le journaliste ne va pas la reprendre parce qu’il aura peur de bouleverser le temps de parole et d’être accusé de prendre parti pour l’autre candidat. Dans ce cas-là, la seule option c’est que l’autre candidat prenne la parole en disant 'vous venez de commettre une erreur"."

Pourquoi seuls les candidats au-dessus de 5% sont remboursés de leurs frais de campagne ?

"C’est comparable aux parrainages qu’un candidat doit avoir pour pouvoir se présenter. Ce sont des règles qui ont été mises en place probablement un peu pour décourager les petits candidats. Déjà parce que s’il y a trop de candidats, il y a le risque que personne n’y comprenne rien. Mais il y a aussi le fait qu’en France, les élections sont prises très au sérieux. Il y a toujours eu cette crainte de l’émergence de candidats pas sérieux qui décrédibiliseraient l’élection. Rappelez-vous Coluche en 1981 par exemple. C’est d’ailleurs pour ça qu’on est passé de 100 parrainages à 500 parrainages."

"Seuls les candidats qui dépassent les 5% peuvent être remboursés jusqu’à hauteur de 8 millions d’euros. Mais soyons honnêtes : tous les candidats touchent environ 800.000 euros [même ceux qui n’ont pas atteint les 5%] et une partie de leurs dépenses de campagne est payée par l’Etat. En général, un petit candidat ne dépensera pas plus de 800.000 euros car il sait qu’il ne dépassera pas 5%. En ce moment, le problème c’est que Les Républicains et Les Verts avaient des candidats qui pensaient faire plus de 5% et ont dépensé en conséquence."

Pourquoi est-ce un scrutin à deux tours ? Y a-t-il un débat en France sur l’organisation de ces élections ?

"Etant donné que le président est la fonction la plus essentielle de la France, il faut obtenir la majorité absolue des gens qui votent. On considère que pour pouvoir avoir la légitimité pour gouverner le pays, il faut obtenir cette majorité absolue. S’il n’y avait qu’un seul tour, ça voudrait dire qu’Emmanuel Macron aurait été élu par seulement 27,8% des électeurs. C’est aussi pour ça qu’il ne peut pas y avoir plus de deux candidats au second tour, parce que sinon ça rend vraiment difficile la possibilité d’avoir 50%."

"Il y a un débat en France qui n’est pas très important, mais qui existe quand même. C’est la question : est-ce qu’il ne faudrait pas supprimer l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Parce que ces élections catalysent l’ensemble du jeu politique et ont peut-être des conséquences sur le plan démocratique. Parce qu’une fois que le président est élu par la majorité des gens, il reçoit une telle légitimité qu’il a ensuite souvent une manière de gouverner très solitaire."

Pourquoi certains [notamment Mélenchon] parlent d’une 6e République ?

"Nous sommes en ce moment dans la 5e République. Changer de République et passer à une 6e République impliquerait un important changement de la Constitution. Cela dit, on peut modifier la Constitution de République. Par exemple dans les débats actuels, certains proposent de revenir au septennat [président en place pendant sept ans à la place de cinq], mais on peut changer en restant dans la 5e République. Je pense qu’il y a une dimension de marketing politique de la part de Mélenchon parce que, dans l’esprit des gens, le discours 'On va changer de République' marche mieux qu'on va changer des choses dans ce qui existe déjà."

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