Santé & Bien-être

Journée du soleil : les cas de cancer de la peau explosent et cela va continuer, quels réflexes pour se protéger ?

Le dépistage est essentiel dans la lutte contre le cancer de la peau
30 mars 2022 à 17:58 - mise à jour 03 mai 2022 à 05:49Temps de lecture6 min
Par Aline Delvoye et Anthony Roberfroid

Avec le retour du bon temps, vous êtes nombreux à profiter des beaux jours en terrasse, dans les parcs ou en forêt. Pourtant, malgré la sensation de chaleur fort agréable, le soleil peut représenter un grand danger pour votre peau. Les derniers chiffres dévoilés par la Fondation contre la Cancer interpellent. En cette journée mondiale du soleil, focus sur ses danger et sur les manières de s'en protéger.

Les cancers de la peau sont les cancers les plus fréquents en Belgique, ils représentent 40% de tous les types de cancers. Ces cancers augmentent de manière significative dans notre pays. En 2019, plus de 45.000 nouveaux cas ont été décelés alors qu’en 2010, ils étaient moins de 15.000. Il s’agit d’une véritable explosion qui alerte la Fondation contre la Cancer. Le docteur Didier Vander Steichel, directeur médical et scientifique de la Fondation contre le Cancer estime que l’ampleur du problème est sous-estimée et ce à tous les niveaux. La Fondation appelle à un plan d’action national.

Vous êtes concerné

1 personne sur 5 développera un cancer de la peau avant l’âge de 75 ans. D’après les prévisions de la Fondation contre le Cancer, ces chiffres vont encore augmenter et ce quoi que l’on fasse. On passera de 45.000 cas de cancer de la peau par an en 2019 à 77.000 en 2030. Soit une hausse de plus de 70%. C’est alarmant. Ce sont les non-mélanomes qui augmentent le plus. Plus la peau est claire, plus le risque du cancer augmente. Mais c’est aussi le comportement des Belges qui est mis en cause, notamment une exposition excessive aux rayons du soleil et l’utilisation des bancs solaires.

Chiffres sur le cancer de la peau en Belgique
Chiffres sur le cancer de la peau en Belgique Fondation contre le Cancer

Trois types de cancers

Les chiffres de la Fondation contre le Cancer reprennent les trois types de cancer de la peau. Le plus connu est le mélanome car il est plus agressif et risque de donner rapidement des métastases. Il touche aussi une population plus jeune. Il s’agit de moins de 10% des types de cancer de la peau. Pour les 90% restants, il s’agit de cancers dits non invasifs, c’est-à-dire localisés. Par exemple, les cancers basocellulaires qui vont se développer localement en prenant de plus en plus de surface sur la peau. Ils existent également des cancers spinocellulaires qui se développent aussi localement mais avec un risque de métastase.

Différents types de cancer de la peau
Différents types de cancer de la peau Fondation contre le Cancer

Comportements à risques

La Fondation contre le Cancer a interrogé un panel de 1000 belges à l’automne 2021 sur leur comportement face au soleil. Il en ressort qu’ils ont une bonne connaissance des risques mais que certaines idées fausses continuent de circuler. Les personnes interrogées savent que l’utilisation d’une crème solaire avec un indice UV important est une protection efficace mais elles ignorent, pour la moitié d’entre elles, qu’il vaut mieux éviter au maximum de s’exposer au soleil. Elles sont moins nombreuses qu’avant à se mettre à l’ombre. Plus grave, les Belges ignorent encore trop souvent les risques liés aux coups de soleil. 10% avouent avoir été gravement brûlés au cours des 12 derniers mois, ils n’étayent que 2% en 2011. Ce chiffre vaut également pour les jeunes enfants.

Mieux vaut éviter au maximum l’exposition au soleil
Mieux vaut éviter au maximum l’exposition au soleil © Tous droits réservés

Enfants et jeunes : attention !

Les jeunes pensent être moins touchés par la problématique du cancer de la peau mais ils sont concernés. Ils ont notamment un comportement plus à risque car ils partent plus à l’étranger au soleil. Le Dr Anne Boucquiau, directrice médicale de la Fondation contre le Cancer, insiste : "Les radiations du soleil ont un effet cumulatif au fil du temps. La peau a une forme de mémoire qui fait que les ultraviolets s’accumulent. Plus on commence tôt à s’exposer au soleil, plus le risque de développer un cancer de la peau est important. Un coup de soleil chez des jeunes enfants n’est pas sans conséquence car il y a risque accru de lésion et de séquelles qui vont rester tout au long de la vie et le capital soleil est définitivement entamé."

Un coup de soleil pour un enfant entame le capital soleil et peut laisser des lésions à vie.
Un coup de soleil pour un enfant entame le capital soleil et peut laisser des lésions à vie. GETTYIMAGES

Témoignage

Patrick François n’avait que 30 ans lorsqu’il montre un grain de beauté suspect à la dermatologue de son fils. Elle le retire immédiatement car il représente un risque de cancer. Il explique : "Trois jours après, le diagnostic tombe. C’est un mélanome, le cancer de la peau le plus agressif ". Patrick François est ensuite suivi de près mais six ans plus tard, son mélanome le rattrape. Il récidive et se métastase. Grâce à l’immunothérapie, Patrick François s’en sort, miraculeusement. Aujourd’hui, il témoigne pour sensibiliser. Il encourage à se rendre régulièrement chez un dermatologue si vous êtes à risque ou si une lésion suspecte apparaît et rappelle que souvent, il n’y a pas de douleur, il ne faut donc pas tarder avant de consulter.

Signaux d’alerte

60% de la population n’a jamais fait examiner sa peau par un dermatologue. Pourtant le dépistage précoce est un outil essentiel dans la lutte conte le cancer de la peau. Mais les délais sont souvent longs car la charge de travail pour les dermatologues est importante. Il faut d’abord savoir que certains types de peaux sont plus à risque. Plus votre peau est claire, plus le risque de développer un cancer est important. Par ailleurs, tout changement inhabituel au niveau cutané justifie une consultation chez un dermatologue. Le docteur Lieve Brochez, présidente de l’association belge de dermatologie oncologique, explique : "Une lésion nouvelle, changeante, étrange, qui ne guérit pas ou celle repérée par un médecin généraliste doit être montrée en urgence à un dermatologue".

SANTE-DERMATOLOGIE
SANTE-DERMATOLOGIE © Tous droits réservés

Pas un tueur de masse

Une bonne nouvelle néanmoins, la plupart de ces cancers ne sont pas des tueurs. La plupart des décès sont dus aux mélanomes et restent relativement peu élevés. 462 personnes sont décédées d’un cancer de la peau en 2017. On détecte aussi les cancers de la peau de manière plus précoce et cela augmente considérablement les chances de survie.

Les traitements ont un coût important pour la société

L’impact des cancers de la peau est sous-estimé. Même s’il n’est pas forcément mortel, il nécessite parfois des traitements lourds d’un point de vue physique et psychologique. Par ailleurs, le coût financier du cancer de la peau est très important. Il existe de nouvelles thérapies prometteuses mais leur coût augmente rapidement. Certains patients requièrent un traitement à vie. L’augmentation du nombre de patients cancéreux pèse et pèsera sur le système des soins de santé. La Fondation contre le cancer en collaboration avec l’Université de Gand a estimé que le coût total des traitements pour le cancer de la peau s’élevait à 106 millions d’euros en 2014. Pire, le coût du cancer de la peau, entre 2014 à 2034, pourrait atteindre 3,5 milliards d’euros. Cela va évidemment énormément peser sur la sécurité sociale et sur la charge de travail pour le personnel des soins de santé. Pour Didier Vander Steichel, Directeur médical et scientifique de la Fondation contre le Cancer, "C’est beaucoup d’argent quand on sait que nos soins de santé sous pression. Avec une prévention efficace cet argent pourrait servir à autre chose."

Plan d’action national

Face à ce constat, la Fondation contre le Cancer appelle à un plan national. Il faudrait avant tout informer correctement les Belges face aux risques liés à l’exposition au soleil. Il faut également rapidement interdire les bancs solaires. Elle souhaite également voir plus de zones d’ombre, protégées du soleil, notamment dans les structures d’accueil pour les enfants (crèches, écoles, universités). Elle appelle à un dépistage plus systématique pour les personnes les plus à risque, pour les autres il faut mieux sensibiliser au dépistage lorsqu’il y a une lésion suspecte. La Fondation demande un plan d’action national contre le cancer de la peau pensé par toutes les parties prenantes sous l’égide des autorités. Les Pays-Bas viennent d’adopter un plan similaire. En attendant, une campagne nationale des bonnes pratiques face à l’exposition au soleil sera lancée le 9 mai par la Fondation contre le Cancer.

 

Les bons réflexes pour se protéger

Pour protéger sa peau et réduire au maximum les risques de développer un cancer de la peau, la Fondation contre le Cancer propose de nombreux conseils.

Le premier conseil est de limiter au maximum l’exposition aux UV du soleil en se mettant à l’ombre, principalement en début d’après-midi (entre 12 heures et 15 heures). Porter des vêtements, un chapeau et des lunettes solaires permet également de se protéger.

La fondation recommande d’appliquer de la crème solaire à haut indice de protection (SPF minimum 30), toutes les 2 heures et toujours immédiatement après la baignade, après s’être séchée ou lorsque vous avez beaucoup transpiré. Il est toutefois important de surveiller sa peau et ses réactions. Les premiers signes de rougeurs peuvent indiquer une exposition trop forte au soleil.

Enfin, il est déconseillé de réaliser des bains solaires en solarium. Les rayons UV du banc sont en effet au moins 6 fois plus intenses que ceux émis par le soleil.

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