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J.R.R. Tolkien : l’écrivain qui a eu la plus grande influence sur l’industrie culturelle

Émission spéciale J.R.R. Tolkien avec Vincent Ferré

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Dans Entrez Sans FrapperVincent Ferré, professeur de littérature à l'Université Paris 3 - Sorbonne nouvelle, a analysé le phénomène qui entoure la saga du Seigneur des Anneaux de J.R.R Tolkien. Une popularité qui est bien antérieure aux films et séries.

La série la plus chère de tous les temps, Le Seigneur des Anneaux : Les Anneaux de pouvoir, sort ce 2 septembre. L'occasion pour l'équipe d'Entrez Sans Frapper de revenir sur J.R.R. Tolkien, pour comprendre l'engouement qui entoure son univers depuis des dizaines d'années.

Pour Vincent Ferré, professeur de littérature à l'Université Paris 3 - Sorbonne nouvelle, qui édite et traduit les œuvres de l'écrivain britannique depuis 20 ans, cette nouvelle série témoigne de l'influence profonde de l'auteur sur la pop culture.

Tolkien, un homme à plusieurs visages

Pour analyser l'ampleur de l'œuvre de J.R.R. Tolkien, il faut d'abord comprendre l'homme derrière la plume.

"Il était un homme qui vivait dans les livres, les langues et les textes" résume Vincent Ferré. Il y a le Tolkien érudit, professeur de littérature anglaise et de vieil anglais. Il y a le Tolkien écrivain et poète, à la fois auteur de récits pour la jeunesse par accident - Le Hobbit -, et auteur d'une œuvre restée longtemps souterraine : Le Silmarillion.

Et cette seconde activité est profondément marquée par la mort. Son père décède alors qu'il n'est âgé que de 3 ans, et il se met à écrire dans les années 1910, et après son retour de la Première Guerre mondiale durant laquelle il a perdu de nombreux amis. "C'est quelqu'un qui a été éprouvé par l'épreuve de la mort, il en est revenu presque par miracle (NDLR : il était officier à la bataille de la Somme) : il est tombé malade, a été rapatrié, a mis des mois à se relever de la fièvre des tranchées. Parallèlement, il a mis en prose des textes qu'il a appelé Le livre des contes perdus, qui ont commencé à décrire un univers qui a pris forme petit à petit et qui a intégré la poésie antérieure"

C'est l'écriture qui lui permet de surmonter ces traumatismes.

Inspiré et inspirant

S'il exerce une influence sur d'autres auteurs de son temps, Tolkien est d'abord inspiré par sa propre épouse.

Arwen, Galadriel,... ce n'est pas un hasard s'il crée des personnages féminins iconiques dans ses récits. "Une des scènes essentielles du monde imaginaire de Tolkien est née quand il a vu sa femme danser dans un clairière de fleurs. Il a transposé cette scène dans le futur Silmarillion et a donné naissance au personnage de Luthién" révèle ainsi Vincent Ferré.

C'est d'ailleurs sous ce pseudonyme inscrit sur sa pierre tombale que repose le corps de son épouse dans un cimetière près d'Oxford. "On peut dire que le plus grand héros chez Tolkien est une héroïne, c'est Luthién qui accomplit un exploit extraordinaire, qui récupère un joyau sur la couronne du dieu mauvais qui l'a volé. Cette histoire l'a nourri toute sa vie et on sait qu'il a puisé une énergie vitale dans ses relations humaines. Son cercle d'amis morts à la guerre, il a réussi à recréer des cercles autour de lui : le cercle des vikings à Leeds, des mangeurs de charbon à Oxford, puis le fameux groupe des Inklings auquel appartenait C.S. Lewis, l'auteur de Narnia. C'est grâce à Tolkien que Lewis a publié de la fiction est devenu un auteur à succès".

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Le représentant d’un nouveau genre

Bien plus que son ami C.S. Lewis, J.R.R. Tolkien exerce une influence énorme sur la fantasy, un genre qu'il a modernisé en livrant une recette efficace, reprise ensuite par d'autres auteurs de best-sellers.

"La fantasy est un genre littéraire hérité du 19e siècle anglais, né à peu près autour de William Morris (...) qui empruntait beaucoup à la littérature médiévale" explique celui qui a entre autres dirigé la publication du Dictionnaire Tolkien. "C'est inventer un monde, qui parfois est en contact avec le nôtre : c'est le cas d'Harry Potter. On va de Londres à Poudlard. Parfois c'est un autre monde comme Westeros de G.R.R. Martin. Un monde imaginaire dans lequel le merveilleux est plus ou moins présent et avec des références au Moyen Age absolument manifestes".

D'académicien sur la littérature anglaise médiévale à auteur de fantasy, il n'y avait donc qu'un pas à franchir pour le porte-drapeau d'un nouveau genre.

Le succès s'installe chez un jeune lectorat depuis le milieu des années 60, avec une seconde lecture en regard des troubles qui ont secoué le monde au milieu du 20e siècle : "Une lecture sur les campus américains en termes de liberté et de la fraternité entre les peuples et le Seigneur des Anneaux peut tout à fait raconter une résistance à la guerre, un refus du conflit armé car si Sauron retrouve l'anneau, il pourra envoyer ses armées et envahir toute la Terre du Milieu".

L’auteur le plus adapté dans la pop culture

Et son œuvre s'inscrira à la postérité, à tous les niveaux de la pop culture. 

Pour Vincent Ferré, Tolkien est "une référence fondamentale dans la naissance des jeux de rôle comme Donjon et Dragons. 10 ans après, lorsque se développent les jeux vidéo, Tolkien est une référence adaptée X fois. Lorsque le web se répand à la fin des années 90, les sites sur Tolkien fleurissent. C'était très impressionnant (...)"

Enfin, les films de Peter Jackson dans les années 2000 et 2010 conquièrent encore un nouveau public. 

On n'a pas d'exemple à ma connaissance, d'œuvre et d'écrivain au 20e siècle, qui a eu une influence aussi bien en littérature, dans les jeux, dans l'industrie culturelle, en politique aussi.

Tolkien aura donc réussi son pari, à titre posthume : "Pour Tolkien, les traditions nordiques appartiennent à la collectivité humaine européenne. Il était persuadé qu'on vivait mieux quand on connaissait Sire Gauvain et le chevalier vert, quand on connaissait Beowulf, les sagas nordiques. Il a employé sa vie à les faire connaître à ses étudiants et collègues. C'est quelqu'un qui était soucieux des autres. Cela se sent dans ses livres et sa correspondance, cette attention permanente qui donne forme à son œuvre".

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"Les Anneaux de pouvoir" une fan fiction de Tolkien

Et la série Les Anneaux de pouvoir dans tout cela ? Elle n'est aucunement l'œuvre de Tolkien, mais est la preuve formelle de la pérennisation de son succès littéraire.

"C'est plus une fan fiction très chère, comme par exemple Rogue One dans la série Star Wars" indique Vincent Ferré. "Cela ne fait pas partie de la narration originelle. Tolkien qui était extrêmement minutieux dans ses ajouts, inventions, la cohérence et vraisemblance de son monde, n'avait pas prévu ces histoires-là. Amazon joue la carte de la fidélité mais c'est vraiment marketing. Je pense qu'on a tout à gagner à admettre que c'est une invention originale et à rendre grâce, si c'est réussi, au showrunner, au créateur visuel, à tous les équipes artistiques de cette série, qui est un medium complètement différent des livres de Tolkien, mais c'est une preuve supplémentaire de sa postérité et il y en aura d'autres".

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