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Juicy Orchestra, la formule scénique qu’on attendait toustes

© Élise Dervichian

16 oct. 2022 à 21:58Temps de lecture3 min
Par Diane Theunissen

Jeudi dernier, le duo bruxellois JUICY ouvrait le bal du Festival des Libertés dans la grande salle du Théâtre National, lieu phare de la culture bruxelloise. Accompagnées d’un orchestre formé d’une vingtaine de musicien.ne.s, les deux acolytes ont livré une performance poignante, magistrale et décalée, à l’image de leur musique et inventivité sans cesse renouvelée.

20h45. Tandis que je remonte le boulevard Émile Jacqmain dans la brume automnale, j’aperçois une marrée humaine devant la porte du Théâtre National. Couples de quarantenaires et leur progéniture, groupes de potes en vadrouille et jeunes ados à casquettes, il y a du monde ce soir. À 21h, tandis que la foule rejoint la salle au compte goûte, le rideau se lève et l’on devine l’orchestre qui accompagnera le groupe. Au programme : 7 flûtes, 14 instruments à cordes et deux pianos, évidemment. Ça s’annonce bien. Quelques minutes plus tard, tandis que les encouragements retentissent dans la salle majestueuse, les deux comparses font enfin leur apparition. Une entrée en scène pleine d’émotions : tous sourires, Sasha Vovk et Julie Rens remercient le public dès la première chanson. “On l’a attendu ce concert,” confessent-elles le regard pétillant, vêtues de costumes complètement barrés conçus spécialement pour l’occasion. Une chose est sûre, ces deux-là ne font pas les choses à moitié, et comptent bien tout défoncer. 

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Avec une assurance sans pareille, Sasha et Julie se lancent avec “You Don’t Have To Know”, l’un des singles de Mobile, leur debut album paru en mars dernier. La dimension orchestrale du projet fonctionne à merveille : le public est sous le charme, ensorcelé par les harmonies jazzy des deux chanteuses, musiciennes et amies. Drapées de flûtes, de violons et de violoncelles, leurs voix se répondent à la façon d’un véritable dialogue, une conversation enjouée qui rappelle la complicité qui émane de leur projet. Tout est millimétré, organisé : il n’y a pas de doute, elles ont bien bossé. 

Rassurées par les applaudissements de la foule bienveillante, elles enchainent avec “Late Night” et donnent le ton du show à venir : une symbiose classique-électro-jazzy qui fait froid dans le dos tout en réchauffant les coeurs. L'air foncièrement heureux, les deux copines retrouvent rapidement leur ancien répertoire avec “SEE AND RIDE” et “I WANNA, YES, I WANNA”, deux morceaux parus sur leur deuxième EP CRUMBS paru en 2019. De retour sur Mobile, elles nous offrent une sublime interpretation de “Truth”, une ballade hypnotisante qui rappelle les mélodies de “Over My Shoulder” ou encore “Something is Gone”. Tout à coup, changement drastique d’ambiance avec “For Hands On Ass”, hymne féministe issu de leur tout premier projet, Cast A Spell. De quoi faire le plein de punchlines bouillantes et engagées tout en retombant dans les débuts fracassants de ce formidable duo. 

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21h30. Les deux artistes reviennent avec une version piano de “Something Is Gone”, saupoudrée d’un solo de contre-basse surprenant, voire percutant. Après un deuxième moment rap endiablé avec "GHB" – dont on retiendra surtout les arrangements de piano fiévreux signés Dorian Dumont –, on se replonge dans la sublime mélancolie de “Over My Shoulder”, dont la reprise guitare-voix en collaboration avec Florian Jeunieaux nous transporte ailleurs, dans une dimension océanique, presque magique. Sous les lumières bleutées, Sasha Vovk et Julie Rens se donnent la réplique à la manière de conteuses mystiques. Et tout le monde écoute, bouche bée. “Ça se voit qu’elles ont un gros background musical”, chuchote une fan à l’oreille de son amie, dans le calme attentif qui réside dans la salle. Sacré background, en effet. Un bagage théorique époustouflant que les deux protagonistes refaçonnent à leur guise pour en tirer, à chaque fois, quelque chose d'inattendu. C’est d’ailleurs avec cette envie de tout remettre en question qu’elles font durer le plaisir avec des superbes interpretations de “Haunting” et “Remain”, pour finir avec une reprise terriblement décalée du hit “R&B 2 RUE” de Matt Houston. Elles n'ont peur de rien, même pas du ridicule. Et mon dieu que ça fait du bien ! Le temps d’une chanson, le public retrouve les JUICY d’antan : celles qui reprenaient les tubes hip-hop R&B des années 90 avec fraicheur et dérision. Après une belle tranche de rigolade, elles terminent en beauté avec "Treffles", et reviennent pour un call-back digne des plus grands avec "Youth", dont chaque note retentit sous le regard enjoué de la foule subjuguée. 

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Il est 22h passée et je quitte la salle remontée à bloc, encore légèrement sous le choc de ce à quoi je viens d'assister. Je ne cesse de penser "Tout le long du concert, Sasha et Julie cassent les codes et les conventions pour révéler l’essence même de leur projet : faire de la musique à l’état brut, sans filtre ni langue de bois". Tout ce qu'on aime, quoi. 

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