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"Jumeaux mais pas trop", un film de Olivier Ducray et Wilfried Meance avec les humoristes Ahmed Sylla et Bertrand Usclat

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27 sept. 2022 à 04:00Temps de lecture6 min
Par L'Agenda Ciné

Être né quelque part

Anthony, un petit garçon noir et Grégoire, un petit garçon blanc sont tous les deux venus au monde un jour de décembre 1988 dans une maternité quelque part en France.

Le temps a passé et on les retrouve 33 ans plus tard. Anthony, qui a grandi en banlieue avec un papa très impliqué dans la vie de la cité, est devenu réparateur d’électroménager. Grégoire, après de brillantes études aux États-Unis, a lui marché dans les pas de son père, et s’est lancé dans la politique. Un malheureux concours de circonstances va révéler qu’Anthony et Grégoire sont en fait des frères jumeaux… une de ces bizarreries de la nature qui a une chance sur un million de se produire et qui est tombée sur eux.

Le choc est rude à encaisser et en pleine campagne électorale, ça ne fait pas forcément les affaires de Grégoire…

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On ne choisit pas sa famille… on ne choisit pas non plus son jumeau

Olivier Ducray et Wilfried Meance, dont c’est le premier film, ont réuni à l’écran deux humoristes très suivis : Ahmed Sylla, révélé par Laurent Ruquier dans son émission " On n’demande qu’à en rire " et Bertrand Usclat, connus pour sa mini-série hilarante " Broute ", parodie du média en ligne " Brut " et le duo fonctionne à merveille. Secondés par Pauline Clément ainsi que par Gérard Jugnot, Isabelle Gélinas, Nicolas Marié et Jean-Luc Bideau - cette autre génération d’acteurs de comédie que l’on a toujours plaisir à retrouver.

Jumeaux mais pas trop, qui s’appuie sur quelques solides clichés pour mieux en jouer et les dépasser, ne manque pas de nous surprendre. Car si cette comédie sociale n’engendre pas la mélancolie, et nous réserve quelques grands moments de comédie, il a aussi et sincèrement deux ou trois choses à nous dire sur la famille et les liens qui nous unissent…  pour mieux nous cueillir au détour de scènes où l’émotion l’emportera sur le rire !

Un super moment de cinéma à ne pas rater !

© PHILIPPE LE DREF

L'Agenda Ciné a profité de la venue du réalisateur et scénariste Wilfried Meance et des jumeaux du film (!), Bertrand Usclat et Ahmed Sylla, pour un savoir un peu plus

Votre film prend pour point de départ certains clichés. N’était-ce pas un pari risqué ?

Wilfried Meance : On pouvait en effet très vite partir sur un film caricatural. Ce que l’on a évité le plus possible. Notre envie était de parler de la famille sous différents aspects : l’adoption, l’abandon sous X, le rapport avec ses frères et sœurs, le rapport à l’éducation, ce qui nous forge en tant que personne (est-ce que c’est nos parents, ou le monde dans lequel on vit ?) … bien plus que des questions raciales, qui sont bien sûr évoquées dans le film, mais qui pour nous n’étaient pas l’essentiel.  

Pourquoi avoir choisi un homme politique pour caractériser l’un des deux jumeaux ?

Cela nous créait un petit " time lock ", autrement dit un moyen de donner un temps au récit, de créer une urgence.  L’urgence qu’a notre personnage c’est le premier tour des élections où, à la fin de cette première semaine, il découvre qu’il a un frère jumeau et qu’il est noir… lui qui vante les valeurs de la famille et son ancrage territorial !  

L’art de la comédie n’est pas chose aisée. Quelle fut pour vous la ligne à tenir ?

Avec Olivier, on est parti du principe que si la vanne n’avait pas de sens, il valait mieux ne pas la faire. On préférait être moins drôle, mais plus juste sur les personnages et les situations. C’est l’émotion qui nous guidait, plus que la volonté de vouloir absolument faire rire.

Vous avez co-signé la réalisation et le scénario avec Olivier Ducray. Comment travaille-t-on à deux ?

Avant de travailler ensemble, on a eu chacun des carrières solos avec la réalisation de plusieurs courts métrages et des projets de long-métrage, également en solo, qui avançaient, mais qui ne se montaient pas vraiment. Et puis on a fait un court-métrage ensemble et tout de suite après le long.

Je pense que l’on est complémentaire On dit souvent qu’Olivier est plus un scénariste qui réalise et que je suis plus un réalisateur qui scénarise. Olivier ayant plus de connaissances que moi sur le scénario et moi plus que lui sur la réalisation et la mise en scène.  Mais on fait tout ensemble ! C’est un peu bateau de dire ça, mais à deux on va plus loin que seul.

Et puis on a les mêmes envies de cinéma. Et je pense que l’on se rassure.

Bertrand Usclat

Comment s’est passé le passage entre les capsules que vous avez réalisées pour le web et pour la télévision à cet autre format qu’est le cinéma ?

Bertrand Usclat : On essaye d’appréhender le rôle d’une manière plus calme et plus posée. Sur internet j’avais une exigence de rythme lié à ce format qui tournait aux alentours de 2 minutes. Je parlais très vite et par capillarité, cela a entaché ma manière de parler naturelle !  Le vrai bonheur a été de pouvoir rentrer dans la peau d’un personnage sans être obligé de le caricaturer. Partir d’un cliché, celui d’un homme politique, et de m’amuser à le briser, à mettre un peu d’humanité… un chalenge, car ce n’est pas vraiment dans l’air du temps !

J’essaye de garder cette espèce de petite mise en danger, que j’apprécie beaucoup avec l’humour, et qu’au cinéma je garde comme moteur.

Quel regard portez-vous sur votre personnage ?

C’est le genre de personnage que j’ai déjà un peu travaillé. Des mecs en costard, et parfois le costard est un peu trop grand pour eux ! Je les adore parce que j’ai l’impression qu’ils peuvent jouer tout ce que je suis incapable de faire dans la vraie vie : être sûr de soi, sûr de ce que l’on pense, ou faire croire d’être sûr de ce que l’on pense.

La politique me fascine et m’intéresse (j’ai étudié les sciences politiques à la Sorbonne).

Je pense m’être dirigé vers le métier d’acteur et vers l’humour parce que je trouve qu’il y a là une forme de pratique professionnelle du doute. Quand je fais une blague sur quelque chose, c’est que parfois je ne sais pas quoi en penser. Par contre je suis certain de ne pas trop savoir

ce que je pense ! Donc je pense que je peux faire une bonne blague ! Par contre, être sûr de ce que je dis, avoir un point de vue clair sur la société, de devoir bouger des pions sur un plateau, qui est le jeu de la politique, je trouve ça immensément dur à faire. De le jouer, me donne l’impression que j’aurais pu le faire.   

Avez-vous eu peur des clichés sur lesquels le film partait ?

On se dit en effet que ça pourrait être le très bon pitch d’un très mauvais film.

Ce qui m’a convaincu dès la première lecture du scénario, c’est que la question de la différence de couleur de peau était un formidable ressort dramaturgique et qu’il était traité comme tel. Il n’était pas question de faire des blagues sur les différences de culture entre une famille blanche et une famille noire, mais de s’interroger sur l’égalité des chances. Quand on est assigné dans deux endroits différents, alors que l’on est des jumeaux, comment fait-on ? Et là, la couleur de peau est très finement amenée, car c’est la seule manière d’avoir deux frères assis dans la même pièce sans qu’ils se doutent une seconde que chacun est le frère de l’autre ! C’est sur ce petit quiproquo que le film se déploie, et il évite tous les clichés que l’on pouvait attendre d’un tel pitch.

Ahmed Sylla

Avez-vous eu peur des clichés sur lesquels le film partait ?

Ahmed Sylla : Au départ, j’ai tiqué. Le synopsis donnait l’impression d’une comédie potache, très caricaturale et très clichée. J’ai pris le temps de lire le scénario et j’ai été rassuré. Le personnage d’Anthony vit et vient d’un quartier ; il est issu d’un milieu populaire… tout ce qui fait cliché. Mais on se rend compte pendant le film qu’il aurait pu venir d’un tout autre endroit. La trajectoire que prend Anthony, la façon dont il s’occupe de son papa, son intelligence, sa manière de s’exprimer … autant de choses qui m’ont fait penser que je tenais un bon personnage et que je lisais un bon scénario. Et jusqu’à la fin, je ne me suis pas trompé.

Comment passe-t-on de l’humour que l’on pratique sur scène, dans un one man show et celui que l’on fait passer au cinéma ?

Je me laisse porter. J’essaye d’apporter un petit peu de moi, de ma nature, de mon espièglerie dans les projets que je reçois.

Quel regard portez-vous sur votre personnage ? A-t-il quelque chose de vous ?

Ce qu’il a de moi, c’est qu’il vient d’un quartier. C’est quelqu’un qui aime aider les autres, qui veut s’occuper de sa famille, qui est bienveillant, qui est drôle et qui joue de sa drôlerie pour arriver à ses fins. Sur ces différents aspects, je ressemble assez à Anthony. Même s’il n’a pas grandi dans le meilleur endroit du monde, il a reçu malgré tout une bonne éducation.

Ce qui nous différencie, c’est que je suis un peu plus méfiant et un peu plus tenace.

Qu’est-ce que le cinéma vous apporte que la scène ne vous donne pas ?

Au cinéma, on partage avec les autres. Le cinéma permet de mettre en image des mots. Le cinéma me fait voyager. Au cinéma on peut être qui on veut. J'ai eu comme ça la chance d’être un avocat, un alpiniste,  un policier, un jeune entrepreneur,  un frère jumeau…où aurais-je pu être tout ça ?!

Entre la scène et le cinéma, à terme, je ne voudrais pas avoir à choisir. C’est complémentaire. Je ne pourrai pas lâcher la scène… je m’y sens tellement vivant et utile !

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