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Jurgen Conings, symptôme d’une société en colère ?

24 mai 2021 à 20:53Temps de lecture2 min
Par Hugues Angot

"Sauvez notre héros. C’est un abus de pouvoir". Voici ce que l’on peut lire sur la page du groupe Facebook intitulé "Als 1 achter Jürgen". Une page qui soutient ouvertement Jurgen Conings, ce militaire en fuite dans le Limbourg. Créée il y a à peine quelques jours, la page comptabilise déjà près de 45.000 membres. Un soutien qui pose question, puisque Jurgen Conongs est considéré comme un individu dangereux, radicalisé d’extrême droite. QR l’actu fait le point sur cette affaire avec Dave Sinardet, professeur de sciences politiques à la VUB et Manuel Abramowicz, coordinateur de résistance.be.

Jurgen Conings, un symbole d’un ras-le-bol ?

Jurgen Conings semble incarner pour certains le symbole d’une extrême droite décomplexée, ou, plus largement, l’expression d’un ras-le-bol du monde politique et des représentations du pouvoir en place. Mais pour Dave Sinardet, il est essentiel de garder à l’esprit la base d’une démocratie et de ses valeurs : "On peut être en désaccord avec beaucoup de choses en Belgique, c’est d’ailleurs l’essence même d’une démocratie. On peut aussi critiquer librement des ministres, des virologues, des politologues… mais il faut au moins s’entendre sur une chose : il est inacceptable que quelqu’un menace d’utiliser la violence et mette en danger l’existence de ses concitoyens."

"Depuis le dimanche noir de 1991 où l’extrême droite est clairement apparue dans le paysage politique, on parle de vote protestataire. On évoque un besoin de protester contre le système, mais ces partis ou ces idéologies n’apportent pas de réelles solutions. D’autres phénomènes sont apparus selon le contexte, on se souvient notamment du mouvement des gilets jaunes, ou de la défiance d’une partie de la population suite à l’affaire Dutroux. La crise sanitaire a également provoqué, chez certaines personnes, une suspicion envers l’état, ce qui pourrait expliquer la 'popularité' de Jurgen Conings auprès d’une partie de la population."

Montée des extrémismes

Pour Dave Sinardet, contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’électorat de partis radicaux de gauche ou de droite a bien plus de points communs que de différences. Ces électorats relativement similaires expriment un rejet du système politique, un rejet de la classe politique traditionnelle, une méfiance de l’autorité quelle qu’elle soit. "Le contexte "covid" a aussi accentué une polarisation de la société. Certaines personnes veulent des règles très strictes, tandis que d’autres qui veulent en finir au plus vite avec ces mesures liberticides."

Mais, à entendre le politologue, ces opinions très tranchées sur le covid ne sont pas le reflet d’une extrême gauche ou d’une extrême droite.

Manuel Abramowitcz estime que la crise du covid est un terreau fertile pour les extrêmes même si les partis n’en ont pas profité de manière directe : "L’extrême droite institutionnalisée ou représentée par les partis politiques, que ce soit en Belgique ou ailleurs comme en France, n’a pas eu réellement besoin de surfer sur la crise sanitaire. Au début de la crise, la maladie faisait peur et touchait des responsables politiques. Personne ne cherchait à profiter de cette crise. Par contre, il y a eu un basculement dès l’été passé, avec cette fois des victimes sociales de la crise. Des manifestations ont eu lieu et l’extrême droite groupusculaire s’y est greffée pour se rapprocher d’une partie des mécontents."

 

 

 

 

 

 

 

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