Prix de l'énergie

Jusqu'à 1600 euros pour un particulier : pourquoi les acomptes d'énergie explosent en octobre, alors que le cours du gaz est en baisse ?

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06 oct. 2022 à 10:45 - mise à jour 10 oct. 2022 à 06:13Temps de lecture4 min
Par Xavier Lambert

1200 euros pour un isolé. C’est le montant démentiel qu’on voit circuler sur de nombreux comptes de réseaux sociaux ces derniers jours pour les factures d’acompte d’énergie. Impayable évidemment. Et apparemment en contradiction avec une autre nouvelle qui circule : "Le prix du gaz en Europe atteint son niveau le plus bas depuis fin juillet", dépêche Belga reprise un peu partout dans la presse ce mercredi 5 octobre. Avec une constatation erronée : non, le cours n’a pas baissé mercredi "dans la foulée de l’annonce de la reprise des livraisons à l’Italie par Gazprom". Le cours était en fait en hausse à la clôture.

Mais oui, la tendance générale depuis le "pic" du 26 août est à la baisse : le prix pour les contrats avec fourniture le mois suivant est passé de 350 euros le Mégawattheure ce jour-là, à 162 euros le MWh ce mercredi 5 octobre. Soit une diminution de plus de 50% , et un retour aux cours de juillet. Il est même redescendu vendredi à 156,20 euros, son plus bas niveau depuis début juillet mais le gaz reste cinq fois plus cher qu'avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, et sept fois plus cher qu'en juin 2021.

 

Le cours du gaz pour livraison le mois suivant est en baisse depuis quelques semaines.
Le cours du gaz pour livraison le mois suivant est en baisse depuis quelques semaines. © ICEINDEX

Alors comment expliquer qu’on ait à la fois un cours qui baisse, et des acomptes qui explosent ?

Pour comprendre ceci, il faut repréciser ce qu’est un contrat "variable" en termes d’énergie (que ce soit gaz ou électricité) :

  • Avec un contrat fixe, vous connaissez dès la signature du contrat le tarif auquel vous paierez votre énergie. Votre décompte final (duquel on déduira les acomptes déjà versés) ne dépendra en principe que du niveau de votre consommation.
  • Avec un contrat variable, le coût de l’énergie est fixé en fonction du marché. Le consommateur supporte le risque de variation de prix, à son avantage ou son désavantage. Votre contrat comprend ainsi deux données : un tarif de base (un peu plus bas que celui établi pour un contrat fixe) ET des paramètres d’indexation, qui varient à la fois selon les fournisseurs, et chez un même fournisseur selon le type de contrat.

Parmi les conditions les plus courantes de cette indexation, on retrouve une actualisation trimestrielle selon une formule du type (INDICE * X) + Y) * TVA). L’indice trimestriel le plus courant, c’est celui qu’on appelle ENDEX303 pour l’électricité, et TTF103 pour le gaz.

Le paramètre d’indexation de l’électricité Endex303 est basé sur la moyenne arithmétique des prix journaliers durant le trimestre qui précède le trimestre de fourniture.

Le paramètre d’indexation du gaz TTF103 est basé sur la moyenne arithmétique des prix journaliers du gaz naturel durant le mois qui précède le trimestre de fourniture.

Or, le gaz a connu une flambée incroyable en été, avec son apogée en août, ce qui a eu une conséquence directe sur le prix de gros de l’électricité durant cette période. A l’origine de cette flambée, les inquiétudes liées à l’arrêt du gazoduc Nordstream, combinées au fait que les États européens ont voulu garantir leurs fournitures énergétiques pour l’hiver et ont acheté en conséquence : la demande démesurée par rapport à l’offre a fait flamber des prix déjà très hauts : le pic de 350 euros le MWh pour le gaz de fin août, c’est 17,5 fois plus que le cours de juin 2021.

Le système d’indexation trimestriel fait que cette énorme hausse se répercute dans les contrats variables, à partir d’octobre 2022, et au moins pour tout le trimestre. On le voit : pour le gaz, l’indice a presque doublé, pour l’électricité, il a plus que doublé !

Cette légère différence s’explique par le fait que pour le gaz, c’est le cours de septembre qui est envisagé, alors qu’il se tassait légèrement après le pic d’août, tandis que pour l’électricité, c’est la moyenne du trimestre (juillet-août-septembre), pic compris, donc, qui est envisagée.

La détermination des acomptes

Les détenteurs d’un contrat variable savent donc désormais à quelle "sauce" ils vont être mangés pour le trimestre… et leurs fournisseurs aussi. Ceux-ci se basent sur les consommations des années précédentes ou sur des profils types pour évaluer la consommation annuelle, répartie par mois selon des Real Load profile, ou "profils d’utilisateurs" (petit pourcentage en été, gros pourcentage en hiver), et ce, quelle que soit votre consommation réelle durant ces mois !

En multipliant cette consommation estimée par le prix indexé, les fournisseurs peuvent évaluer le prix final au moment du décompte. De cette addition, ils déduisent les acomptes déjà versés, et ils divisent la différence par le nombre de mois restant jusqu’à la date du décompte. C’est le résultat de ce calcul qui est proposé comme "futur acompte".

Et avec des indices qui ont doublé, ces acomptes ont évidemment explosé eux aussi, d’autant qu’ils concernent des mois où l’on consomme beaucoup (et le pourcentage de votre consommation annuelle sera donc important, quelle que soit votre consommation réelle).

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C’est ce qui explique les sommes folles d’acompte qu’on voit circuler en ce moment… et que beaucoup disent ne pas pouvoir ou ne pas vouloir payer. Ce qui pourrait entraîner d’autres complications, comme l’explique l’Echo ce jeudi : les petits fournisseurs doivent acheter l’énergie à des prix élevés, ils doivent avancer des sommes importantes pour garantir les transactions sur les marchés, et doivent payer les gestionnaires de réseau. S’ils ne reçoivent plus (assez) de liquidités, à cause des difficultés légitimes des consommateurs, ils risquent tout simplement la faillite par manque de liquidités.

Or, si ces petits fournisseurs ne peuvent honorer leurs transactions, cela aurait des conséquences en cascade avec des reprises de contrat, et des transactions de dernière minute aux prix les plus hauts. C’est pourquoi la ministre de l’Energie a déposé une proposition rendant possible l’octroi d’une garantie d’État aux fournisseurs et aux intermédiaires dans la chaîne de valeurs du gaz et de l’électricité.

Et ensuite ?

La prochaine période d’indexation trimestrielle, c’est janvier 2023. D’ici là, les mesures envisagées par l’Union européenne, de réduction de la consommation et de plafonnement des prix du gaz pourraient produire leurs effets : les tarifs pourraient logiquement être revus à la baisse, et entraîner un recalcul des acomptes.

 

Mais attention, même en cas de baisse à partir de janvier, les tarifs pour le dernier trimestre 2022 ont été fixés et ne changeront plus : quelle que soit votre consommation, la facture pour ces trois mois au tarif le plus haut pèsera de toute façon très lourd dans le décompte final et dans la régularisation.

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