Katalin Karikó, portrait d’une pionnière de l’ARN messager

© RTBF Info

24 mars 2022 à 20:21Temps de lecture3 min
Par Jennifer Istace

Ce jeudi 24 mars, Katalin Karikó a reçu les insignes de Docteur Honoris Causa de l’ULB pour ses recherches innovantes en théorie génique basée sur l’ARN messager qui ont permis le développement rapide des premiers vaccins contre la Covid-19. La RTBF s’est entretenue avec elle.

Parcours

Katalin Karikó est née et a grandi en Hongrie. Elle a mené dès les années 90 ses premières recherches à l’Université de Pennsylvanie avec une idée novatrice : insérer un ARN messager à l’intérieur de la cellule pour permettre la synthèse d’une protéine définie. "A l’époque, la plupart des scientifiques se concentraient sur des recherches autour de l’ADN."

En 2005, Katalin Karikó arrive à synthétiser un ARN messager modifié qui permet de stimuler in vivo une réponse immunitaire sans provoquer d’inflammation, la plateforme vaccinale "ARNm" était née.

Mais ce travail n’a pas été de tout repos car le Dr Karikó a dû convaincre la communauté scientifique de l’importance de ses recherches. Ses demandes de subsides furent souvent refusées. "Quand vous faites des expériences, vous devez persévérer et voir des progrès. Cela vous donne de l’espoir. Les personnes qui m’ont critiqué estimaient que je n’avais pas assez de données sur mes recherches. Je me suis servie de ces critiques pour avancer."

Covid-19

En 2013, Katalin Karikó devient vice-présidente de la société BioNTech RNA Pharmaceuticals.

Mais quand la Covid-19 est apparue, elle a sous-estimé l’ampleur de la pandémie : "Quand j’ai entendu parler pour la première fois de ce virus qui rendait malade les gens en Chine et qu’ils se sont confinés, j’ai immédiatement pensé que ça ne pourrait pas arriver ici, que cela ne nous atteindrait probablement jamais. Je m’en suis rendu compte lorsque j’ai compris que des personnes asymptomatiques voyageaient et répandaient le virus."

Nous avons fait quelque chose de bien

Les sociétés BioNTech et Pfizer ont réussi ensuite à développer le premier vaccin contre la Covid-19 en se basant sur ses recherches. "Quand je faisais mes recherches sur l’ARN messager, j’étais sûre que ce que je faisais était bien et qu’un jour, mes progrès aideraient une ou deux personnes. Evidemment, on ne peut pas s’imaginer aider autant de monde. Quand je pense à ça, je pense aussi à tous ceux qui m’ont aidé auparavant, ces personnes qui ont également fait d’autres découvertes. Maintenant, je ne fais que représenter toutes ces personnes et je me dis qu’ensemble, nous avons fait quelque chose de bien. J’espérais que le vaccin fonctionne car nous avions eu de très bons résultats lors de mes recherches."

La suite

Aujourd’hui, les recherches de Katalin Karikó ont une importance majeure pour la santé humaine car la technologie à ARN messager ouvre des perspectives de développement de vaccins contre d’autres maladies infectieuses comme le sida, la malaria, la grippe ou le cancer. "Nous avons d’autres applications très prometteuses de la technologie à ARN messager, notamment avec les traitements contre les maladies du foie. Certains patients qui n’ont reçu qu’une dose du traitement à ARN messager, ne produisent plus de protéines toxiques après un an et c’est très prometteur."

Les vaccins à ARN messager sont également moins chers à produire, ils pourraient donc également révolutionner le marché de certains vaccins, chers sur le marché.

Future prix Nobel ?

"Travailler dans un laboratoire, résoudre des problèmes et trouver des solutions jour après jour est la vraie récompense. J’ai travaillé jour et nuit pendant beaucoup de temps sans récompense et je n’ai jamais cherché la reconnaissance", explique-t-elle. Et ajoute: "Ma maman, décédée il y a trois ans, pensait chaque mois d’octobre que j’allais recevoir le prix Nobel, elle me disait que je travaille tellement. Je lui répondais que tous les scientifiques travaillent beaucoup. Moi j’espère juste que les futurs scientifiques verront la partie fun du métier car je me suis amusée !"

Sur le même sujet

Coronavirus : un tribunal ordonne l’analyse des vaccins à ARN messager

Coronavirus

Et si l'ARN était à l’origine de la vie sur Terre ?

Week-end Première

Articles recommandés pour vous