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Kids Return : Les mélodies du bonheur

Le regard tourné vers l'avenir, le duo Kids Return signe son premier album.

© Ella Hermë

07 oct. 2022 à 14:57 - mise à jour 01 déc. 2022 à 08:39Temps de lecture5 min
Par Nicolas Alsteen

Jamais contre l’idée de se faire un film, les deux filous de Kids Return rêvent de déplacer la Tour Eiffel sur la plage de Malibu. Entre fantasmes californiens et traditions héritées de la French touch, le duo parisien signe "Forever Melodies", un premier album à ranger entre les disques de Sébastien Tellier et ceux de MGMT. Une excellente raison de rencontrer les garçons.

Fin de semaine. Sous le soleil de la Place de la République, les deux musiciens de Kids Return observent Paris et son train de vie. Tignasse foncée, le chanteur Adrien Rozé prend la pose (de midi) en compagnie de Clément Savoye, grand blond aux chaussures noires, responsable claviers et synthés au rayon chansons du nouveau "Forever Melodies", le premier album du duo. À bien des égards, ce disque automnal est la B.O. idéale d’un été indien. Mais avant de prolonger les plaisirs de la belle saison dans leurs chansons, Clément et Adrien sont allés à l’école. "Nous nous sommes rencontrés au collège en parlant de musique", retrace le chanteur. "On s’échangeait des bons plans à longueur de temps : des disques des Beatles, des Strokes, des Arctic Monkeys, etc. À partir de là, nous avons formé des groupes de rock, d'abord séparément, puis ensemble au sein d’une formation appelée Teeers..."

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Crever L’écran

Au moment où le monde s'enfonce dans la pandémie, Adrien Rozé et Clément Savoye décident de s'envoler pour Los Angeles. "Nous avions quatre dates de concerts là-bas avec Teeers", indique le claviériste. "Vu le contexte sanitaire, les autres musiciens du groupe ont préféré rester à Paris. Avec Adrien, nous avons pris le risque de partir. Nous devions rester aux États-Unis pendant un mois. Mais le coronavirus a changé la donne… Quatre jours après notre arrivée, nous avons dû rentrer précipitamment en France." Sur le vol du retour, les deux amis envisagent la possibilité de former un duo. "C'était une hypothèse, mais nous n'avions alors aucune certitude." L'évidence surgit, le 20 avril 2020, devant un écran de télévision. "Pendant le confinement, on se retrouvait pour mater des films ensemble", poursuit Clément Savoy. "Un soir, nous avons regardé "Kids Return", un classique japonais du réalisateur Takeshi Kitano. C’était super. Le lendemain, au réveil, j’entends qu’Adrien est en train de jouer du piano. En l’écoutant, je me suis dit que le moment était venu de travailler ensemble pour de bon." Inspiré par le film de Kitano, le nom du groupe témoigne d’une passion inébranlable pour le cinéma. "Pour la petite histoire, "Kids Return" n'est pas notre film préféré de Takeshi Kitano. Celui qu'on recommanderait à tout le monde sans hésiter, c'est "Hana-bi". Mais toute sa filmographie vaut le détour. En plus, les bandes originales sont incroyables. Elles ressemblent à des musiques de salles d’attente, mais elles cadrent parfaitement avec les intrigues." Chez Kids Return, le septième art est une affaire de famille. "Joseph Rozé, mon frère, et son pote Pablo Cotten sont en train de réaliser un long métrage "La Récréation de Juillet" (titre provisoire)", révèle Adrien. "Nous sommes en train de composer la bande-son : une trame instrumentale sur laquelle les acteurs viennent, ici et là, poser une voix."

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California love

Inspirées par les fantasmes d'une Californie éternelle, les chansons de Kids Return grimpent dans le grenier de la pop moderne pour y dénicher de vieux clichés ensoleillés : des vignettes dédicacées par The Mamas and the Papas ou The Beach Boys traînent ainsi dans le coffre au trésor du duo parisien. "Nous avons 25 ans. Pour des gens de notre âge, ces références sont un peu étranges. En réalité, ce sont des influences qui découlent des disques qu'on se faisait écouter à l’école. Chaque mardi, il fallait venir au bahut avec cinq albums différents. C'était une routine, un petit défi hebdomadaire. Cette habitude est restée. En tournée, par exemple, nous traînons bien souvent chez les disquaires. Nous achetons des vinyles neufs ou des trucs bon marché, mais jamais des bidules à 200 euros. Acheter de la musique, ça doit rester un truc accessible."

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Super 8, mega bien

Enregistré, à l'ancienne, sur une console analogique Neve (un matériel ultra culte au cœur de "Sound City", un documentaire réalisé par Dave Grohl), l’album "Forever Melodies" diffuse des sons chauds et granuleux. "Au-delà du rendu sonore, c’est une méthode de travail qui nous convient", commente Clément Savoye. "Enregistrer de la sorte, c'est assez artisanal, mais ça rend la démarche concrète. Chaque chanson découle d'un vrai rapport aux instruments. Toucher des synthés, une guitare ou une batterie, ça nous paraît plus excitant que de piocher des sons via un ordinateur. En studio, nos compos voyagent ainsi au gré du matos utilisé. Cette part d'inconnue s'intègre à notre processus créatif. Ça rend le truc plus ludique et, surtout, moins aseptisé." Dans le même ordre d'idées, les clips proposés par Kids Return misent, eux aussi, sur une dimension vintage. Tournées à la caméra Super 8, les vidéos du duo se parent en effet d'un petit air rétro. "De nouveau, c'est à l'image de notre démarche. Passer par une pellicule, c'est une contrainte artistique. À partir du moment où on ne peut pas tourner mille fois la même scène, ça nous oblige à une certaine rigueur. Que ce soit à travers la musique ou les clips, nous cherchons vraiment à capturer la magie de l'instant."

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Oracular Spectacular

Un pied dans le passé, l'autre tourné vers l'avenir, Kids Return diffuse sa pop moderne à la croisée des temps. Entre hier et aujourd'hui, le présent s'amplifie sous la couverture de "Forever Melodies". "Le titre de cet album est né au pied des Pyrénées, dans une maison, où nous avons composé une bonne partie de nos chansons", explique Adrien Rozé. "C’est là que nous avons parlé de l'intérêt d'enregistrer un disque. Au cours de notre discussion, nous avons abordé la question de la temporalité. L'idée de graver une mélodie intemporelle, de laisser une trace derrière nous, avait quelque chose de très romantique. Parallèlement à cette réflexion, "Forever Melodies" est aussi une sorte de mémo. Comme pour se rappeler de notre mission. Courir derrière de bonnes mélodies, c'est notre boulot." Sous les vagues synthétiques, de douces guitares psychédéliques et quelques lignes de basse acidulées, la proposition de Kids Return rappelle les arcs-en-ciel sonores autrefois déployés par MGMT. "Quand leur premier album est sorti, nous avions douze ans. "Oracular Spectacular", c'est un disque de chevet, un truc qui a compté", précise le claviériste. "Les harmonies vocales amenées par MGMT sont d'ailleurs à l'origine de notre façon d'appréhender le chant d'Adrien."

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Baptême de l’Air

Chantées en anglais, les mélodies de Kids Return gravissent aujourd’hui les montagnes hexagonales : des sommets déjà arpentés par Tahiti 80, Phoenix ou l’alpiniste Sébastien Tellier. "Au-delà des musiques de films et de nos inspirations californiennes, nous restons un groupe français", souligne Adrien Rozé. "Nous avons grandi sur les cendres de la "French touch". C'est une mouvance musicale indissociable de la vie culturelle à Paris. D'ailleurs, pour l'anecdote, c'est en écoutant Air, avec la bande originale de "The Virgin Suicides", que nous avons évoqué, pour la première fois, la possibilité de monter un groupe à deux. Air, c'est une source de motivation : la preuve ultime que deux Français peuvent, sur la foi de bonnes compos, envisager de faire une carrière à l'étranger." Sur ce, pas de souci : Kids Return semble bien parti.

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