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Kids With Buns : Nouvelles têtes de série

Amber Piddington et Marie Van Uytvanck, les deux têtes pensantes de Kids With Buns

À côté des succès de Balthazar et Meskerem Mees, les deux filles de Kids With Buns offrent un nouveau visage à la pop venue du nord. Des idéaux, une voix androgyne et un timbre mélancolique façonnent ici d'autres façons de voir le monde. Quelque part entre Phoebe Bridgers, Alt-J et London Grammar, les confessions intimes de Kids With Buns transcendent la solitude, l'aliénation et l'égocentrisme de nos sociétés pour délivrer des chansons chargées de sens. Rencontre avec JAM.

Avant une tournée en compagnie de Balthazar et deux soirées jouées à guichets fermés du côté de l'AB, Amber Piddington et Marie Van Uytvanck s'attablent en compagnie de JAM. pour évoquer la sortie du premier EP de Kids With Buns. Plus qu'un disque, "Waiting Room" est une véritable déclaration d'intention. Révélation belge de l'année, la paire s'affirme en effet à l'écart des sentiers battus, traçant volontiers de nouveaux itinéraires à l'attention d'une génération en quête de points de repère. Âgées respectivement de 20 et 22 ans, les deux chanteuses se frottent ainsi aux tabous, sujets sensibles et autres réalités de la communauté LGBTQIA+. "Il y a quelques mois, notre label nous a demandé de choisir un premier single", commence Amber Piddington. "À l'époque, le gouvernement venait de prolonger le confinement. Ce contexte nous a poussé vers "Waiting Room". Ce titre faisait écho à l'actualité, mais aussi à la période durant laquelle nous avons composé le disque. C'est pour cette raison que la chanson donne son titre au EP. Et puis, c’est une porte d'entrée idéale pour appréhender notre musique."

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Concours de circonstances

Les routes de Marie Van Uytvanck et Amber Piddington se croisent pour la première fois, en 2018, dans le cortège multicolore de la Gay Pride, à Anvers. "Après cette rencontre, nous nous sommes complètement perdues de vue", indique Marie Van Uytvanck. "De mon côté, je me suis inscrite à Sound Track, un concours musical qui s'adresse aux artistes émergents. Je devais jouer un showcase devant un jury en vue de me qualifier pour le tour suivant. Mais la personne qui devait m'accompagner sur scène est tombée malade juste avant le concert. Au même moment, Amber m'a envoyé un petit message pour prendre des nouvelles. Comme rien ne fonctionnait comme prévu, elle m'a proposé d'assurer le remplacement au pied levé. Nous avons répété pendant tout un week-end... pour être éliminées du concours dès le premier tour. C'était une déception. Mais avec du recul, cette élimination tombait sous le sens. Récemment, nous avons réécouté cette première prestation. C'était affreux. Le bon côté des choses, c'est que nous avons continué à jouer ensemble." Les deux filles vont ensuite jouer la gagne. En 2020, elles atteignent les demi-finales du prestigieux Humo's Rock Rally. L'année suivante, elles remportent haut la main "De Nieuwe Lichting", tremplin radiophonique imaginé par nos collègues de Studio Brussel. "Nous avons gagné grâce à la chanson "Bad Grades". Au-delà de la victoire, cette reconnaissance donnait vraiment un sens à notre collaboration. Car "Bad Grades" est le premier morceau que nous avons entièrement composé à deux."

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Le juste milieu

Musicalement, la recette élaborée par Kids With Buns tient à des ingrédients dénichés dans les cuisines de Phoebe Bridgers, Alt-J, Balthazar ou London Grammar. "C'est amusant, parce que nos goûts musicaux sont partagés entre deux extrémités", indique Amber. "Marie adore les musiques de Kris De Bruyne, Eefje de Visser ou Spinvis : des artistes que l'on rassemble sous l'étiquette "Kleinkunst". C'est un terme typiquement flamand pour évoquer des personnalités qui chantent des trucs doux en néerlandais, avec une instrumentation simple, généralement acoustique. Pour ma part, je suis plutôt branchée emo-punk et metal. J'adore les disques de Black Sabbath, Architects ou Bring Me the Horizon, par exemple. Sur papier, nos préférences musicales peuvent sembler inconciliables. Pourtant, on se retrouve toutes les deux derrière la musique d'un artiste comme Nick Drake."

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Appel d'urgence

De nature ténébreuse et mélancolique, la musique de Kids With Buns va s'offrir une place au soleil via un numéro d'appel d'urgence : "1712". Cette ligne téléphonique, mise en place (en Flandre) pour signaler toutes formes d’abus, de violence et de maltraitance (d’enfants) est aux origines du premier single officiel du duo. "Quand j'ai entamé mes études universitaires, j'ai réalisé que mes potes n'avaient pas forcément eu la même enfance que moi", indique Amber Piddington. "Cette réalité nous a conduit à une réflexion sur les thèmes abordés dans nos chansons. Traditionnellement, notre style musical est un vecteur idéal pour des ballades romantiques ou des histoires d'amour un peu tristes. En revanche, aucun morceau n'aborde une thématique aussi sensible que les violences domestiques... Assez naïvement, nous avons voulu aborder ce sujet. Le morceau "1712" est né de l'envie de porter cette question sur la place publique." Publié le 17 décembre 2020, le premier single de Kid With Buns suscite un mélange de joie et d'émoi, de réactions positives et de compassions collectives qui, rapidement, vont prendre des proportions inattendues. "Le succès de cette chanson nous a confronté à un sentiment ambivalent. D'un côté, il y avait la satisfaction d'entendre le morceau à la radio. D'un autre côté, il y avait beaucoup d'incompréhension et de tristesse. Car de nombreuses voix se sont manifestées pour partager leurs traumatismes. Il fallait se rendre à l'évidence : le problème de société abordé dans "1712" était bien plus grave et conséquent que tout ce qu'on chantait un peu naïvement."

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Des chiffres, des lettres et des maux

Au-delà du numéro d'appel d'urgence, les deux filles de Kids With Buns semblent nourrir une obsession pour les chiffres. À cet égard, le morceau "Numbers" est assurément un joli tour de force arithmétique : une mélodie poignante à écouter au plus près d'un boulier-compteur. "Cette chanson, c'est ce que je livre de plus personnel", confesse Amber Piddington. "Par le passé, j'étais obsédée par mon apparence. Je détestais mon image. Alors, je suivais des régimes drastiques, des programmes de bien-être hyper stricts. "Numbers" revient sur cette période de ma vie. Tous les chiffres énoncés dans ce morceau correspondent en réalité à des tailles idéales, des masses calorifiques, des poids optimisés, etc... "Numbers" n'est pas une critique adressée à celles et ceux qui sont là-dedans. Il ne s'agit en aucun cas d'un discours moralisateur. C'est juste un morceau qui parle de moi, de mon rapport obsessionnel aux images standardisées imposées par la société. Aujourd'hui, je suis capable de parler de tout ça, de l'écrire dans une chanson. Parce que je suis sur le chemin de l'acceptation. Pourtant, chaque jour, je m'interroge. Pourquoi me suis-je infligée tout ça ?"

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Dream team

Chignons sur la tête et premier EP sous le coude, Kids With Buns déballent aujourd'hui six chansons produites en bonne compagnie. Corps et âme du projet The Bony King of Nowhere, Bram Vanparys se porte ainsi au chevet de trois morceaux ("Waiting Room", "The Snakes", "Numbers"), tandis que l'ingé-son Mathias Stal (Jakomo, Pink Room) prend soin des beaux "Bad Grades" et "1712". Bien épaulées, les filles peuvent également compter sur le savoir-faire de Daan Schepers (Balthazar, Eefje de Visser) pour parfaire la mélodie de "Untitled". La prouesse de cette garde rapprochée est indiscutablement d'avoir réussi à préserver l'intensité, le charme fragile, et toutes les tensions qui traversent "Waiting Room", antichambre d'une pop sophistiquée et gracieuse, engagée en faveur d'un changement de société. Un bon début, pour sûr.

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