Football

Kompany : de Vince à Vince

Vincent Kompany

© RTBF/Belga

18 août 2020 à 08:41Temps de lecture3 min
Par Vincent Langendries

Autant vous le dire d’emblée. Je ne sais pas ce qu’il adviendra de Vincent Kompany l’entraîneur. Mais je peux juste attester de ce qu’a été Vincent le joueur, de ce que Kompany l’homme a représenté.

J’avoue. La neutralité journalistique est sacrée. Mais les attaches humaines ne sont pas codifiées par des règles déontologiques. Alors aujourd’hui, à l’heure de tirer un trait et un bilan de l’immense carrière de "Vince The Prince", permettez-moi de lui adresser ces quelques mots et sentiments.

17 ans d’âge, de carrière et d’écart

Vincent… j’ai croisé ta route d’adolescent alors que je bourlinguais déjà au sein de la rédaction sportive depuis quelque temps. De suite, le gamin du nord de Bruxelles m’a épaté sur le terrain. A 17 ans déjà. Nul besoin de détailler la classe et l’aisance qui se dégageaient de toi. Mais, protégé d’emblée par la cellule communication du Sporting d’Anderlecht, on attendait impatiemment de t’entendre. Et là, une fois l’autorisation d’un premier micro tendu, le charisme a opéré de suite. Intelligent, racé et maître des mots choisis, pensés, pesés mais déjà tous emprunts de sincérité. Moi le journaliste, de 17 ans ton aîné, je savais que quelque chose de lumineux s’ouvrait devant moi, devant nous. Une carrière éclairante faite de 17 saisons de professionnalisme.

Ne jamais perdre la trace

A peine le temps de quelques rencontres belges et notre territoire s’avère trop petit pour ce talent immense. Te voilà parti pour une fameuse route. De Hambourg à Manchester City. Car oui, avec le Sporting, tu n’auras connu que trois clubs. La fidélité est un maître mot chez toi. Fidèle aux principes inculqués, aux valeurs insufflées par tes parents, par ta famille. Elle qui compte plus que tout pour toi. Elle qui comptera toujours plus que le reste.

En 2006, tu quittes donc le nid bruxellois pour l’étranger. Personne ne l’imagine encore vraiment mais tu es parti pour 13 années de voyage. Loin des yeux mais toujours proche du cœur de ceux et celles que tu as séduit, lors de tes premiers pas sur les pelouses de notre royaume. 13 années qui auraient pu nous faire perdre le lien. Mais il n’en sera rien.

Diable toujours

Kompany le guide
Kompany le guide © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Car durant tout ce temps de la transhumance, il est un lien qui nous unit. Un lien diablement vissé au corps. Une équipe nationale que tu portes dans ton cœur, comme personne avant toi. Quand personne n’y croit, toi… tu as cette foi viscérale qu’un jour la Belgique du football sera à nouveau fière de ses couleurs. Alors tu tentes de montrer la voie, tu motives, tu es le phare dans la nuit sombre que les Diables traversent. Jusqu’à l’avènement de quelques gamins aux pieds d’or que tu guides à leurs débuts. Eden, Kevin, Romelu, Youri et d’autres te respectent tant. Tu es leur capitaine. Tu es leur chef de guerre. Lukaku l’a dit : " Sans toi, je ne serais pas là, nous ne serions pas là… ". Ou du moins pas là comme cela, avec autant de confiance en soi.

J’ai la chance d’être aux côtés des Diables depuis 2012. Et j’ai donc eu la chance de voir la progression de cette équipe que tu as contribué à façonner avec ton esprit de chef de meute. Même si, aux yeux de certains, tu prenais parfois trop de place. On te doit beaucoup pourtant. Footballistiquement mais aussi sur le plan des idées novatrices (les défis des Diables par exemple) contribuant à tisser un lien fort avec le public, avec les jeunes.

Souvenirs

Vince… tu marques ton époque. Et ici je ne parle pas de tes qualités footballistiques mais de celles qui font les hommes. Parmi les souvenirs de ces matchs de qualifs ou de ces deux coupes du monde (2014 et 2018) vécues en commun…, il y a les moments de doute. Les moments inoubliables aussi. Les victoires, les scènes de liesse, le balcon de l’hôtel de Ville de Bruxelles où j’ai eu le privilège de te côtoyer. De t’annoncer à une foule en délire. Toi… ce jour-là, le citoyen belge d’origine congolaise, heureux de cette mixité qui fait notre force. La main sur le front comme pour regarder au loin ce peuple si joyeux. Croyant à un mirage… mais non… l’eau de l’oasis des Diables nous avait bien abreuvé de bonheur. Y croyais-tu ? Toi le gamin qui, jadis, passait près de la Grand Place avec son cartable et qui ce jour de juillet 2018 l’avait remplie de tant de bonheur noir-jaune-rouge. En faisant battre le cœur d’un pays rassemblé derrière ton drapeau. Je retiendrai aussi ce match où tu t’éclates le nez dans un duel. En sang, tu insistes et prends le risque de poursuivre. Le médecin de l’équipe nationale en frissonne encore. Tu fais cela car un capitaine ne peut abandonner le navire.

L’homme tel qu’il est

Kompany : de Vince à Vince

Mais ce que je retiendrai avant tout de ces années diablement belles, c’est le Vincent tel qu’il est. Comme ce jour de match très important. Tu as d’autres chats à fouetter que de penser au journaliste que je suis sur le bord de touche. Et moi, je ne veux, en aucun cas, troubler la concentration des Diables. Mais tu fais un large détour pour venir me saluer… comme à chaque fois que l’on se croise. Pas de meilleure preuve que l’homme est éduqué. Bien entendu, tu n’es pas plus saint qu’un autre homme, mais le joueur que tu étais va me manquer, va nous manquer. L’homme lui, j’en prends le pari, ne changera pas. Alors bonne route à toi Vincent.

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