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L'acteur Jean-Louis Trintignant est décédé à l'âge de 91 ans

Jean-Louis Trintignant, un géant du cinéma français, a quitté la scène.

Figure incontournable du cinéma et du théâtre français, Jean-Louis Trintignant est décédé vendredi à l'âge de 91 ans, a annoncé à l'AFP son épouse Mariane Hoepfner Trintignant via un communiqué transmis par son agent.

L'acteur de "Et Dieu... créa la femme" et "Amour" est "mort paisiblement, de vieillesse, ce matin, chez lui, dans le Gard, entouré de ses proches", a précisé son épouse. 
 

Trintignant à Vienne, en 2017
Trintignant à Vienne, en 2017 HERBERT NEUBAUER – AFP

Un géant. Trintignant, un géant du cinéma français. Pendant 60 ans, il a régné sur le cinéma populaire et d’art et essai et écrit, avec de fabuleux réalisateurs, quelques grandes pages du 7e art. Retour sur la carrière exceptionnelle d’un formidable comédien doublé d’un grand séducteur. Carrière qui va d’ailleurs de Et Dieu… créa la femme à… Amour.


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Depuis tout jeune passionné par la poésie et les vers, Trintignant commença d’abord à exprimer son art sur les planches de théâtre. A l’entame des années 50, il joue McBeth. Fin de la décennie, ce sera Hamlet, du même Shakespeare.

Le cinéma, ce sera pour 1956. Et les débuts vont être fracassants. Le réalisateur Roger Vadim va mettre Bardot et Trintignant sur une orbite… internationale. Film sur l’émancipation du désir féminin, il déchaînera les passions. Polémique, succès (colossal aux Etats-Unis) et censure, l’encre va couler dans les journaux. Brigitte Bardot, elle, est propulsée sex-symbol mondial et Saint-Tropez deviendra bientôt le centre de la jet-set européenne.

Côté cœur, les temps sont aussi aux émois. Vadim était mariée avec Bardot. Trintignant avec l’actrice Stéphane Audran. Bardot et Trintignant vont tomber amoureux. Les couples explosent.

"Et Dieu… créa la femme" de Roger Vadim (1956)

Extrait Dailymotion

Extrait du film "Et dieu... créa la femme"

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Tourbillon sentimental

- – AFP

Cependant, l’aventure Bardot-Trintignant ne tiendra pas longtemps. Bardot partira bientôt avec Bécaud. Trintignant va rencontrer Nadine, qui deviendra bientôt Nadine Trintignant. Et Roger Vadim (qui bientôt rencontrera Deneuve), de tourner un nouveau film "dérangeant", Les liaisons dangereuses 1960, en 1959. Trintignant est de la partie.

Les années 60

Les sixties vont conforter la grande carrière du comédien originaire des environs d’Orange (Vaucluse). Succès avec Austerlitz (Abel Gance, 1960), Merveilleuse Angélique (Bernard Borderie, 1965), Paris brûle-t-il ? (René Clément, 1966). En 1962, il file à toute allure sur les routes des environs de Rome aux côtés de Vittorio Gassman pour le cultissime Fanfaron (Dino Risi, 1962). Fresque sur le miracle économique italien, toute en légèreté, il y campe un jeune homme timide qui va suivre le tourbillon Gassman pour une aventure épique.

Jean-Louis Trintignant
Jean-Louis Trintignant
Jean-Louis Trintignant

Puis vint, la même année, un autre jalon dans la vie professionnelle de Trintignant. 1966 c’est Anouk Aimée. Et Lelouch. Et Un homme et une femme. Sur la plage de Deauville, le couple de cinéma fait des étincelles. S’enlaçant sans fin. La caméra, elle, virevolte. Palme d’or en 1966 et oscar du meilleur film étranger (et du meilleur scénario) l’année suivante, c’est le triomphe.

"Un homme, une femme" de Claude Lelouch (1966)

Bande-annonce : Un homme et une femme

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Cinéma engagé

La fin de la décennie sera aussi un grand cru. Toujours dans le cinéma d’auteur, avec Ma nuit chez Maud, d’Eric Rohmer. Mais aussi dans les films d’Alain Robbe-Grillet. Et bientôt dans le Conformiste de Bernardo Bertolucci (1970). Trintignant s’illustre aussi dans le cinéma engagé de Costa-Gavras. Grâce à Z, charge à peine voilée contre la "Grèce des colonels", en 1969, la Palme d’or de Cannes revient aux mains du comédien (le film sera également couronné de l’oscar du meilleur film étranger). Il y interprète un juge d’instruction opiniâtre se démenant pour comprendre l’assassinat d’un député de l’opposition (Yves Montand), crime déguisé en accident.

"Z" de Costa-Gavras (bande-annonce)

Z (1969) Bande Annonce VF [HD]

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Les années 70

L'acteur en 1981

Années très prolixes au cinéma encore pour l’acteur. Il tourne encore avec Claude Lelouch (Le Voyou, 1970), Alain Robbe-Grillet, Jacques Deray (Flic Story, 1975), mais aussi Robert Enrico (Le Secret, 1974), Valerio Zurlini (Le Désert des Tartares, 1976), Christian de Chalonge (L’argent des autres, César du meilleur film en 1979). Trintignant réalisera aussi deux films : Une journée bien remplie (1973) et le Maître-nageur (1979).

Jean-Louis Trintignant dans "Le conformiste" en 1970
Jean-Louis Trintignant dans "Le conformiste" en 1970 Michael Ochs Archives – Getty Images

Le pilote automobile

Jean-Louis Trintignant sur le circuit de Montlhéry (sud de Paris), en 1985

Chez les Trintignant, la course automobile, c’est une affaire de famille. Trois oncles du comédien ont connu gloire (et parfois drame) dans le passé : Louis, Henri et surtout Maurice. Ce dernier, décédé en 2005, fut un grand champion de formule 1 dans les années 50. C’est naturellement que Jean-Louis attrapa aussi le virus de la vitesse. Fin des années 70, il deviendra même professionnel. Rallye et courses sur circuits au menu. Trintignant participera par exemple six fois au rallye de Monte-Carlo, aux 24 heures du Mans, et terminera second des 24 heures de Spa en 1982. C’est au milieu des vrombissements de pistons qu’il rencontrera un nouvel amour, Marianne Hoepfner. Ils se marieront en 2000, après avoir divorcé de Nadine.

Les années 80 et 90

Retour au cinéma. Trintignant poursuit sur sa lancée au début des années 80 avec Christian de Chalonge dans Malevil. Il tourne pour François Truffaut dans Vivement Dimanche ! en 1983 (aux côtés de Fanny Ardant), mais aussi dans le Grand Pardon d’Alexandre Arcady (1982). S’ensuivront des collaborations avec André Techiné, Philippe Labro, Enki Bilal. Et un retour chez Claude Lelouch. En 1986, il réunit Aimée et Trintignant pour Un homme et une femme : vingt ans déjà.

Fait étonnant, on le retrouve également au générique d’un autre grand chef-d’œuvre du XXe siècle. Un chef-d’œuvre d’un tout autre genre : Shining, de Stanley Kubrick. Le réalisateur de génie l’a voulu, et ce pour doubler Jack Nicholson.

Les années 90 arrivent à grands pas, et Trintignant est toujours là. Et bien là. Plus discrètes au cinéma, les œuvres restent minutieusement choisies. On le retrouvera ainsi dans Merci la Vie (Bertrand Blier, 1991), Trois couleurs : Rouge (Krzysztof Kieślowski, 1994), Regarde les hommes tomber et Un héros très discret (Jacques Audiard, 1994 et 1996), et l’incontournable Ceux qui m’aiment prendront le train (Patrice Chéreau, 1998)

Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant à Paris, le 2 mai 1984
Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant à Paris, le 2 mai 1984 DOMINIQUE FAGET – AFP

Le drame

Marie et Jean-Louis Trintignant sur scène pour "Comédie sur un quai de gare" en 2001 au théâtre Hebertot

La vie de Marie va basculer une nuit de juillet 2003 dans un hôtel de Vilnius. Bertrand Cantat la frappe. Celui-ci appellera son frère Vincent à l’aube. Marie est dans le coma. Elle décédera de 1er août.

Jean-Louis en restera, toute sa vie durant, profondément meurtri.


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Trintignant se met à l’écart

Mathieu Kassovitz, Isabelle Huppert, J-L Trintignant et Michael Haneke présentent "Happy End" à Cannes (2017)
Tapis rouge cannois en 2019
Roger Dumas et Jean-Louis Trintignant dans la pièce de Samuel Benchetrit dans "Moins Deux" au théâtre Hebertot à Paris en 2005
En compagnie d’Isabelle Huppert au festival de Cannes 2017
En compagnie d’Isabelle Huppert au festival de Cannes 2017 LOIC VENANCE – AFP

Retour à Cannes avec "Amour"

Trintignant et Riva, avec tendresse
Devant les photographes, Audrey Tautou, E. Riva, M. Haneke, J-L Trintignant et Adrien Brody
Emmanuelle Riva, Michael Haneke et J-L Trintignant avec la Palme d’or du festival de Cannes 2012

Début des années 2010, il cède aux sirènes cinématographiques du maître autrichien Michaël Haneke. Dans le rôle d’un vieil homme accompagnant la fin de vie de son épouse, il touche au cœur. Le film "Amour", qu’il tourne avec Emmanuelle Riva, sera un succès critique et public. A Cannes, l’année suivante, il recevra la Palme du meilleur acteur.

Bande-annonce

Amour - Bande annonce (VF)

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Discrétion

Il se laissera convaincre par le même Haneke cinq ans plus tard pour jouer dans Happy End, aux côtés d’Isabelle Huppert. Puis ce sera autour de Claude Lelouch pour Les plus belles années d’une vie. Dans le film, il retrouve Anouk Aimée pour Les Plus Belles Années d’une vie, le "troisième tome" d’Un homme et une femme.

A l’été 2018, le comédien annonce qu’il souffre d’un cancer. "Je ne me bats pas. Je laisse faire. J’ai trouvé un médecin marseillais qui essaie un nouveau truc. Je ne fais pas de chimio, même si j’y étais prêt" explique-t-il. Et le comédien, âgé de 87 ans, précise : "Le cinéma, c’est fini"Il choisit de se mettre en retrait des plateaux.

Le comédien à Cannes en 2017
Le comédien à Cannes en 2017 LOIC VENANCE – AFP

La Trois lui rend hommage en diffusant "Happy End" , un de ses derniers films, ce vendredi 17 juin à 20h35. 

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