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Santé & Bien-être

L'agriculture sociale : une thérapie verte

29 janv. 2022 à 11:59Temps de lecture2 min
Par Véronique Fouya

"Quand Pascal m'a demandé d'apporter la casserole avec la tête de cochon, en bonne citadine, je suis allée chercher un récipient décoré avec une jolie tête de porc; mais ce n'était pas de cela qu'il s'agissait évidemment, c'était bien d'une vraie tête qu'il était question!", raconte Virginie en souriant . C'était il y a un an. Elle découvrait le monde agricole à 47 ans, pas par vocation tardive , mais sur les conseils de sa psy. 

L'agriculture sociale, ce n’est pas vraiment une thérapie, plutôt une façon originale de se remettre en mouvement au contact du vivant. Laure Hosselet , psychologue dans un centre de santé mentale préconise régulièrement cette approche pour certains patients.

"On peut recommander cette démarche à des patients pour lesquels quelque chose s'est arrêté, s'est figé ; des personnes qui ont du mal à se remettre dans un rythme, à créer des liens sociaux; ce genre de projets permet de se reconnecter avec le vivant". Virginie vient donc à la ferme une fois par semaine pour épauler Pascal, l'agriculteur qui la reçoit dans sa ferme de Sart-Dames -Avelines. Chacun y trouve son intérêt : elle découvre un monde simple, centré sur l'essentiel, en accord avec ses valeurs écologiques. Et pour Pascal, qui travaille en solitaire toute la semaine , ce coup de main bénévole est le bienvenu et il rompt agréablement sa solitude.

Si pas mal de bénéficiaires de l'agriculture sociale fréquentent des services de santé mentale, d'autres portes d'entrée existent comme les CPAS par exemple et la démarche peut également être volontaire.

Ryan lui, passe la semaine et le week-end en IMP, il a 16 ans. Ce sont ses éducatrices qui ont pensé à cette fenêtre ouverte sur le monde . Une matinée par semaine , Ryan assiste donc Daniel, un producteur de lait établi à Etalles. Le jeune homme découvre d'autres repères, d'autres modèles et il peut évoluer ici sans avoir le regard des professionnels qui s'occupent de lui. C'est un espace de liberté qui lui appartient et dans lequel il grandit aussi.

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Prendre soin des vivants

Les projets peuvent être collectifs aussi et induire une autre dynamique. A Genappe, Jérémy Vermeiren accueille chaque semaine un petit groupe qui l'aide dans ses activités de maraîchage. La démarche lui semble toute naturelle : "Je suis un agriculteur qui ouvre son coeur ; mon père était schizophrène , j'ai vécu avec lui et les gens différents ne me font pas peur." Chaque semaine , il retrouve donc sa petite troupe de bénévoles : il y a là Jean-Philip qui est passé par un burn-out et ressent le besoin de faire une pause. Béatrice profite de ce cadre depuis 6 ans et depuis lors, elle peut se passer de son psychiatre. On croise aussi Claire occupée à récolter les carottes et qui, l'âge de la retraite venu, trouve ici une manière de rompre son isolement. Le dos courbé sur le sol, binette en main, chacun panse ici ses petits ou grands bobos, libre à lui de les partager ou pas. Ce qui est primordial, c'est la dynamique de vie que cela engendre, les liens qui s'établissent et le sentiment d'être utile aussi. Samuel Hubaux qui encadre le projet via l'ASBL "Nos Oignons" l'observe sur le terrain : "Pour les bénéficiaires, c'est important de se sentir accueilli , dans une famille parfois,  mais le fait d'avoir une réelle utilité et de participer à la vie de la ferme  l'est tout autant."  

Un chemin thérapeutique

Peut-on parler de traitement? Pas à proprement parler bien sûr. Mais tous les jardiniers le savent , mettre les mains dans la terre comporte une dimension thérapeutique. En Wallonie, quelques 300 personnes participent déjà à 17 projets de ce type. Ailleurs en Europe, la pratique est plus ancrée : Aux Pays-Bas , l'agriculture sociale fait partie des soins de santé et elle est reconnue comme telle par la sécurité sociale .

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