Ecologie

L'arbre qui gâche la forêt : haro sur la monoculture de pins en Allemagne

L'arbre qui gâche la forêt : haro sur la monoculture de pins en Allemagne.

© Ina FASSBENDER/AFP

22 nov. 2022 à 18:00Temps de lecture3 min
Par RTBF avec ETX

A la place d'un océan de verdure, des troncs calcinés et des cimes roussies : les plantations de pins allemandes ont payé un lourd tribut aux incendies de l'été. Mais les forestiers travaillent déjà à faire renaître des massifs plus divers et résistants.

Le pays s'est engagé dans la diversification de ses forêts

En se promenant parmi les squelettes de conifères dans les bois entourant la ville de Beelitz (est), Martin Schmitt désigne "les troncs d'arbres carbonisés qui ont brûlé sur l'extérieur. Si on lève les yeux, on peut déjà voir de nombreuses cimes brunes". En juin et juillet, les incendies ont consumé 200 hectares de forêts sur le territoire de la commune et plus de 1400 dans l'ensemble du Land de Brandebourg, voisin de Berlin. 

Les dégâts peuvent paraître limités au regard du bilan des feux, aggravés par la sécheresse, qui ont touché cet été d'autres pays, comme la France. Mais dans cette région allemande, c'est environ trois fois et demie plus que la moyenne des dix dernières années. 

Les forestiers comme Martin Schmitt ont désormais une mission : introduire de la diversité dans la traditionnelle monoculture d'épicéas et de pins qui caractérise de nombreuses régions du pays.

"La transformation des forêts est le travail de base de ma génération", assure cet agent communal.

Si l'Allemagne fait partie des pays les plus boisés d'Europe, ce patrimoine végétal est affaibli par le choix, pour des raisons économiques après la Seconde Guerre mondiale, de privilégier les exploitations de conifères, qui représentent près de la moitié des forêts du pays.

La sécheresse et le scolyte ont ravagé les conifères

Depuis plusieurs années déjà, ces forêts se meurent. Avec le réchauffement climatique, les conifères, dont le système racinaire est peu profond, manquent d'eau et sont incapables de produire la résine qui les protège des parasites. Et le scolyte, une sorte de mini-scarabée, ravage les épicéas fragilisés, laissant derrière lui des ossatures d'arbres gris-bruns, sans feuilles ni épines.

Un traumatisme dans un pays où la forêt revêt une dimension quasi mythique, servant de décor à nombre de contes et légendes. Avec ses immenses étendues de bois, le Brandebourg a commencé à abandonner la monoculture d'arbres dans les années 90 mais la tâche est titanesque.

Paradoxalement, l'intensité des feux de forêt peut accélérer le processus. A quelques kilomètres des squelettes d'arbres, Martin Schmitt montre une parcelle de forêt d'épicéas qui a brûlé en 2018. "Trois ans plus tard, nous y avons des arbres, certains font plus de six mètres de haut", poursuit-il en montrant les chênes et les trembles qui ont naturellement pris racine. Dans les mois suivant l'incendie, "tout était encore complètement brun, un désert complet, pas une feuille verte", se souvient-il.

Reboisement : une chance à saisir

A Beelitz, les surfaces brûlées vont maintenant être laissées au repos afin de déterminer quels arbres se rétablissent. A terme, il est prévu que des arbres à feuilles caduques prennent la place des épicéas qui ne se régénèrent pas. Une forêt mixte est généralement plus résistante : les arbres à feuilles caduques, en particulier, rejettent de l'eau dans l'air dans un processus appelé "transpiration" à un rythme plus élevé que les conifères. En conséquence, "la forêt est beaucoup, beaucoup plus fraîche et le risque d'incendie est donc beaucoup plus faible que dans une forêt de pins pure", explique le forestier.

Le gouvernement a chiffré à 450.000 hectares les zones devant être reboisées en Allemagne dans les prochaines années en raison des dommages subis par la forêt. Une enveloppe de plus d'un milliard d'euros a été débloquée.

C'est le bon moment pour faire avancer la transformation de la forêt, estime aussi Ingolf Basmer, agent forestier de la région du Brandebourg : "Nous devons considérer cela comme une opportunité de développer des peuplements forestiers diversifiés et de ne pas retomber dans le piège de l'uniformité, de l'homogénéité". 

Pour la sylviculture, c'est un défi de planifier à long terme dans un environnement qui change rapidement en raison de la crise climatique. "Mais nous devons vraiment commencer à forcer un peu les choses, pour ne pas perdre un temps que nous n'avons pas vraiment", assure M. Basmer.

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