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L'arrivée de la variole du singe a-t-elle été planifiée ? Ce que l’on sait sur ce calendrier annonçant son arrivée pour le 15 mai

27 mai 2022 à 11:55 - mise à jour 28 mai 2022 à 13:24Temps de lecture5 min
Par Ambroise Carton (RTBF Info)

"Quelle est la probabilité qu’un truc comme ça arrive ??? l’OMS a fait une simulation en mars 2021 pour une épidémie de Monkeypox (variole du singe) qui commencerait le 15 mai 2022 !" Ce message, posté sur Twitter le 20 mai dernier, a été partagé plusieurs milliers de fois. Il est accompagné d’une capture d’écran d’un calendrier qui fixe le début de "l'attaque" au 15 mai de cette année. Soit exactement au moment où de nouveaux cas de la variole du singe ont été signalés dans les médias.

Le document en question est en fait issu d’une simulation imaginée par la Nuclear threat initiative (NTI), "une organisation à but non lucratif et non partisane" dont le but est de "réduire les menace nucléaires et biologiques qui menacent l’humanité". Ce n'est donc pas l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui en est à l'origine.

Le scénario présenté dans ce document devenu viral est totalement fictif. Et la date du 15 mai 2022 relève selon ses auteurs de la "pure coïncidence". Si le choix s'est porté sur la variole du singe, c'est notamment parce que cette maladie "figure depuis longtemps sur la liste des menaces qui inquiètent" la communauté scientifique depuis plusieurs années. En témoignent les nombreuses publications sur le sujet ces dernières décennies.

NTI organise régulièrement des simulations de catastrophes. Objectif : bâtir un scénario fictif sur une menace jugée bien réelle et rassembler des experts de la question. Ceux-ci sont chargés d’évaluer le degré de préparation de l’humanité pour y faire face.

Le 17 mars 2021, l’organisation qui s'était pour l'occasion associée à la Conférence de Munich sur la sécurité a donc soumis l’histoire suivante à un panel de spécialistes réunis par visioconférence : "L’exercice mettait en scène une pandémie mondiale mortelle impliquant une souche inhabituelle du virus de la variole du singe, apparue dans la nation fictive de Brinia et qui s’est propagée dans le monde entier en 18 mois."

La même source imagine la fin suivante : "En fin de compte, le scénario de l’exercice a révélé que l’épidémie initiale avait été causée par une attaque terroriste utilisant un agent pathogène fabriqué dans un laboratoire dont les dispositions en matière de biosécurité et de sûreté biologique étaient inadéquates et dont la surveillance était faible. À la fin de l’exercice, la pandémie fictive a entraîné plus de trois milliards de cas et 270 millions de décès dans le monde."

Ce scénario et les conclusions qui en ont découlé sont reprises dans un document mis en ligne en novembre 2021. La capture d’écran du tweet évoqué en début d’article se trouve à la page 10 d’un PDF à retrouver en intégralité en cliquant ici.

NTI n’a fait aucun mystère autour de cette histoire. L’ONG a communiqué dès le 18 mars à ce propos via les réseaux sociaux - captures d'écran à l'appui - et sur son site internet. On est donc loin du complot qui, selon le Larousse, vise à "préparer secrètement une action, en général hostile, néfaste" ou à "former des projets secrets, mystérieux".

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La liste complète des participants à l'exercice en mars 2021 (rapport publié en novembre de la même année).

Il s’agit bien d’un exercice. Une histoire fictive. Un scénario mis au point pour susciter la réflexion face à des menaces jugées importantes par NTI. Des scénarios catastrophes comme celui-là, l’organisation en a imaginé d’autres par le passé (liens vers les rapports de 2019 et 2020 et la présentation de la simulation 2022). Celui de 2021 sur la variole du singe a réuni une vingtaine de personnes de différents continents par visioconférence. Parmi eux, le belge Luc Debruyne, ancien de GSK.

Les experts ont synthétisé leurs observations dans une série de conclusions qui font régulièrement référence à l’épidémie de Covid-19. "Les participants à l’exercice [de mars 2021] ont discuté de la nécessité d’augmenter considérablement les financements pour mieux se préparer en cas de pandémie. Bien qu’ils aient convenu que des choix politiques erronés et des échecs de leadership avaient profondément contribué aux mauvais résultats des pays dans leur réponse face au COVID-19, ils ont également convenu que les investissements pour se préparer avant une pandémie sont essentiels", peut-on lire dans le document final.

Interrogée par France 24, Jaime Yassif, vice-présidente de NTI, fait aussi le parallèle avec le Covid-19 qui a eu "des effets dévastateurs à l’échelle mondiale". Dans ce contexte, "nous pensons qu’il y a le risque d’un événement biologique à venir avec des conséquences d’ampleur dont l’impact pourrait être aussi grave, voire pire, que l’actuelle pandémie", a-t-elle déclaré à nos confrères. Ces derniers qualifient au passage cette histoire de "simulation de pandémie prise au pied de la lettre".

Selon Jaime Yassif, "le monde n’est absolument pas préparé à se prémunir contre de futures pandémies et nous devons prendre des mesures urgentes pour remédier à cette vulnérabilité".

Pourquoi alors avoir choisi la variole du singe dans le cadre de cet exercice ? Selon la vice-présidente de NTI, citée par l’agence Reuters, ce scénario a été conçu pour discuter des "améliorations à apporter d’urgence aux capacités mondiales de prévention et de réponse aux pandémies". La "monkeypox", suggérée par certains experts et qui a fait l’objet de centaines de travaux universitaires ces dernières décennies, a été jugée comme une bonne candidate dans le cadre de cette fiction.

Comme l’expliquait l’Organisation Mondiale de la Santé le 25 novembre 2021, "depuis 2017, une épidémie de variole du singe s’est déclarée au Nigeria avec 218 cas confirmés à ce jour. En outre, des épidémies ont été reportées dans neuf autres pays d’Afrique centrale et de l’ouest depuis les années 70".

"Stimuler le dialogue"

Sur son site internet, NTI insiste sur le fait que se focaliser sur la variole du singe relève de "la pure coïncidence" avec l’actualité récente. Et d’ajouter que de tels scénarios fictifs servent surtout à "stimuler le dialogue entre les participants pour mettre en évidence les questions clés qui doivent être abordées, dans le but d’obtenir des informations précieuses sur les approches efficaces pour résoudre des problèmes difficiles. Ils sont fréquemment utilisés par toute une série de professions pour se préparer aux pires scénarios".

En parlant de scénario catastrophe, l’organisation insiste : "Nous ne croyons pas que l’épidémie actuelle a le potentiel de se propager aussi rapidement que l’agent pathogène artificiel fictif de notre scénario ou de provoquer un taux de létalité aussi élevé."

Signalons que la fiction imaginée dans le cadre de l’exercice ce NTI se voulait la plus proche d’une vraie situation de pandémie puisque les experts consultés ont été confrontés à "une série de courtes vidéos", dont un faux journal télévisé.

"Identifier les scénarios de maladie susceptibles de poser problème, puis élaborer et mettre à l’épreuve des plans pour y faire face, voilà littéralement ce que fait le domaine de la préparation de la santé publique. La variole du singe figure depuis longtemps sur la liste des menaces qui nous inquiètent", complète sur Twitter Jennifer Nuzzo citée à la fin du document de NTI en tant qu’experte qui a contribué à l’élaboration du scénario en décembre 2020.
 

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CVQLD du 27/05/2022

Selon Marc Van Ranst, la variole du singe va s’étendre dans la population

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