RTBFPasser au contenu

Economie

L'asbl ReLOAD Belgium aide gratuitement les entrepreneurs à rebondir après une faillite

En Wallonie, l’ASBL ReLOAD Belgium accompagne gratuitement les entrepreneurs en proie au dépôt de bilan sur le plan humain.
07 mai 2022 à 05:00 - mise à jour 12 mai 2022 à 11:106 min
Par Céline Biourge

Sur les quatre premiers mois de l'année, plus de 3000 entreprises ont été déclarées en faillite, et elles pourraient dépasser les 8000 d’ici la fin de l’année.

Derrière ces échecs, des personnes, des familles entières parfois, qui vont devoir combler un vide. Mais comment rebondir dans une société où l’échec reste quelque chose de stigmatisant ?

Fin 2020, une nouvelle asbl a vu le jour pour leur venir en aide. ReLOAD Belgium mise sur un accompagnement humain avec une grande place pour l’échange et le partage.

Un accompagnement individuel et collectif

"Notre accompagnement repose sur plusieurs piliers. Il y a un accompagnement individuel, mais aussi collectif", explique Sébastien Hamende, coordinateur et directeur de ReLOAD Belgium, que nous avons rencontré lors d’un atelier collectif sur Namur. "Ici, nous avons commencé le collectif avec un nouveau groupe. Tous ont commencé par un accompagnement individuel cette année. C’est l’occasion de faire connaissance avec les uns et les autres puisqu’ils vont rejoindre une équipe de gens qui passent par là aussi. Et, ensemble ils vont pouvoir grandir et aller vers le rebond".

Tout commence donc par un entretien individuel avec le coordinateur ou son adjoint. C’est "ce que nous appelons une anamnèse. Donc on passe un moment avec eux, généralement une petite heure, pour essayer de discerner leurs besoins, leur situation. Parce que nous faisons de l’accompagnement psychosocial, mais ils ont également d’autres besoins : économiques, financiers, etc. Parfois plus urgent, un besoin de logement. Donc si nous détectons ces autres points, nous les mettons en relation avec des partenaires de confiance qui vont pouvoir les aider sur ces points-là".

Place ensuite à une première période de coaching individuel pour aider l’entrepreneur à digérer le choc de la faillite.

Des périodes de coaching individuel entrecoupées par des ateliers collectifs de "co-développement" où, encadrés par un coach, les participants vont pouvoir partager et échanger avec d’autres entrepreneurs dans la même situation, mais avec des parcours différents. Une manière de les aider à ne plus se sentir seul et à pouvoir finalement rebondir en recréant un projet professionnel, que ce soit en tant que salarié ou en tant qu’indépendant.

A cela s’ajouteront des ateliers thématiques en fonction de leurs besoins : "Il y en a qui auront peut-être besoin d’une aide pour écrire un CV. Il sera alors aidé par un expert, peut-être RH, qui va prendre une heure, 2 heures, 3 heures, de son temps pour l’aider à faire le bilan de ses compétences et pouvoir se présenter sur un papier, au travers d’un CV. D’autres peut-être auront besoin de faire un travail sur eux-mêmes, parce qu’ils ont peut-être des lacunes en gestion, des lacunes en technique de vente, etc. Et bien, là aussi il y aura des experts", précise Sébastien Hamende.

Au total, ce processus, totalement gratuit, s’étend sur une période de 6 mois à un an 1 an avec 7 sessions d’1h30 en coaching individuel, trois matinées en co-développement et trois matinées de sessions de sensibilisation.

Un réseau de solidarité

Mais qui se cache derrière ReLOAD Belgium ? "Avant tout, un réseau principalement de bénévoles qui donnent de leur temps. Ce sont des professionnels, des entrepreneurs, des coachs, des experts métiers qui sont là pour apporter leur aide", nous assure Sébastien Hamende. Des entrepreneurs qui ont réussi et qui aujourd’hui veulent simplement aider, mais aussi donner une autre vision de la culture de l’échec.

Et c’est la crise du Covid qui "a servi de déclencheur des consciences", nous confie son fondateur, Fred Colontonio.

Car si l’asbl a vu le jour le 1er décembre 2020, c’est depuis 2015 qu’il a l’idée, en découvrant l’association française 60.000 rebonds : "J’ai cherché chez nous s’il y avait un équivalent. Et à partir de ce moment-là, j’ai commencé à chercher ce que l’on pourrait construire et qui pourrait compléter le dispositif existant. Je ne dis pas qu’il n’y a rien du tout en Wallonie et à Bruxelles, mais il manquait un accompagnement de type coaching. Du coaching à la fois individuel et collectif qui puisse traiter la courbe de deuil, l’acceptation, le regard des autres et le fait de pouvoir redémarrer. J’ai échangé avec beaucoup de professionnels qui croisent des entrepreneurs en situation de faillite (des avocats, des curateurs, des huissiers, des comptables), et tous disent on comprend qu’il y ait une détresse humaine, on essaie d’aider, mais ce n’est pas notre principal apport. Donc chacun essaie de faire un peu sa part mais sans que ce soit sa spécificité. C’est là que nous, on a voulu se placer. Et donc la crise a aidé à une certaine prise de conscience collective qui consiste à dire que toutes ces personnes qui peuvent traverser cet épisode délicat, on doit être là pour elles".

L’association compte donc aujourd’hui sur un large réseau de solidarité constitué de coachs professionnels qui donnent de leur temps pour accompagner quelques personnes en fonction de leurs disponibilités ; de chefs d’entreprise en activité qui épaulent ces entrepreneurs dans leur échec et leur rebond ; et "des sympathisants ou des amis qui à la fois nous recommandent des personnes, aident à ce que les entrepreneurs faillis osent nous contacter ; et parfois des gens qui aussi nous facilitent le contact avec le milieu politique, le milieu judiciaire ou le milieu de l’entreprenariat".

Une autre vision de la culture de l’échec

Si la première mission est d’aider les entrepreneurs en faillite à rebondir, la deuxième est de changer la vision actuelle que la société a de l’échec, nous explique Fred Colantonio : "Personne ne réussit tout du premier coup. Donc quoi que l’on fasse dans la vie, on passe par des phases de haut et de bas. Et l’entreprenariat avait cette particularité chez nous, et c’est encore en partie le cas, de subir la double peine : non seulement il subit la perte de son entreprise, son bébé ; mais en plus, il doit souffrir le regard des autres et une certaine forme de représailles du système qui pénalise car réentreprendre est plus compliqué après une faillite. On est fiché, on n’a plus accès au crédit bancaire, etc. Et donc tout ça doit évoluer pour coller à la réalité d’aujourd’hui".

Un accompagnement humain

L’idée ici est d’offrir un accompagnement qui se veut humain, "un cadre où les entrepreneurs en faillite se sentent compris, où ils sentent qu’ils ne sont pas jugés", insiste le coordinateur et directeur de l’asbl, Sébastien Hamende.

"On a la chance en Wallonie d’avoir déjà des éléments de dispositifs qui accompagnent les entrepreneurs en faillite. Mais, ce qu’on a constaté, c’est que cet accompagnement est principalement un accompagnement technique. On aide à régler la faillite pour que la liquidation soit propre. Après, quand il s’agit de réentreprendre, il y a effectivement la Sowalfin et la Sogepa qui peuvent aider au financement ou au refinancement d’une entreprise qui démarrerait ou qui redémarrerait. Mais ce qu’il manquait, c’est vraiment le maillon humain. L’accompagnement de la personne qui est en proie au doute, au regard des autres, à la perte de confiance, au déficit de l’image qu’elle peut avoir d’elle-même suite à son échec. Et ça, nous, on a voulu le mettre en place. Il existe bien sûr "Un pass dans l’impasse" qui permet d’accompagner les entrepreneurs qui sont en détresse psychosociale. Donc, où il y a des risques de dépression, de suicide, etc. Mais entre ces éléments de dispositif, il manquait vraiment le côté coaching et accompagnement humain".

La difficulté de trouver des candidats

Un réseau d’entraide et du coaching entièrement gratuit et pourtant, trouver des indépendants en faillite qui veulent y participer est leur "plus grande difficulté", nous confie SébastienHamende. "Parce qu’il y a une honte, une gêne à montrer qu’ils ont besoin d’aide".

"On dit souvent que les entrepreneurs sont des oiseaux qui se cachent pour mourir. On dit que la faillite est stigmatisante. Alors, oui, elle est stigmatisante pour le monde extérieur, mais généralement l’entrepreneur se stigmatise lui-même en premier. Il se met des freins. Il a l’impression que tout le monde dans la rue voit qu’il est marqué faillite sur son front. Et donc, il a difficile à venir en parler, à se confier. Demander de l’aide, ce n’est pas quelque chose d’évident, de naturel chez eux", ajoute-t-il.

Il y a donc un gros travail proactif pour aller à la recherche de ces entrepreneurs : "On surveille, par exemple, les faillites de manière quotidienne sur le Moniteur. Nous avons des partenaires relais, que ce soit des secrétariats sociaux ou d’autres structures qui vont nous amener ces entrepreneurs. Par exemple, une des dernières participantes qui est entrée en accompagnement chez nous est venue via le CPAS".

Sur le même sujet

18 mai 2022 à 05:00
1 min
02 mai 2022 à 15:19
1 min

Articles recommandés pour vous