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Economie

L'emploi privé progresse en Belgique, tout comme le nombre d'indépendants

Frederica Bodi, une indépendante qui vient de se lancer malgré le covid 19
10 sept. 2020 à 14:48Temps de lecture3 min
Par Thierry Vangulick

Cela peut paraître étonnant en ces temps où l’on parle suppression d’emploi et faillites, mais le volume global de l’emploi a augmenté de 4% ces derniers mois. Pas vraiment de miracle derrière ce chiffre mais une réalité nuancée où certains secteurs tirent plutôt bien leur épingle du jeu, et particulièrement les indépendants. Ils sont de plus en plus nombreux à adopter ce statut pourtant réputé difficile. Mais le besoin d’entreprendre et la soif de liberté de ces "starters" sont plus forts que les incertitudes actuelles. C’est le cas de Frederica Bodi qui en avait assez de travailler pour les institutions européennes et qui rêvait d’ouvrir sa propre entreprise. Et en janvier, elle a créé sa société : Vegan Butcher. Le début d’une belle aventure. Frederica s’est lancée d’abord timidement dans la vente en ligne de produits vegan.

"Les débuts ont été prudents. On a commencé de façon artisanale. On avait des clients dans le quartier européen et les gens commandaient sur les réseaux sociaux. On faisait aussi des banquets… Les gens nous passaient commande sur les réseaux sociaux. C’était très artisanal mais ça commençait à marcher", raconte-t-elle.

Et puis la crise covid est arrivée : "Nous avons dû revoir presque entièrement notre projet. Si on voulait continuer à travailler, il fallait changer notre façon de penser. Devenir indépendants et se lancer à plus grande échelle. C’est comme ça que nous nous avons créé un site de vente en ligne. Et depuis ça marche encore mieux qu’avant le covid. Du négatif, nous avons su retirer du positif."

Des aides rassurantes

Et comme elle, des milliers de travailleurs ou de chômeurs temporaires se sont lancés dans l’aventure. En juillet, le secrétariat social Acerta a réalisé une enquête auprès de 32.000 employeurs. Il en ressort que l’emploi dans le secteur privé connaît une légère croissance : +4,2% par rapport au dernier mois avant le coronavirus, soit en février 2020. Et cette tendance se marque encore davantage chez les indépendants.

Nadine Morren, directrice du département indépendant chez Acerta, explique : "C’était déjà une tendance notable avant la crise sanitaire, mais depuis le mois de juin, nous avons vu arriver à nouveau plus d’indépendants sur le marché du travail. En juillet, on a même assisté à une augmentation de 21%. Celle-ci est principalement due au nombre d’indépendants débutant à titre complémentaire, mais également à l’impact positif des mesures de soutien du gouvernement. Le droit passerelle et le report de charges ont rassuré les starters (ceux qui se lancent pour la première fois dans la création d‘un emploi indépendant). Avant, en cas de difficulté, ils n’avaient que leurs yeux pour pleurer. Aujourd’hui, il existe des mesures gouvernementales qui les protègent davantage."

Mais beaucoup choisissent tout de même d’être indépendants à titre complémentaire pour garder tout de même une certaine marge de sécurité. Et ce sont souvent des salariés mis en chômage temporaire qui veulent profiter des opportunités qu’offre la crise covid pour se lancer dans un projet auquel ils rêvaient sans peut-être oser le concrétiser.

Ce qui est certain pour Nadine Morren, c’est que les aides gouvernementales ont été déterminantes et qu’elles soutiennent la reprise : "L’augmentation se poursuit, avec +7% par rapport à juillet 2019. À ce rythme-là, nous nous attendons chez Acerta à égaler le nombre de starters de 2019 à la mi-septembre, puis à le dépasser."

Plus de demandeurs d’emploi mais aussi plus d’offres

Mais ces signes encourageants ne doivent pas cacher une autre réalité. De nombreuses faillites sont redoutées dans les prochains mois et globalement le nombre de demandeurs d’emploi continue à progresser. Au Forem, on constate ce paradoxe.

"D’un côté, il y a de plus en plus de demandeurs d’emploi, même si l’augmentation ralentit. De l’autre il y a des offres d’emploi inoccupées", détaille Thierry Ney, son porte-parole. Si on compare la période mars à août de cette année et la même l’année dernière, on a 60.000 demandeurs d’emploi de plus. Mais il faut nuancer. De ce chiffre impressionnant, il faut retirer les quelque 30.000 étudiants qui viennent s’inscrire chaque année au Forem à cette période. Reste que l’augmentation des chômeurs est très importante et ça, c’est clairement à cause du covid."

L’autre aspect du paradoxe, poursuit Thierry Ney, "c’est que dans le même temps, les offres d’emploi ont-elles aussi progressé. " Nous avons 48.000 offres d’emploi qui restent en souffrance ! Le message à faire passer à ceux qui peinent à retrouver un job, c’est qu’il y a de l’emploi et que la crise sanitaire ne rend pas impossible le fait de retrouver du travail".

Mais tous les acteurs du marché du travail le répètent, les aides gouvernementales comme le droit passerelle ou le report des charges sociales ne dureront pas éternellement. Que se passera-t-il après ?

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