Jupiler Pro League

L'Excel Mouscron définitivement sauvé ? Pas certain...

L'équipe mouscronnoise, face à Anderlecht cette saison
15 mai 2020 à 05:00Temps de lecture6 min
Par Samuël Grulois

Mouscron et le football, c’est -ou c’était- un si beau roman… Avec des hauts et des bas, de bonnes et de moins bonnes saisons. Mais avec toujours cet enthousiasme typiquement hurlu, cette joie de vivre caractéristique de cette ville excentrée de Wallonie picarde, si proche de la Flandre et de la France. Quand vous entrez dans la boucherie du quartier du Risquons-tout, vous ne savez plus vraiment où vous êtes… entre l’accent flamand du boucher et l’accent chti de certains clients.

Rekkem est à 500 mètres, Neuville-en Ferrain à moins d’un kilomètre. Ça peut paraître anodin mais ça ne l’est pas car la mentalité des Mouscronnois a été façonnée depuis des années par ce mélange de cultures, de langues et surtout d’idées. Et l’histoire de l’Excel a clairement été influencée par ce micmac sociologique.


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Detremmerie et Broos, en 2002

Des idées, l’ancien président-bourgmestre aujourd’hui décédé Jean-Pierre Detremmerie en avait à revendre. Souvenez-vous de cette incroyable phrase sortie devant quelques journalistes médusés à la fin des années 90 : " Un jour, l’Excelsior aura un budget d’un milliard de francs ! " Un budget de 25 millions d’euros à Mouscron ? Il n’était que de 8 millions cette saison-ci… Même s’il a permis au club d’avancer, le fameux enthousiasme mouscronnois a aussi montré ses limites.

Lors du décès de Detrem en février 2016, son successeur à la présidence, et par ailleurs son avocat personnel, Edward Van Daele, avait eu ses mots éclairants : " C’était un visionnaire mais pas un gestionnaire. Ce n’était pas un homme de chiffres. Il voyait le projet mais il ne voyait pas tout à fait le trajet pour atteindre le but. Ce n’était pas son souci… ". Club, Ville de Mouscron, Intercommunale IEG… permettez-nous l’expression : tout était dans tout, à l’époque. Un enchevêtrement qui permettait des montages financiers nébuleux, des échanges d’employés, du sponsoring déguisé…

Le début… de la fin : " Dufermont le beau parleur "

Il est loin le temps où les frangins Mpenza (ici Emile) faisaient vibrer le Stade du Canonnier...

Après une troisième place historique lors de la première saison (1996-97) du matricule 224 en Division 1 (avec notamment les frères Mbo et Emile Mpenza), après une première apparition sur la scène européenne lors de la saison 1997-98, après deux quatrièmes places consécutives en 1998-99 et 1999-2000, l’Excelsior a commencé, sans vraiment le remarquer, à creuser sa propre tombe. On ne peut pas dépenser l’argent que l’on n’a pas dans son porte-monnaie. Mais Mouscron a voulu garder un train de vie qui ne lui correspondait pas. Le début de la fin sans doute…

En juin 2005, Van Daele remplace Detremmerie, démissionnaire car malade mais toujours président d’honneur et à ce titre véritable belle-mère pour le nouveau boss. Une guéguerre éclatera même entre les deux hommes lorsque le deuxième voudra imposer au premier l’arrivée dans le capital d’investisseurs… kazakhs. Une guéguerre qui mènera à la démission de Van Daele et à la nomination au printemps 2007, après l’intérim de Francis D’Haese, d’un certain Philippe Dufermont. Un Mouscronnois d’origine, exilé en Espagne, qui a notamment fait fortune dans l’immobilier.

La mise en liquidation : " L’école du cirque ! "

Beaucoup considèrent Dufermont comme un beau parleur mais l’Excelsior a besoin de lui. Deux ans après son arrivée, et alors que la dette globale frôle les 10 millions d’euros, Dufermont, devant un parterre de journalistes venus assister à l’enterrement du club, surprend tout le monde en déclarant ceci : " Le club de Mouscron est définitivement sauvé. Des partenaires entrent dans le capital, directement à hauteur de 4 millions d’euros ! " Et pourtant, pas besoin de vous faire un dessin… Le 27 octobre 2009, la Commission des licences de l’Union Belge refuse la licence à Mouscron. Dans le flou, les joueurs disputent encore quelques matches avant d’accumuler les forfaits. Fâché, le défenseur Alexandre Teklak ironise en se demandant " si les godasses de foot vont encore servir cette année… ". Médusé, le médian Walter Baseggio prend acte : " On se doute que ce sera bientôt fini. On va essayer de trouver le bonheur ailleurs. Le problème, c’est que ça a duré longtemps. Les joueurs en ont marre ! "

Il n’y a pas, il n’y a plus, d’échappatoire. A l’époque, c’est un Français sorti de nulle part, Benoît Roul, qui occupe le poste de Directeur général du club. C’est à lui que revient la délicate mission d’annoncer le pire. " Nous nous orientons vers une liquidation volontaire ", reconnaît-il. " Nous ne pouvons plus faire face aux dépenses qui sont les nôtres. Philippe Dufermont a énormément donné. Il a donné jusqu’à huit millions pour essayer de faire quelque chose du club. Le nerf de la guerre, c’est l’argent et l’argent nous fait cruellement défaut. "

Le Royal Excelsior Mouscron est mis en liquidation judiciaire le 22 décembre 2009. Il y a un peu de plus de dix ans déjà. Les supporters sont en pleurs. L’un d’eux a ses mots teintés de tristesse, de colère et d’ironie au micro de la RTBF : " On est à l’école du cirque ! Le club est dirigé par des bonshommes avec des chapeaux et des nez rouges. Faut arrêter de nous prendre pour des cons ! "

Clap de fin. Sur le tome 1 du moins.

Royal Mouscron-Péruwelz : " Cinq fois devant la CBAS ! "

La grande époque de l'Excelsior Mouscron, quand les supporters s'arrachaient les tickets...

Vous vous souvenez de l’enthousiasme hurlu ? Et bien, on y revient. Le matricule 224 est rayé de la carte. Mais il ne faut pas longtemps pour voir naître un nouveau projet. Une petite dizaine de personnalités locales se réunissent autour, notamment, de l’ancien président Edward Van Daele, du député-échevin Damien Yzerbyt et d’un industriel parfaitement bilingue " qui a réussi dans les affaires ", un certain Patrick Declercq, l’actuel président.

Début 2010, pour éviter de redémarrer en quatrième Provinciale, un accord est trouvé avec les dirigeants d’un club voisin, le FC Péruwelz : on garde le matricule péruwelzien (le 216) et la couleur bleue désormais associée au rouge mouscronnois. Le club porte un joli nom à rallonge, comme il y en a de plus en plus dans le monde du foot, le Royal Mouscron-Péruwelz (RMP). Et il entame sa nouvelle vie en Promotion (NDLR : Le quatrième niveau national à l’époque). Quatre à quatre, le RMP grimpe les échelons, non sans continuer à évoluer puisque le LOSC devient actionnaire majoritaire. Le retour parmi l’élite est validé au printemps 2014.

Quelques mois plus tard, Lille se retire du projet et laisse place à un groupe d’investisseurs étrangers emmené par… l’Israélien Pini Zahavi qui devient propriétaire du club via la société maltaise Gol Football Malta. Sous le feu des critiques médiatiques mais aussi des clubs concurrents pour sa double casquette de dirigeant et agent de joueurs, Zahavi attire le Thaïlandais Pairoj Piempongsant pour le remplacer. Piempongsant qui cherchait il y a quelques semaines encore à revendre ses parts à un fonds d’investissement anglais… Bref, l’instabilité est devenue chronique au Canonnier. Un stade qui n’attire plus le chaland. Les supporters des premiers jours, lassés, ne suivent plus. 2000 spectateurs par match… Quelle tristesse ! Il y a vingt ans, on s’arrachait les places pour vivre une soirée dans les gradins. Aujourd’hui, plus personne n’en veut. Il y a vingt ans, les jours de matches, ça bouchonnait depuis la sortie d’autoroute. Aujourd’hui, on peut se permettre d’arriver, sans stress, cinq minutes avant le coup d’envoi.

Cette saison 2019-20 était donc la sixième consécutive en Pro League pour l’Excel Mouscron " new look " (qui s’est affranchi, devant les tribunaux et contre monnaie sonnante et trébuchante, du nom Péruwelz). Et pour la cinquième fois, vous lisez bien, la cinquième fois en six ans, il a dû défendre son dossier de licence devant la CBAS, la Cour Belge d’Arbitrage pour le Sport, au cœur de l’actu foot ces dernières semaines (NDLR : L’année passée, malgré une enquête ouverte pour suspicions de faux, usage de faux et blanchiment d’argent, Mouscron avait miraculeusement reçu sa licence en première instance). 

Une fois plus, grâce à deux excellents avocats qui ont très bien étudié les règlements fédéraux et qui en ont surtout bien détecté les failles, l’Excel a sauvé administrativement sa peau. Bouteille à moitié pleine ou à moitié vide ? Les plus optimistes se réjouissent. Les plus pessimistes (ou tout simplement réalistes) se disent que les miracles, comme l’enthousiasme hurlu, ont leurs limites. Et que là, on semble les avoir atteintes pour de bon.

D’ailleurs, comme si les Mouscronnois n’avaient jamais droit au répit, l’Union Belge a décidé, et c’est une surprise, de contester la décision favorable de la CBAS. Le clap de fin du tome 2 n’est peut-être que reporté…

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