"L'idéologie djihadiste n'est pas morte" : le patron de l'OCAM fait le point sur la menace terroriste en Belgique

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02 sept. 2020 à 11:27 - mise à jour 02 sept. 2020 à 11:27Temps de lecture3 min
Par E. Groutars

Le procès des attentats de Charlie Hebdo a débuté ce mercredi. Une attaque suivie par le meurtre d’une policière et la prise d’otages de l’Hyper Casher de la porte de Vincennes à Paris. Mais cinq ans après, qu'en est-il de la menace terroriste en Europe et dans notre pays? Combien y a-t-il de personnes fichées pour appartenance à des groupements extrémistes en Belgique? Parmi ces groupements, lesquels inquiètent davantage les services de renseignement et de sécurité belges ? Pour répondre à ces questions, Paul Van Tigchelt, le patron de l'Organe de Coordination pour l'Analyse de la Menace (OCAM), était invité sur le plateau de Matin Première ce 2 septembre. 

Au niveau mondial, on voit que les groupements djihadistes sont toujours en train de s’étendre

Le niveau de menace terroriste en Belgique est de deux sur quatre depuis le 22 janviers 2018 et de 3 pour certains lieux sensibles. Ce niveau deux signifie qu’une attaque terroriste est peu probable. Si Paul Van Tigchelt confirme que la menace est moindre aujourd’hui : "on ne peut jamais prédire le futur", nuance-t-il. "J’ai appris que dans ce métier, il faut pouvoir être modeste". Car si le réseau djihadiste a été en partie démantelé, cela ne signifie pas pour autant que la menace terroriste a totalement disparu, y compris en Belgique. "On peut se dire que l’Etat islamique n’est plus capable d’envoyer des commandos vers l’Europe occidentale pour commettre des attentats ici mais l’idéologie djihadiste n’est pas morte". Plusieurs exemples permettent d’appuyer ce constat : "Au niveau mondial, on voit que les groupements djihadistes sont toujours en train de s’étendre. Prenons l’exemple du Sahel, en Afrique. Il y a quelques semaines, des groupements terroristes ont probablement tué six soldats français au Niger. Il y a une situation préoccupante en Afghanistan aussi". 

Encore 150 combattants terroristes belges à l’étranger 

Parmi les combattants terroristes belges partis à l'étranger (foreign terrorists fighters), le patron de l’OCAM dénombre un total de 420 Belges qui ont quitté notre pays pour la Syrie et l'Irak. Mais aujourd’hui, ce nombre a diminué : "Un tiers d’entre eux est déjà revenu en Belgique et deux tiers sont encore là-bas. Parmi ces deux tiers, un tiers de ces personnes est probablement décédé. Selon nous, il reste donc encore aujourd’hui environ 150 djihadistes belges dans ces pays. Et c’est sans compter les enfants, souvent très jeunes". 

700 Belges fichés pour appartenance à un groupe extrémiste 

Les services de sécurité et de renseignement belges ont développé une liste répertoriant les personnes radicalisées en Belgique : "Cette liste, initialement appelée 'liste OCAM', est devenue une banque de données communes entre ces services pour une meilleure collaboration", précise Paul Van Tigchelt. A l'heure actuelle, cette liste comprend près de 700 personnes. "La plupart sont des foreign terrorists fighters mais il y a aussi des cas isolés qui pourraient être dangereux et pourraient avoir recours à la violence". Ces individus isolés, partisans de l’idéologie djihadistes, font eux aussi l’objet d’une étroite surveillance. Car ce sont eux qui représentent davantage une menace pour l’Europe aujourd’hui : "Ces cas isolés se laissent manipuler et abuser par ces idéologies extrémistes et c’est très difficile pour les services de sécurité de détecter cela de façon précoce. Pour y arriver, il faut vraiment une collaboration, pas seulement entre les services de sécurité mais aussi avec la société civile et donc le secteur socio-préventif dans cette lutte contre la radicalisation”. 

Les mouvements d'extrême droite, "un phénomène qui monte en puissance" 

Cette liste ne contient pas que des noms de personnes adhérant à l’idéologie djihadiste. Elle répertorie tout individu aux idées extrémistes et susceptible de représenter un danger pour notre pays, en ce compris des personnes appartenant à des mouvements d’extrême droite. "C’est un phénomène qui est en train de monter en puissance", constate le patron de l'OCAM. "On remarque qu’il y a des groupements extrémistes de droite qui essaient de créer un climat de peur". Selon Paul Van Tigchelt, ces groupements surfent sur la crise du coronavirus pour entretenir cette peur : "Il y a de plus en plus de virulence sur les réseaux sociaux. Ils se servent de la crainte de la population, des griefs, des frustrations de certains pour renforcer leur discours".

Les services de sécurité et de renseignement belges suivent cette évolution avec attention. Si le patron de l’OCAM assure : "il n’y a pas encore une réelle menace terroriste qui émane de l’extrême droite”, il précise tout de même avoir été informé que "certains ont essayé de s’armer".  

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