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L'inoculation psychologique : la solution pour lutter contre la désinformation ?

Déclic et des claques

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La désinformation, manipulation d'informations, est l'un des grands enjeux de ce début de siècle. Un collectif de chercheurs australiens aurait trouvé le moyen de prémunir les internautes face aux fake news qui abondent sur le web : l'inoculation psychologique, ou plutôt des vidéos courtes qui permettent de détecter, en amont, les codes de la désinformation.

Une expérience faite par NewsGuard sur quelques centaines de vidéos TikTok, réseau social que les ados utilisent de plus en plus pour trouver de l'information, montrait que 20% des vidéos contenaient des informations manipulées.

On a donc beau connaître les phénomène de désinformation depuis des années, il reste très compliqué de mettre en œuvre des solutions. Notamment parce que notre cerveau, à cause de toutes une série de biais, a plutôt de l'appétit pour les informations qui sont fausses... Une fois qu'il a imprimé une information qui ne correspond pas à la réalité, c'est très difficile pour lui de revenir dessus, de corriger une fausse information.

Le vaccin de la désinformation... en 5 vidéos

Pour répondre à cette problématique, une expérience a été menée par une équipe de chercheurs australiens, des Universités de Cambridge, Bristol et Perth.

Ils ont inventé une sorte de vaccin contre la désinformation. Ou plutôt une méthode visuelle qui fonctionne sur le principe de la vaccination. L'idée est la suivante : exposer les internautes à des microdoses de désinformation pour provoquer une sorte d'immunité. De cette manière, le cerveau apprendra à reconnaître tout seul des informations manipulées.

Comment ont-ils réalisé cette expérience ? Le 'vaccin' s'apparente à série de petites vidéos de 1'30'' qui reprennent les grandes techniques de manipulation, les grands procédés rhétoriques qui sous-tendent la désinformation.

Il en existe cinq, dont par exemple le langage émotionnellement manipulateur ou ce qu'on appelle les faux dilemmes. Il s'agit de présenter les choses sous la forme d'une fausse dichotomie, d'affirmer qu'il y a seulement deux solutions possibles à un problème... et que l'une est préférable à l'autre. C'est ce que montre la vidéo des chercheurs.

En d'autres termes, un faux dilemme c'est un raisonnement fallacieux qui réduit une situation complexe en deux options : blanc ou noir. Il peut mener à une vision du monde manichéenne. Ces vidéos elles montrent donc un cas de manipulation, puis elles le décortiquent.

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Des résultats efficaces

Des vidéos qui analyses le processus des fake news, ce n'est pas nouveau. Alors qu'est-ce qui change avec cette expérience ? 

Les chercheurs ont divisé 6000 participants en deux groupes. Le groupe A voyait ces fameuses petites vidéos. Le groupe B voyait des vidéos neutres.

Et puis les participants ont été exposés à des vidéos qui comportaient des messages manipulés. Pour les messages qui présentaient un faux dilemme, le groupe A a identifié que l'information était fausse presque 2 fois plus que le group B (1,95 fois). Et le résultat est sensiblement le même pour les autres procédés de manipulation. C'est comme si le cerveau avait été immunisé, en amont.

Les chercheurs appellent ce procédé l'inoculation psychologique. L'efficacité de l'expérience a été confirmée par après sur 22.000 utilisateurs de YouTube.

Une expérience encourageante mais qui a ses limites

Bien entendu, toute expérience comporte ses limites. L'efficacité à grande échelle doit encore être prouvée.

La méthode n'est pas exempte de critiques non plus. Le principe même de l'inoculation psychologique peut questionner. Sebastian Dieguez, chercheur en psychologie cognitive de l'Université de Fribourg déplorait dans Le Monde à ce propos : "Cette méthode, elle est similaire dans la forme à celle utilisée pour communiquer dans les milieux complotistes"

On peut néanmoins retenir un aspect essentiel de cette recherche : c'est la première fois que l'on agit sur la désinformation en amont.

Jusqu'ici, la grande réponse à la désinformation qu'on a trouvée c'est ce qu'on appelle le débunking, le fact-checking. Démonter une information fausse, une information falsifiée, manipulée en expliquant pourquoi elle est fausse, en rétablissant la vérité, les faits. La RTBF possède d'ailleurs son outil de fact-checking, Faky.

Cette expérience australienne apporte donc une autre approche. On apprend cette fois au cerveau à reconnaître les situations où il est manipulé. Les chercheurs parlent de 'prebunking'.

© iStock / Getty Images Plus

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