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L'insécurité règne en Haïti : 80 blessés par balle en quatre jour dans un quartier, "nous ne voyons même pas cela dans des pays en guerre"

Droit de suite

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18 août 2022 à 08:20Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck sur base du Droit de suite de Wahoub Fayoumi

En 2011, un terrible tremblement de terre frappait Haïti, coûtant la vie à 200.000 personnes et détruisant presque toutes les infrastructures de ce pays. Plus de dix ans plus tard, c’est encore le chaos le plus total en Haiti. Violences, meurtres, enlèvement, corruption rythment le quotidien des Haïtiens.

"Il y a énormément d’insécurité", admet Sandra Lamarque, coordinatrice des opérations chez Médecins sans frontière, pour Haïti. Pour elle et ses équipes, le travail n’est donc pas toujours simple sur place.

"La première difficulté que nous rencontrons, c’est l’accès aux populations. Certaines ont été totalement enclavées pendant plusieurs semaines suite à des affrontements, notamment en juillet dans le plus grand bidonville de la Capitale Cité soleil", explique-t-elle. "La population n’avait pas accès à l’eau, ni à la nourriture, ni aux soins de santé."

Manque de soins de santé

Les besoins sont nombreux dans la capitale haïtienne. "Pour les habitants de Port-au-Prince, il y a un grand déficit en matière d’accès aux soins de santé. Un grand nombre d’hôpitaux ou de soins de santé ont dû fermer leurs portes au cours des dernières années", note Sandra Lamarque.

Ces fermetures sont dues en grande partie à l’insécurité. "Le personnel ne pouvait plus travailler : il y a eu énormément d’enlèvements, dont des kidnappings de médecin et de personnel médicaux au sens large." D’autres hôpitaux ont également fait faillite, "parce qu’il y a aussi une crise économique dans ce pays et donc ils n’arrivaient plus à s’approvisionner en médicament, en oxygène… tout ce qui peut faire tourner un hôpital."

C’est quelque chose que nous ne voyons même pas dans des pays en guerre. C’est totalement démesuré

Pour Sandra Lamarque, il existe deux besoins principaux. L’accès des soins de santé pour les femmes enceintes, tout d’abord. Et ensuite, l’accès à la chirurgie traumatologique, pour les personnes blessées par balle. "Lors du week-end du 23 juillet, nous avons eu 80 blessés par balle en quatre jours dans le même quartier. C’est quelque chose que nous ne voyons même pas dans des pays en guerre. C’est totalement démesuré."

Un pays inégalitaire

Comment expliquer cette faillite sécuritaire ? Frédéric Thomas, chercheur au centre tricontinental et spécialiste de Haïti, pointe du doigt l’oligarchie qui règne dans le pays. "On présente souvent Haïti comme le pays le plus pauvre d’Amérique latine. C’est vrai, mais c’est aussi le pays le plus inégalitaire, à la tête duquel se trouve une oligarchie, qui a un comportement prédateur."

"Une oligarchie qui a le pouvoir, qui s’enrichit et qui a une politique de captation et de privatisation des institutions publiques. Qui a instrumentalisé les bandes armées en réponse à la contestation sociale, et qui a entraîné une généralisation de la violence qui va en parallèlement avec une forme de gangstérisation de l’Etat. Aujourd’hui, on se trouve avec cette élite toujours au pouvoir qui refuse toute concession et qui continue à jouir du soutien de la communauté internationale."

Frédéric Thomas met en cause l’attitude de la communauté internationale, particulièrement des USA. Selon lui, les Etats-Unis portent une grande responsabilité dans le chaos haïtien. "C’est Washington qui mène la danse car elle est confrontée à une série de vague de migration des Haïtiennes et Haïtiens qui essaient de fuir le pays. Et il y a de plus en plus d’expulsions depuis les USA", explique l’expert.

"Haïti est dans un contexte géopolitique proche de Cuba ou encore du Vénézuela. Donc Washington ne désire pas avoir un pays qui aurait une politique indépendante, nationaliste voire hostile à ses propres intérêts. D’où la situation d’impasse dans laquelle on se trouve aujourd’hui."

Il serait intéressant que la communauté internationale écoute certaines voix, peut-être de professionnels présents sur le terrain, de voix de la société civile

Sandra Lamarc estime également qu’une pression internationale plus forte serait nécessaire. "Après, il faut faire attention à la manière dont elle peut être exercée. Haïti a un passé colonial extrêmement douloureux, à plusieurs reprises. C’est donc d’abord aux Haïtiens de travailler leur solution", remarque la coordinatrice des opérations chez Médecins sans frontière.

"Cependant, il serait intéressant que la communauté internationale écoute certaines voix, peut-être de professionnels présents sur le terrain, de voix de la société civile. Et qu’ils prennent en compte les recommandations de ces organisations."

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