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Matin Première

L'œil de Pierre Marlet : Roglic, sans doute bientôt le premier représentant de l'Est à gagner le Tour de France

16 sept. 2020 à 13:19Temps de lecture4 min
Par Pierre Marlet avec Garance Fitch Boribon

Le Tour de France est dans les Alpes avec au menu la Madeleine et l’arrivée à Méribel et le dénouement, c’est totalement inédit, aura lieu entre deux coureurs slovènes. Pierre Marlet a analysé les dessous de ce duel surprenant dans Matin Première

Jamais un Slovène n’avait été en mesure de gagner la plus grande épreuve cycliste et là on en a deux pour le prix d’un : le maillot jaune Primoz Roglic devance de 48 secondes Tadej Pogacar et a priori c’est bel et bien entre ces deux-là que se jouera la victoire finale ce qui met la Slovénie en ébullition.

D’habitude les sportifs Slovènes s’illustrent en canoé kayak en aviron ou en ski. D’ailleurs Roglic est un ancien sauteur à ski et le voilà à présent maillot jaune du tour de France avec un compatriote comme seul véritable riva.

Sur la ligne d’arrivée les journalistes sportifs slovènes ne boudent pas leur plaisir.

 

La Slovénie, il n’est pas sûr que tout le monde soit capable de le situer sur une carte d’autant que c’est un pays bien jeune…

La Slovénie n’a pas 30 ans : quand Roglic est né en 1989, il était d’ailleurs citoyen yougoslave.

Le pays a déclaré son indépendance en même temps que la Croatie en juin 1991 ce qui a déclenché une guerre qui dura toutes les années 80, mais au contraire des autres parties de l’ex-Yougoslavie, comme la Croatie, le Serbie ou la Bosnie, la Slovénie s’en sortit très bien : la guerre dura dix jours et fit seulement 80 morts, après quoi un accord fut signé et l’armée yougoslave composée de Serbes entama son retrait de la Slovénie.

Pourquoi ? Parce qu’au contraire de la Croatie, il n’y a pas de minorités serbes en Slovénie peuplée très majoritairement de Slovènes, à l’origine un peuple slave installé là depuis les 6e et 7e siècles.

La Slovénie, un pays très europhile

C’est sans doute le peuple slave le plus tourné vers l’occident et d’ailleurs au plan géographique le plus à l’ouest avec la République tchèque avec cette différence que les Tchèques ont été comme les autres pays de l’Est coupés hermétiquement du reste de l’Europe par le rideau de fer pendant 45 ans.

Avec la Yougoslavie dont faisait donc partie la Slovénie les contacts étaient plus faciles avec les voisins immédiats comme l’Italie et l’Autriche. Elle partage d’ailleurs l’histoire de ses voisins parce qu’elle faisait partie de l’empire austro-hongrois et sa capitale Ljubljana a des petits airs de Vienne par l’architecture et l’atmosphère qui y règne. Très europhile, ce petit pays de 2 millions d’habitants est le premier Etat issu de l’ex-Yougoslavie à avoir adhéré à l’union européenne et le premier parmi tous les pays de l’est à avoir adopté l’euro.

Le tour de France ouvre ses portes à de plus en plus de pays

Roglic, sans doute bientôt le premier représentant de l’Est à gagner le Tour de France et c’est donc un club plutôt fermé qui, mondialisation oblige, s’ouvre de plus en plus ces dernières années : jusqu’en 1980, seuls avaient gagné le Tour des Français, des Belges, des Italiens, des Luxembourgeois, des Espagnols, des Suisses et des Néerlandais : 7 pays.

Depuis lors, il a fallu en ajouter 7 autres : l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Irlande, le Danemark, les Etats-Unis, l’Australie et l’an dernier la Colombie avec Egon Bernal. Alors que dans ce cyclisme mondialisé ce soient deux Slovènes qui se disputent la victoire finale a, dans un pays plus petit que la Belgique, de quoi déchaîner les passions

Les duels entre deux coureurs d’un même pays, toujours mythiques

Dans l’histoire du Tour les duels entre deux coureurs d’un même pays sont devenus légendaires et leur rivalité a débordé la sphère strictement sportive.

Il y a deux exemples célèbres :

  • En France d’abord avec dans les années 60 la lutte au sommet entre Jacques Anquetil et Raymond Poulidor, décédé il y a moins d’un an : Poulidor, on le sait, ne gagna jamais le Tour et ne porta jamais, pas même un seul jour le maillot jaune, ce qui est sans doute là à l’origine de son extraordinaire " poupoularité " pour reprendre la géniale expression d’un journaliste de l’époque. Mais Anquetil-Poulidor c’est déjà les 2 France : d’un côté Anquetil, la France moderne et calculatrice ; de l’autre Poulidor la France besogneuse, courageuse et malchanceuse : Anquetil la France des élites, celle qui gagne ; Poulidor la France profonde, celle qui perd.
  • L’autre exemple est italien avec Gino Bartali et Fausto Coppi. A l’époque, ils courent avec le même maillot puisque le Tour s’organise avec des équipes nationales. C’est d’ailleurs ensemble qu’en 1949 ils attaquent dans les Alpes, simplement Coppi est le plus fort. Mais ils représentent bel et bien deux Italie : Bartali est surnommé Gino le pieux, proche du pape et des milieux catholiques. D’ailleurs, pour calmer en 1948 une Italie proche de la guerre civile, le président du conseil De Gasperi l’appelle en personne en l’implorant de gagner le Tour pour calmer les esprits, ce qu’il fera. Fausto Coppi, lui, fera scandale auprès des catholiques en quittant le domicile conjugal pour aller vivre avec une autre femme alors que le divorce est à l’époque interdit en Italie, ce qui lui vaudra d’ailleurs d’être condamné en justice.

Alors quid de ce duel slovène de 2020 ? A priori les 2 champions s’entendent bien. La différence c’est que Roglic a 30 ans et, on l’a dit, est venu au cyclisme tardivement alors que Pogacar est tombé tout jeune dans le vélo : il aura seulement 22 ans lundi, le lendemain de l’arrivée à Paris. Autrement dit, c’est un peu le duel universel entre la force de l’expérience et la fougue de la jeunesse…

 

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