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L-Tour : des visites guidées pour découvrir l’histoire de la communauté LGBTQIA + à Bruxelles

Des visites guidées alternatives continuent de se développer à Bruxelles. Plus militantes, elles nous invitent à déconstruire notre passé et à mettre en avant ceux et celles dont on parle peu dans les livres d’Histoire. On connaît déjà les balades décoloniales ou féministes, mais il existe aussi des visites centrées sur la communauté LGBTQIA+*.

Ces visites sont proposées par Marian Lens et son association L-Tour depuis 2013. Marian est une pionnière du mouvement lesbien belge. Sociologue de formation, cette sexagénaire est activiste dans les associations bruxelloises depuis la fin des années 70 et a fondé Artemys, la première librairie féministe lesbienne de Belgique – voire d’Europe – qu’elle a tenue pendant 18 ans (de 1985 à 2002).

Aujourd’hui, Marian se consacre à des conférences et surtout aux visites qui constituent pour cette militante un véritable devoir de mémoire. Pour ne pas oublier ceux et celles qui se sont battus pour ces droits fondamentaux, mais aussi pour poursuivre la lutte vers l’égalité. " L’objectif, c’est de faire comprendre tout ce qui s’est passé à Bruxelles pour la communauté LGBTQIA +. C’est aussi donner des outils pour changer notre société positivement et maintenant, tout de suite. Nous voulons que chaque personne puisse décider pour elle-même qui elle veut être dans cette société. "

*LGBTQIA+ pour Lesbienne, Gay, Bisexuel, Trans, Queer, Intersexe, Asexuel et + pour ceux et celles qui ne se reconnaissent pas dans les orientations sexuelles et les identités de genre citées précédemment.

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Une histoire de discriminations et d’avancées

Années 60
1965
Pride 1998
Années 80
Pride 2000

La Belgique est une terre de libertés pour les LGBTQIA+ : elle a longtemps été en avance par rapport aux autres pays européens en termes de droits des personnes LGBTQIA+ ou de leur représentation dans l’espace public. Notre pays a été par exemple été le deuxième pays dans le monde à légaliser le mariage homosexuel (2003) ou avoir un chef d’Etat ouvertement homosexuel (2011-2014 avec Elio Di Rupo). En 2020, Petra de Sutter est devenue la première femme transgenre à occuper le poste de ministre en Europe.

Si aujourd’hui de nombreux droits semblent acquis et la situation de la communauté LGTQIA + plus sécurisée, cela n’a pas été toujours le cas. Dans les années 70, les personnes LGBTQIA + fuyaient le domicile familial pour se réfugier dans la capitale où elles se retrouvaient dans des lieux secrets. " Un même quartier peut évoluerDans les années 30, du côté de la rue des Bouchers et de l’impasse de la Fidélité, on retrouvait des bars et des cafés où on pouvait s’asseoir à la vue de tous. En revanche, dans les années 80, dans les galeries royales délabrées à cette époque, tout était caché : les adresses étaient connues par le bouche-à-oreille. Nous devions donner notre nom et notre adresse en cas de descente de policiers. Nous risquions aussi d’être attaqué.es à la sortie de ces endroits. "

A partir de sa riche expérience personnelle, Marian nous raconte cette histoire : celle des discriminations et des répressions, mais aussi les victoires et l’évolution des droits du XVIIe siècle à nos jours.

D’un côté à l’autre de la Grand-Place

© Tous droits réservés

La visite nous emmène dans le centre de Bruxelles, d’un côté à l’autre de la Grand-Place. Marian nous montre des adresses et nous présente des personnalités méconnues, et pourtant centrales pour les personnes LGBTQIA +. " Par exemple, Suzan Daniel a créé la première association belge LGBT en 1953. Elle n’y est restée que quelques mois : les hommes gays l’ont mise dehors, parce qu’ils ne voulaient pas être dirigés par une femmeC’est une figure symbolique : elle montre que les lesbiennes étaient bien des pionnières. " Elle a d’ailleurs donné son nom au centre belge d’archives et de documentation LGBTQIA +, situé à Gand.

Marian parle aussi de ceux et celles qui sont toujours invisibilisés au sein même de la communauté LGBTQIA + : les lesbiennes, les personnes intersexes ou les personnes issues de l’immigration par exemple.

Les traces du présent

La fresque en hommage à Ihsane Jarfi, victime d'un meurtre à caractère homophobe à Liège en 2012.
Les artistes du Cabaret Mademoiselle
La Grand-Place aux couleurs arc-en-ciel pour la Pride.

Aujourd’hui, les couleurs de l’arc-en-ciel sont particulièrement visibles du côté de la rue du marché au charbon. Si vous levez les yeux, vous apercevrez des drapeaux. Sous vos pieds, les passages piétons arborent les couleurs emblématiques de la communauté.

Là, dans le " Rainbow Village ", Marian nous parle des bars, des cabarets, des associations ou des fresques du présent. " Bruxelles est une des rares capitales à avoir autant de monuments symboliques pour la communauté LGBTQIA +. Nous avons une dizaine de fresques sur des murs, les passages pour piétons, les jeux de lumière sur la Grand-Place pour la Pride. Les autorités ont offert toutes ces représentations pour soutenir ces minorités. Nous avons beaucoup de chance ! "

Marian propose plusieurs parcours historiques en français, anglais ou néerlandais : des visites générales sur la communauté LGBTQIA+ ou centrées sur le mouvement lesbien. Ces visites s’adressent à tous les publics : les seniors, les familles ou les groupes scolaires. Si elles se déroulent à pied dans le centre de Bruxelles, elles peuvent aussi nous emmener dans d’autres communes comme Schaerbeek ou Ixelles.

Pleine d’espoir, Marian se réjouit de voir de plus en plus de monde dans ses visites guidées. " Pendant des années, nous étions honnis, nous ne pouvions pas parler de notre histoire, c’était mal vu. Pour moi de pouvoir le vivre et d’en parler librement aujourd’hui, après des années de lutte, c’est un miracle ! "

Plus d’informations sur le site internet de L-Tour

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