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L'unité européenne face à la Biélorussie : symbole ou réalité ?

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28 mai 2021 à 11:35Temps de lecture3 min
Par L'oeil d'Olivier Hanrion

La politique étrangère de l’Union a souvent des ratés dans le moteur. La semaine dernière encore, c'est la Hongrie qui refusait de signer un appel au cessez le feu dans le conflit entre Israel et le Hamas parce que la déclaration des ministres européens des affaires étrangères faisait référence à une solution politique pour rétablir la paix entre Israéliens et Palestiniens. Un texte qui ne cassait pas trois pattes à un canard mais jugé partial et déséquilibré par Budapest. Ce genre de désaccord, les Européens s'en passeraient bien. Ca décrédibilise l'Union européenne sur la scène internationale.


Une Europe faible et divisée, c’est précisément ce qui donne des ailes aux dictateurs


Il en reste quelques spécimens. Notamment en Europe. Le président biélorusse Alexandre Loukachenko en fait partie. Et les dictateurs, ça ose tout. Dimanche dernier, Loukachenko a envoyé un avion de guerre pour détourner un avion de ligne européen, le forcer à se poser sur l’aéroport de Minsk et y cueillir un passager Roman Protassevitch, un opposant à son pouvoir exilé dans l’Union européenne… c’est-à-dire un résident européen… Un scénario qui semble écrit pour un mauvais film de série B. Et cette nouvelle provocation rocambolesque, les chefs d’Etat et de gouvernement européens ne pouvaient pas la laisser passer au risque de perdre toute crédibilité. Non seulement à l’étranger mais surtout vis-à-vis de leurs propres citoyens puisqu’une partie d’entre eux s’est retrouvée prise en otage dans cet avion.  Les 27 dirigeants européens ont donc réagi rapidement. D’une seule voix. Celle de la fermeté.


Les chefs d’Etat et de gouvernement ont frappé fort


La Biélorussie sera punie. Les revenus qu’elle tire de ses exportations ou du transit de gaz sur son territoire vont être ciblées. De nouvelles personnalités du régime vont se retrouver sur la liste noire de l’Union. Et puis il y aussi ce blocus de l’espace aérien du pays. Plus aucun avion biélorusse ne pourra atterrir en Europe. Plus aucun avion européen ne survolera la Biélorussie. 
Niveau musculation, c’est du jamais vu, les Européens entrent tous ensemble dans la catégorie Monsieur Univers. 


Cette fois-ci l’Union ne se laissera plus marcher sur les pieds ?


Sur la forme, le message est clair, bétonné… et il fait les titres des journaux. Mais sur le fond, cette belle unité européenne ne va pas changer grand-chose. Fort du soutien indéfectible de son allié russe, Loukachenko se moque finalement des Européens. Son acte de piraterie était avant tout destiné à ses opposants. Là aussi le message est clair : "j’irai vous chercher où que vous soyez, vous n’êtes plus en sécurité nulle part". 
Et en plus, vous ne pouvez plus quitter le pays. Parce que le blocus aérien des Européens va encore plus isoler la Bielorussie. Les contrôles aux frontières se sont déjà considérablement renforcés depuis les manifestations contre les élections l’année dernière. Pour les opposants, l’aéroport de Minsk était la seule porte de sortie vers l’Europe qui restait encore entrouverte. Elle vient de se refermer. C’est le paradoxe de la décision européenne. 
L’autre conséquence de ces mesures, c’est qu’elles vont accélérer le rapprochement entre Minsk et Moscou. Aujourd’hui Loukachenko se rend chez Poutine son protecteur. Là aussi le message est clair : le président russe devient encore plus incontournable. C’est lui qui aujourd’hui a les clés du camion bielorusse. Et ca va sans doute encore plus compliquer les relations déjà très tendues entre le chef du Kremlin et les européens


C’est donc aussi la relation avec la Russie que les Européens doivent repenser


Ils ont commencé à le faire lors du sommet européen cette semaine. Nous sommes à un moment de vérité confiait le président français Emmanuel Macron. Pas sûr que la belle unité retrouvée des Européens face à la Bielorussie résiste à ce moment de vérité. Car face à la Russie il faudra bien plus qu’un blocus aérien pour se faire respecter.

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