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Economie

La baisse de fréquentation à Batibouw reflète-t-elle la demande dans le secteur de la construction ?

Journée de préparation avant l’édition 2022 de Batibouw, le salon annuel de la construction, de la rénovation et de la décoration à Brussels Expo à Bruxelles, vendredi 20 mai 2022.
29 mai 2022 à 16:25Temps de lecture4 min
Par Estelle De Houck

116.300 mille personnes auraient foulé les allées de Batibouw cette année, selon son organisateur Frédéric François – elles étaient 187.000 en 2020 et 257.000 en 2019. Après deux ans d’absence liée au coronavirus, c’est une baisse notable pour le salon de construction et de la rénovation. Est-ce symptomatique d’un secteur qui suffoque ?

"Comme prévu, on a perdu quelques visiteurs puisqu’on a eu quelques exposants en moins", avance Frédéric François pour expliquer la baisse de fréquentation. "De plus, la période du mois de mai n’est pas idéale et arrive un peu tard pour le Salon de la construction."

A côté de ces deux éléments qui ont pu refroidir les candidats à la construction ou à la rénovation, un troisième plane au-dessus du secteur de la construction depuis un certain temps : la hausse des prix des matières premières.

Acier, bois, matériaux d’isolation, métaux non ferreux… tous ces matériaux de construction ont vu leur prix augmenter ces deux dernières années. "Entre fin 2020 et aujourd’hui, il faut compter une augmentation de 40% en moyenne”, explique Sven Nouten, porte-parole de la Confédération Construction. "Pour certains matériaux, c’est plus ; pour d’autres, c’est moins.”

D’après une enquête de la Confédération construction publiée le 21 mai dernier, l’instabilité est telle que "les offres qu’elles [les entreprises de construction, ndlr] reçoivent des fournisseurs de matériaux de construction ne sont valables que pour quelques jours dans 43% des cas, et pour quelques heures dans 7% des cas."

Dans 13% des cas, le client potentiel annule son projet.

Ainsi, dans le cadre de nouveaux contrats, "l’augmentation des prix est répercutée dans 65% des cas, en totalité dans 40% des cas, et en partie dans 25% des cas."

Sans surprise, cette hausse exceptionnelle a pris de court les Belges qui pensaient investir. Selon l’enquête de la Confédération de la construction, sur 325 entrepreneurs, 61% font face à une baisse des nouveaux contacts. "Dans 13% des cas, le client potentiel annule son projet.”

Une hausse à mettre en perspective

La Fédération des Entrepreneurs Généraux de la Construction, quant à elle, tient à mettre cette hausse en perspective. Comme le rappelle son directeur général, Patrice Dresse, il faut remonter au premier confinement pour comprendre cette augmentation des prix des matières premières.

A l’époque, le secteur de la rénovation, des vérandas ou encore des piscines a connu une hausse spectaculaire, "atteignant parfois 100% d’augmentation du volume d’affaires". A l’inverse, l’offre était en légère diminution, notamment parce que la chaîne logistique mondiale était bousculée par la pandémie.

"En 2021, le secteur a donc commencé à mettre en œuvre massivement toutes ses commandes qui avaient été passées en 2020. On a donc pris trois à six mois de retard dans l’ensemble de nos chantiers", continue Patrice Dresse.

Petit à petit, les entreprises ont donc résorbé leur retard, et le court normal des choses aurait pu reprendre dans le courant de l’année 2022. Mais la guerre en Ukraine est venue ajouter un nouveau coup de pression sur les prix des matériaux – le pays étant un important exportateur de matières premières.

C’est clair que le nombre de demandes baisse par rapport à la période 2020-2021 qui a été extraordinaire.

Pour autant, si la demande actuelle paraît s’affaiblir, c’est aussi au regard des chiffres exceptionnels réalisés durant le confinement. "A l’avenir, on conçoit donc une légère baisse de 15 à 20% d’un certain nombre de marchés. Mais cela n’a rien de dramatique", explique Patrice Dresse.

"On a une demande. Mais c’est clair que le nombre de demandes baisse par rapport à la période 2020-2021 qui a été extraordinaire", relativise-t-il.

Il reste la question de la stabilité de la chaîne logistique et des délais de livraison. "C’est cette instabilité qui fait que la construction a des difficultés. Elle a des difficultés à planifier, à organiser les chantiers. Mais il n’y a pas de crise de la demande", répète-t-il.

"Cela veut simplement dire qu’aujourd’hui, au lieu de lancer certains projets, ils ont une attitude attentiste jusqu’à ce que la chaîne logistique se remette en place."

Une brique dans le ventre

Si le directeur général de la Fédération des entrepreneurs généraux de la construction admet que le secteur vit des moments difficiles, il reste donc confiant. "Quand on a zéro ou un pourcent sur son compte bancaire mais qu’on a quatre à cinq pourcent d’inflation, les Belges retourneront vers le secteur de l’immobilier tôt ou tard."

En témoignent les candidats à la construction et à la rénovation présents à Batibouw. Bien que moins nombreux qu’à l’accoutumée, bon nombre de participants auraient passé commande, selon l’organisateur Frédéric François. D’après lui, "les exposants qui sont là pour le moment sont satisfaits."

Les Belges gardent donc "une brique dans le ventre". S’ils sont 84% à considérer qu’acheter un logement coûte trop cher, comme il en ressort d’un sondage iVox publié la semaine dernière à l’occasion de l’ouverture de Batibouw, près de quatre Belges sur dix seraient occupés à construire ou rénover pour l’instant, l’ont fait au cours des deux dernières années ou prévoient de le faire dans l’année.

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